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Francerock70 — Le blog du rock françaisDisponible sur Google Play
interview

Dynamite Shakers

Pat12 septembre 2026
Dynamite Shakers

Ils sont jeunes, mais ils ont déjà le vécu de vieux routiers de la scène. Originaires de Vendée, les Dynamite Shakers réunissent Élouan Davy au chant et à la guitare, Lila-Rose Attard à la basse et au chant, Calvin Tulet à la guitare et François Rocheteau à la batterie.

Leur histoire commence très tôt, puisque certains membres du groupe se connaissent depuis le lycée. Leur terrain de jeu : les bars, les clubs, les campings et les petites salles. À force de concerts, le groupe finit par franchir le cap des 400 dates, se forgeant sur scène une réputation de groupe particulièrement explosif.

Leur premier album, Don't Be Boring, paru en 2024, avait déjà permis aux Dynamite Shakers de se faire remarquer avec un rock garage énergique, nourri par les Sonics, les Flamin' Groovies, les Stooges, les White Stripes ou encore le punk-rock américain.

Mais le groupe ne veut surtout pas rester enfermé dans une simple reproduction du rock garage.

En 2026, les quatre Vendéens passent à la vitesse supérieure avec Marilyn, leur deuxième album. Pour ce nouveau chapitre, ils ont confié la production à Lionel Limiñana, figure incontournable du rock hexagonal, et enregistré l'album à Bruxelles, dans les studios ICP.

Le résultat est un disque plus ambitieux, plus personnel et surtout davantage tourné vers la langue française.

Les Dynamite Shakers ont grandi. Mais ils ont conservé cette urgence qui faisait leur force.

Le groupe est actuellement très sollicité par les médias, mais cela ne l'a pas empêché de trouver un moment pour accorder une interview à Francerock. C'est pour vous et c'est sur Francerock70 !

L'INTERVIEW :

Francerock70 (Pat) : Salut à tous les deux, on attaque directement les questions si vous le voulez bien !

Dynamite Shakers (Lila-Rose, Elouan) : Ok, c'est parti !

Fr70 : Comment est né Dynamite Shakers ?

Elouan : Dynamite Shakers est né par étapes. J’ai d’abord rencontré François au conservatoire en fin d’année 2018. On était tous les deux fans des Stray Cats. Rapidement on s’est mis à répéter plusieurs de leurs morceaux ainsi que des reprises 50s rock’n’roll. On a tourné une première année l’été 2019 dans les campings avec un bassiste qui était dans ma classe de 1ʳᵉ.

En parallèle, Lila Rose et Calvin avaient montés un groupe avec un batteur, eux aussi étaient un trio. Au bout d’un an, on a eu envie de reprendre des morceaux garage 60s, il nous fallait donc une deuxième guitare. Calvin nous a rejoint et quelques mois plus tard, en octobre 2020, Lila-Rose a remplacé le précédent bassiste.

FR70 : Pourquoi avoir choisi ce nom ?

Elouan : Lors de notre premier concert, on a demandé au public de mettre dans une urne des idées de nom pour le groupe. Parmi toutes les idées, il y avait « Dynamite Shakers ».

FR70 : Comment définiriez-vous votre musique ?

Lila-Rose : On s’est toujours défini comme étant un groupe de garage rock car nos racines sont garage. Depuis toujours, on veut que notre musique fonctionne en live. On veut que les gens ressentent l’énergie et l’urgence de nos morceaux. Pendant longtemps, on composait nos morceaux uniquement pour le live ; on jouait les nouvelles compos en concert et en fonction de la réaction du public, on modifiait des parties en répètes pour que le morceau soit parfait. On voulait pas être ennuyeux.

Pour ce 2ᵉ album, on s’est moins focalisé sur le live. On s’est laissé aller sur des tempos plus lents et des mélodies plus mélancoliques. C’est venu naturellement, comme si on en avait besoin à ce moment-là !

FR70 : Quelles sont vos principales influences ?

Elouan : Pendant notre 1ᵉʳ album, on écoutait pratiquement tous les mêmes morceaux. L’album était influencé par du garage 60s comme les Sonics ou les Kinks avec toujours un peu de rock n roll 50s comme Jerry Lee Lewis ou Eddie Cochran. Il y a aussi beaucoup de d’Arctic Monkeys et de libertines. Pour ce deuxième album, c’est difficile à dire parce que chacun d’entre nous écoute maintenant des choses différentes.

FR70 : Le premier disque que vous avez acheté, vous vous en souvenez ?

Elouan : Le premier disque que j’ai acheté était un disque des Limboos à un de leurs concerts, J'avais 15 ans.

FR70 : Quel disque vous a donné envie de prendre une guitare et de faire du rock ?

Lila-Rose : J’ai découvert les Beatles au lycée, j’avais 16 ans et je débutais la guitare. À partir de ce moment là, je suis devenue fanatique et j’ai appris quasiment tous les morceaux possibles à la guitare. J’ai commencé par le premier album « Please Please Me ». Mais j’avais aussi appris toutes les ballades acoustiques de McCartney sur tous les albums (Blackbird, Her Majesty, etc).

FR70 : Dans votre discothèque, quel album tourne encore régulièrement sur la platine ?

Elouan : J’ai pas de disque que je mets régulièrement. En ce moment c’est une compil’ des Inmates qui tournent.

FR70 : Plutôt vinyle qui craque ou playlist numérique ?

Lila-Rose : On est tous plutôt playlist numérique, à part Calvin qui écoute beaucoup sur platine. Le streaming est devenu un indispensable pour nous puisqu’on voyage beaucoup, on passe notre temps à écouter de la musique dans le camion. Cela nous a permis de découvrir énormément de groupes. Mais c’est toujours un plaisir de s’écouter un petit vinyle qui craque de temps en temps !

FR70 : Quel groupe des années 60 ou 70 auriez-vous aimé voir sur scène ?

Elouan : J’aurai aimé voir les Stooges sur scène, à l’époque où Iggy avait son collier de chien autour du cou.

FR70 : Pour vous, c’est quoi un bon riff de rock ? Est-ce que le rock doit forcément être joué fort ?

Elouan : C’est difficile à dire parce qu’on n'est pas adepte des riffs. S’il y en a un, l’important c’est qu’il serve le morceau. C’est pas forcément nécessaire de jouer fort, mais ça peut orienter notre façon de composer.

FR70 : Quand vous écrivez une chanson, vous partez plutôt d’un riff, d’une mélodie ou d’une histoire ?

Lila-Rose : La plupart du temps, Elouan et moi composons chacun de notre côté. On ramène les accords et les paroles en répète, et on bosse la structure à 4. Mais il y a quelques morceaux de l’album qu’on a composé tous les 4 ensemble, notamment « Oh, Darling » et « Spleen de toi ».

Pour ces morceaux, on est parti d’un riff et d’un rythme de batterie.

FR70 : Votre album Marylin : Si vous deviez nous faire découvrir un seul morceau, lequel choisiriez-vous ? Quel morceau de Marylin vous ressemble le plus ?

Elouan : Je pense que Get lost (on the other side) nous ressemble le plus. C’est l’un des morceaux qui reflètent les 2 aspects du groupe avec des parties à faible intensité et des moments où ça envoie.

FR70 : Le rock français a beaucoup changé depuis les années 70. Qu’est-ce qui n’a, selon vous, jamais changé ?

Lila-Rose : Le rock est une musique qui se vit en live. Je pense que depuis les années 70, c’est la seule chose qui n’a jamais changé.

FR70 : Quel artiste ou groupe français mériterait aujourd’hui d’être davantage écouté ?

Lila-Rose : Il y en a beaucoup ! Mais on va citer Johnny Mafia, Friday My Lady et The Parachute qui mériteraient beaucoup plus d’écoutes !

FR70 : Quel est le souvenir de concert que vous n’oublierez jamais ?

Elouan : En 2024, on ouvrait pour Ko Ko Mo à la Cigale. À la fin de leur concert, ils ont annoncé un Olympia et nous ont choisis comme 1ʳᵉ partie. C’était un moment très fort pour nous.

FR70 : Si vous pouviez organiser votre concert idéal avec trois groupes, lesquels choisiriez-vous ?

Elouan : On choisirait Johnny Mafia, Friday My Lady et The Parachute.

FR70 : Quelle est la chanson que vous auriez aimé écrire ?

Elouan : Idiot Waltz du Gun Club.

FR70 : Qu’est-ce qui vous énerve le plus dans le rock aujourd’hui ?

Lila-Rose : les gens qui font du « rock » pour le style et l’esthétique plutôt que pour la musique en elle-même.

FR70 : Le public français aime souvent classer les groupes : garage, rock'n'roll, indie, vintage… Est-ce que ces étiquettes vous amusent ou vous agacent ?

Lila-Rose : Ces étiquettes nous amusent. Si les gens ont besoin de classer les groupes pour mieux s’y retrouver, qu’ils le fassent ! Ça ne changera pas notre perception de notre propre musique.

FR70 : Est-ce facile de travailler à plusieurs ?

Lila-Rose : C’est toujours un plaisir de travailler tous les 4. On se connaît depuis maintenant 6 ou 7 ans, on a vécu beaucoup de choses ensemble, ça nous a forgé un lien très fort. Évidemment, il arrive qu’il y ait quelques divergences entre nous, mais c’est normal dans une vie en communauté. On est tout le temps ensemble !

FR70 : Quel morceau aimez-vous particulièrement jouer sur scène ?

Elouan : On aime beaucoup jouer "Équipage Ravage". C’est notre morceau d’intro en concert, il nous met dans le bain direct.

FR70 : Est-ce important pour vous de chanter en français ?

Lila-Rose : Ce n’est pas particulièrement important mais le français est arrivé naturellement car on commençait à tourner en rond en anglais. Les rimes devenaient redondantes et c’était compliqué de mettre à l’écrit ce qu’on ressentait. L’anglais n’est pas notre langue maternelle, on n’est pas bilingue. Le français nous permet d’être plus conscients de ce que l'on chante.

FR70 : On va parler maintenant de vos goûts personnels.

Quel est votre plat et votre boisson préférés ?

Elouan : François est un très grand fan de fromages ! (rires)

FR70 : Vous aimez le cinéma ? Quels films vous font vibrer ?

Lila-Rose : J’aime beaucoup le cinéma. J’adore les films qui ont une belle esthétique et une Bonne BO. Dernièrement j’ai regardé « Marie-Antoinette » de Sofia Coppola. Les images sont magnifiques et la BO regorge des supers groupes comme les Cure, New Order, Gang of Four ou encore les Strokes.

Aussi, j’aime beaucoup l’esthétique des films de Wong Kar-Wai, notamment « In the Mood for Love »

FR70 : Niveau lecture, vous préférez les livres de poche ou les BD ?

Lila-Rose : Plutôt livres de poche !

FR70 : À part la musique, qu'est-ce qui vous passionne dans la vie ?

Lila-Rose : Pour la plupart d’entre nous, c’est uniquement la musique qui nous passionne réellement. La musique englobe tellement de choses. Grâce à elle, on rencontre plein de personnes, on voyage, on va voir des concerts, etc… Cette passion est tellement dense qu’on a du mal à trouver l’énergie pour être passionné par d’autres choses. Même si on fait d’autres choses à côté, je ne pense pas qu’on pourrait qualifier ces activités comme des « passions ».

FR70 : Comment voyez-vous le monde actuel, inquiétant ou excitant ? L'avenir vous fait peur ?

Lila-Rose : À 24 ans, on a encore toute la vie devant nous, c’est vrai que c’est effrayant. Pour l’instant, le groupe fait son petit bonhomme de chemin, ça se passe bien mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve ! On préfère vivre le moment présent et la suite, on verra plus tard.

Le monde actuel est, en effet, un peu inquiétant. On voit l’extrême droite prendre du terrain et le dérèglement climatique est un réel problème qui touche particulièrement les jeunes de notre âge.

Toutes ces questions créent un avenir incertain pour notre génération.

FR70 : Quels sont vos projets pour les prochains mois ? Un nouvel album est-il déjà en préparation ?

Lila-Rose : Les prochains mois, on a prévu de beaucoup se voir pour répéter et composer des nouveaux morceaux. Peut-être pour un 3ᵉ album !

FR70 : Où peut-on vous voir prochainement sur scène ?

Lila-Rose : En décembre, on joue chez nous le 11, 12 et 19 décembre au Rocksea. Et à Paris le 27 février au Trianon !

FR70 : Enfin, ma toute dernière question. Si vous deviez résumer Dynamite Shakers à quelqu’un qui ne vous connaît pas encore, vous lui dites quoi ?

Elouan : Dynamite Shakers, c’est un groupe de rock de 4 potes qui ont la vingtaine. Deux voix, deux guitares, une basse et une batterie

FR70 : Merci d'avoir répondu à toutes mes questions, c'était très sympa.

DS : Merci à Francerock70.

LA CHRONIQUE :

Dès « Scellé au sol », les Dynamite Shakers donnent le ton : guitares nerveuses, batterie qui cogne, basse omniprésente et cette sensation permanente que le morceau pourrait exploser à tout instant.

Le groupe ne cherche pas à faire joli, il cherche tout simplement à faire du rock.

Et c'est précisément ce qui rend cet album particulièrement réjouissant.

Ce qui frappe immédiatement sur Marilyn, c'est la maturité du groupe.

Le premier album avait l'énergie et l'insolence de la jeunesse. Ici, les Dynamite Shakers conservent cette fougue tout en construisant davantage leurs morceaux.

"Cinéma" en est une parfaite illustration. Le titre possède un refrain immédiatement mémorisable et une vraie personnalité vocale grâce à Lila-Rose. Le groupe réussit surtout quelque chose d'important : faire du rock en français sans donner l'impression de vouloir "franciser" artificiellement sa musique.

Puis arrive "Nightclub", déjà connu des amateurs du groupe. Un morceau qui sent la sueur, les amplis poussés trop fort et les nuits qui finissent beaucoup trop tard.

Du pur rock'n'roll.

« 6 h 10 », « Spleen de toi », « Démarche cisaillée » ou « Détours » montrent un groupe qui s'autorise davantage de nuances.

Et puis il y a « Get Lost (On the Other Side) », qui dépasse les cinq minutes et permet au groupe de prendre son temps.

C'est suffisamment rare dans le rock actuel pour être souligné.

Les Dynamite Shakers savent envoyer la sauce, mais ils savent aussi laisser respirer leurs compositions.

Arrive « Black Out », enregistré avec The Limiñanas.

La rencontre est évidemment loin d'être anodine puisque Lionel Limiñana assure également la production de l'album.

Ce morceau représente parfaitement le pont entre deux générations du rock français : une jeunesse qui possède encore la rage et l'envie d'en découdre, face à des musiciens qui ont déjà largement contribué à faire vivre cette culture.

Le résultat est sombre, électrique et franchement jubilatoire.

Après les différentes atmosphères développées tout au long de l'album, « Équipage ravage » vient fermer la marche avec un dernier coup de poing. Le titre, déjà sorti en single, retrouve ici tout son sens : une sorte de générique de fin qui refuse justement de sonner comme une fin.

Les Dynamite Shakers aiment les Stooges, les Sonics, le garage, le punk, le rock'n'roll et toutes ces musiques qui ont fait trembler les murs.

Mais ils veulent en faire quelque chose aujourd'hui.

Le rock français n'est donc peut-être pas aussi moribond que certains voudraient nous le faire croire.

Il suffit parfois de monter le volume.

Et d'appuyer sur PLAY.

Francerock70 vous recommande très chaudement ce disque.

Vous pouvez écouter l'album en entier pendant quelques jours sur le site (le groupe a donné son accord).

Pour cela, cliquez sur le play de la radio Francerock70.

L'album est disponible dans toutes les bonnes crèmeries, version vinyle ou version CD, et également sur les plateformes de streaming.

Achetez les disques, aidez le rock français.

Un grand merci aux Dynamite Shakers pour les photos.

https://www.facebook.com/dynamiteshakers/?locale=fr_FR

Pat