Tout ou presque est dans le titre, La Pop sauvage – Itinéraire dans l’Underground en France 1969 – 1973 à travers l’histoire du groupe Komintern... Michel Muzac était le guitariste de ce groupe emblématique du rock français (on disait alors « la pop ») de l’après mai 68, époque magique et troublée où les luttes politiques et les galères artistiques étaient, pour beaucoup de musiciens, indissociables.
Il existe déjà plusieurs livres sur le sujet, notamment l’excellent La France Underground : Free jazz et pop rock, 1965-1979, le temps des utopies de Serge Loupien, initialement paru en 2018 chez Rivages Rouge et tout juste réédité en poche chez ce même éditeur, ou La Chienlit - Le rock français et Mai 68 : histoire d'un rendez-vous manqué, de Marc Alvarado, paru la même année aux Editions du Layeur. Et aussi : les trois volumes de Agitation Frite de Philippe Robert chez Lenka Lente, Rock'Orico de Christian-Louis Eclimont ou L'underground musicale en France de Eric Deshyaes et Dominique Grimaud chez Le Mot et le reste.
Mais le grand atout de celui-ci, c’est qu’il est écrit de l’intérieur, par un musicien qui a tout vécu. Des débuts de Red Noise, le groupe bruitiste de Patrick Vian (le fils de Boris), dans la cour de la Sorbonne occupée, à la fin de toute cette utopie dans le désenchantement – la révolution n’a pas eu lieu et les groupes se séparent tous, beaucoup sans même avoir laissé de trace enregistrée de leur vivant. Mais quelle aventure ! Muzac entremêle ses souvenirs personnels de Komintern et des documents d’époques – beaucoup d’articles de fanzines (Le Parapluie, le Pop, etc.) et de magazines comme Actuel et Rock & Folk – mais aussi de photos personnelles jamais vues et assez fabuleuses. On croise des groupes oubliés comme Fille Qui Mousse, Maajun, Lard Free ou Cheval Fou, mais aussi des artistes qui ont ensuite survécu au retour de la réalité comme Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Jac Berrocal ou Pascal Comelade. C’est passionnant.
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Il y a quelques années, Michel Muzac m’avait envoyé la maquette de ce livre en pdf, je ne sais plus par qui ni pourquoi. Probablement parce que j’avais créé et dirigeais cette collection, Les Indociles, chez Hoebeke/Gallimard. J’avais trouvé le texte et la maquette très intéressants mais aussi très améliorables. Je le lui avais dit, de façon peut-être pas très diplomatique... Ça, plus le fait que Gallimard me refusait des livres sur Lou Reed ou Gérard Manset (entre autres) et que donc, Komintern... Michel Muzac a finalement autoédité ce livre et l’a imprimé à 50 exemplaires ! Pas à 500 ou 300, comme on le fait souvent pour ce genre d’ouvrage, mais à 50 ! Un collector’s item ! De l’art, pas du commerce ! J’ai trouvé ça formidable.
Grand seigneur, il m’en a fait passer un exemplaire par notre ami commun Olivier Lorquin – figurant lui-même dans ces pages en tant que chanteur d’un groupe éphémère post-situationniste (comprenant des membres de Komintern) qui voulait détourner des chansons de rock’n’roll en pamphlets humoristiques, dans la lignée du fameux Pour en finir avec le travail de Jacques le Glou. J’ai lu ce livre de bout en bout et l’ai trouvé excellent. J’ai écrit à Michel Muzac pour le lui dire, ajoutant que soit il l’avait beaucoup retravaillé, soit je m’étais planté dans mon jugement (un peu des deux probablement). Il a eu la noblesse de bien le prendre.
Enfin, ce même Olivier Lorquin vient justement de sortir un très bel album, Liberty Belle, co-écrit et réalisé par Olivier Kowalski, qui n’est autre que... le bassiste de Komintern. La boucle est bouclée.
Stan Cuesta

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