Né en 1949 à Antony, en région parisienne, Mike Lécuyer grandit dans un environnement populaire du sud de Paris. Très tôt passionné par la musique anglo-saxonne, il découvre le rock, le rhythm'n'blues et le blues qui marqueront durablement son parcours.
Avant de devenir musicien à plein temps, il travaille comme disc-jockey puis employé de banque. Au début des années 1970, il participe activement à l'essor de la presse rock française en cofondant le magazine Pop 2000. Il devient ensuite directeur de rédaction de Maxipop puis collabore à plusieurs publications spécialisées comme Extra, Gold Magazine, Watts Magazine et Rock'n Roll Musique.
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Cette activité journalistique lui permet de côtoyer de nombreux artistes et de développer une connaissance approfondie de l'histoire du rock et du blues.
En 1977, Mike Lécuyer décide de passer de l'autre côté de la barrière et enregistre ses premiers disques. Son premier 45 tours, Des Vacances / Frankenstein Boogie, attire l'attention grâce à son mélange original de blues, de rock'n'roll et de textes en français.
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L'année suivante paraît son premier album, À 7 plombes du mat' blues, produit par Christian Décamps. L'album est aujourd'hui considéré comme l'un des actes fondateurs du blues français moderne. À une époque où la plupart des groupes chantent encore en anglais, Mike Lécuyer prouve que le blues peut parfaitement s'exprimer dans la langue de Molière.
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En 1979, il publie Partie libre, poursuivant dans cette voie mêlant blues, rock et observation du quotidien.
À partir de la fin des années 1990, son rôle devient essentiel pour toute la scène blues francophone.
En 1999, il crée La Chaîne du Blues, l'un des premiers grands portails internet consacrés au blues en langue française. Il contribue également à la création de nombreuses initiatives destinées à promouvoir les artistes francophones : France Blues, W3 Blues Radio, RCDB, Blues Actu Radio et le célèbre Tremplin Blues-sur-Seine.
Grâce à son travail de diffusion et de promotion, il devient une référence incontournable du milieu.
Au cours des années 2000, Mike Lécuyer revient à l'enregistrement.
Une compilation de ses œuvres des années 1970 paraît en 2008 sous le titre 19 777 879. Suivent ensuite plusieurs albums salués par les amateurs de blues :
De Montparnasse à Montréal (2011)
L'Heure bleue (2013)
5 (2017)
Ces disques témoignent d'un artiste fidèle à ses racines mais toujours inspiré, mêlant blues traditionnel, rock, humour, poésie urbaine et souvenirs de la vie parisienne.
Au-delà de sa discographie, Mike Lécuyer est considéré comme l'un des principaux artisans du blues francophone. Son travail d'archiviste, de journaliste, de producteur et de diffuseur a permis de préserver une part importante de l'histoire du rock et du blues français.
Avec des artistes comme Bill Deraime, Benoît Blue Boy, Patrick Verbeke ou Paul Personne, Mike Lécuyer appartient à la génération qui a donné une identité française au blues. Son œuvre et son engagement continuent aujourd'hui d'influencer de nombreux musiciens et passionnés de rock et de blues.
Francerock a retrouvé Mike Lécuyer qui a bien voulu répondre à quelques questions.
C'est pour vous et c'est sur Francerock70.
L'INTERVIEW :
Pat : Bonjour Mike, Cela fait un petit moment que j'avais envie de discuter avec toi, tu es devenu une légende du blues français et j'avais vraiment envie d'en savoir plus sur ton parcours !
Avant d'être reconnu comme musicien, tu as été journaliste rock. Qu'est-ce que ce métier t'a appris sur les artistes ?
Mike Lécuyer : Ha, question originale et pas évidente. ;-) Ce qui m'a marqué, c'est que tu peux rencontrer des artistes dont tu n'apprécies pas spécialement la musique mais qui s'avèrent très intéressants en interview, et l'inverse est également vrai : tu peux aimer un disque ou un musicien et il ne se passe pas grand-chose en le rencontrant. Mais la plupart du temps l'artiste "colle" à sa musique.
P : Continuons sur ta carrière de journaliste. Dans les années 70, quel est le groupe ou le musicien qui t'a particulièrement marqué lors de tes interviews ?
ML : Ah les interviews… parfois entre 2 portes (d'hôtel ou de coulisses) ou parfois, plus rare, chez l'artiste, comme Dick Rivers, Nino Ferrer, là on a le temps de faire connaissance ;-)… et puis Christian Décamps, le fondateur du groupe Ange. Très grand parolier-poète, devenu un ami (et qui a pris sa retraite scénique en 2025). Côté anglo-saxon, Tina Turner (chez Maxim's, le restaurant) une "présence" incroyable et qui te fait croire que tes questions sont les plus intelligentes qu'elle ait jamais entendues ! Roger Daltrey (des Who) en coulisses de la Fête de l'Huma, ça ne dure que quelques minutes et on fume une cigarette et puis hop les voilà sur scène. À Londres, une soirée vraiment spéciale avec Michael Des Barres (Silverhead), je n'étais pas spécialement passionné par son groupe mais on a passé 3 heures à parler des étoiles, du destin, de l'avenir… et rien sur la musique !
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P : Quels étaient tes groupes français préférés quand tu as créé le journal POP 2000 ?
ML : Ange, Martin Circus (1ʳᵉ formule), Zoo, Triangle, Dynastie Crisis, Variations… J'en oublie certainement.
Un peu plus tard : Little Bob Story et Ganafoul.
Et n'oublions pas les pionniers : Les Chaussettes Noires, Les Chats Sauvages, Les Vautours… et Ronnie Bird, ah lui au milieu des années 60, c'était "notre" Mick Jagger. ;-)
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P : Tu as été également directeur de rédaction de Maxipop puis journaliste dans plusieurs publications spécialisées comme Extra, Rock 'N' Roll Musique. D'ailleurs c'est un peu grâce à toi si aujourd'hui Francerock70 existe. C'étaient les journaux que j'achetais tous les mois quand j'étais jeune et qui m'ont fait découvrir le rock français. Merci pour tout ça, Mike !
D'après toi, pourquoi la presse musicale française n'a jamais vraiment décollé dans notre pays, pourtant le rock français marchait bien auprès des jeunes dans les années 70 et 80 ?
ML : Je n'ai pas le même souvenir, ;-) je crois au contraire que Rock & Folk et Best, entre autres, ont eu un grand impact sur les fans de pop et de rock. N'oublions pas qu'à cette époque, années 1960-1980, c'était le seul moyen avec la radio d'être au courant des nouveaux disques, des nouveaux groupes, et ça créait du lien entre amateurs.
J'ai vu plusieurs fois des groupes étrangers demander des exemplaires des revues françaises car la plupart étaient en couleurs sur du beau papier (pas Pop 2000 par manque de moyens financiers), ce qui n'était pas le cas des Melody Maker, Rolling Stone et autres New Musical Express qui étaient sur papier journal.
P : Quel regard portes-tu sur l'évolution du journalisme musical à l'ère des réseaux sociaux ?
ML : La première chose qui me vient à l'esprit, c'est la "non-longueur" des articles actuels : on voit bien que l'on n'a plus l'envie (ou le temps) de lire un long texte de plusieurs pages dans une revue… ou alors on passe au livre entier sur un artiste. Il y a une énorme production de livres et souvent de grande qualité. Internet a changé la donne et les réseaux encore plus, mais c'est l'évolution du XXIᵉ siècle, les journalistes écrivent pour de nouveaux supports comme ton blog ou en PDF et aussi les webradios, les podcasts, YouTube… plein de moyens pour se tenir informé de son style musical préféré. Évidemment c'est (beaucoup) au détriment de la presse "papier".
P : Maintenant venons-en à ta carrière musicale, tu as commencé la musique à quel âge et tu as débuté avec quel instrument ?
ML : J'ai tout d'abord pris quelques cours de guitare classique mais j'ai laissé tomber au bout de 3 mois, ensuite vers 1965, j'avais 15-16 ans, chez Pas-de-Loup (un magasin d'instruments de musique en haut du bd Saint-Michel en face du jardin du Luxembourg, qui n'existe plus), j'ai loué un petit kit de batterie qui tenait dans 2 grands sacs de sport mais quand je suis rentré chez mes parents au 6ᵉ étage sans ascenseur, je me suis dit que ça n'était pas très "pratique" !!! Je l'ai rendu au bout de quelques mois. Ensuite, en vendant ma collection de timbres et en travaillant un mois d'été à La Poste (PTT), je me suis payé ma première guitare électrique. C'était très cher à l'époque et il n'y avait pas encore de copies japonaises ou autres.
Je me lie d'amitié avec 3 autres gars du lycée Lavoisier (Paris 6ᵉ) qui commencent eux aussi à jouer un peu de musique. Nos goûts étant les mêmes (british blues principalement), on décide de répéter ensemble. Gérard à la batterie, Jean-Claude à la guitare, Hervé au chant et moi à la basse. C'est mon premier groupe avec un unique concert au patronage de la rue de la Tombe-Issoire où on répétait les jeudis après-midi.
Nous avons ensuite répété dans les caves de la mairie du 14ᵉ arrondissement et c'est là que le groupe s'est appelé Special Session et je suis passé au chant. Entre 1968 et 1970, on a participé à quelques soirées et concerts comme la Salle Wagram (on y jouait parfois sous le nom de Mick Mike Blues Band pour pouvoir être reprogrammé !) et Le Golf Drouot, évidemment…
P : Tu écoutais quoi quand tu étais ado, la radio, les disques ?
ML : D'abord la radio avec Salut Les Copains sur Europe 1 et beaucoup plus tard Poste restante sur RTL… mais aussi les feuilletons radiophoniques : Ca va bouillir, La famille Duraton, Sur le banc, Les maîtres du mystère (le générique me glaçait le sang), et les jeux : Quitte ou double, Le jeu des 1000 francs. J'adore la radio. J'en écoute tous les jours encore aujourd'hui (France Inter, FIP… et ma webradio : Blues Actu Radio, du blues 24 h sur 24).
P : Le tout premier disque que tu as acheté, c'était quoi ? Donne-moi la vraie réponse même si c'est un truc bien ringard (rires).
ML : C'est un souvenir très précis, lié à la télévision : en avril 1960 (j'ai 11 ans), Johnny Hallyday chante "Laisse les filles" pour la première fois à la télévision (une seule chaîne en noir et blanc)… Et ce fut une révélation, un choc. Petite anecdote : Aimée Mortimer et Line Renaud le présentent comme étant américain ! Passons ;-).
Je demande aussitôt à mes parents un électrophone et le disque de Johnny. Mais très vite je passe aux disques des groupes de twist comme Les Chaussettes Noires, Les Chats Sauvages, Les Vautours… qui m'enthousiasment à tel point que pendant les vacances d'été au Tréport chez mes grands-parents, "j'embauche" les petits voisins pour mimer les musiciens sur les disques dans le sous-sol familial. Un lit nous servait de scène et un balai me servait de micro (déjà) !
P : Quel a été le disque qui t'a donné envie de consacrer ta vie à la musique ?
ML : Le premier 33-tours des Rolling Stones. Là aussi un choc visuel avec une photo sublime de Nicholas Wright. Je vais au grand magasin Le Bon Marché un samedi matin d'avril 1964 (encore le mois d'avril !). Et au rayon disques je vois cette pochette sans nom sur le recto mais avec 5 types qui ne rigolent pas. J'achète le disque sans même l'avoir écouté ! Ma deuxième révélation. Et je porte souvent des gilets (moins chic) comme Brian Jones sur la pochette.
P : À quel moment as-tu compris que le blues allait devenir ton principal langage musical ?
ML : Avec ce disque des Stones, j'écoute, sans le savoir, mes premières notes de blues, même si c'était à la sauce anglaise. Ensuite John Mayall, Fleetwood Mac, Chicken Shack… me donnent envie d'essayer de composer mes premiers morceaux. On écoutait également le blues "original", BB King, Muddy Waters, Robert Johnson, etc., mais c'était moins évident de se projeter de l'autre côté de l'Atlantique.
P : Quelles ont été les rencontres déterminantes qui t'ont permis de te lancer dans la musique ?
ML : Mon ami le guitariste Bernard Zuang, que je connais depuis le lycée, qui jouait dans mes groupes et avec qui j'ai commencé à composer "sérieusement" au milieu des années 1970. Ensuite ce fut Christian Décamps qui m'a permis de signer chez Crypto en 1976. On se connait depuis l'époque Pop 2000 où j'avais mis Ange deux fois en couverture de ma revue.
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P : En 1978, tu sors ton premier album "À 7 heures du mat' blues" chez Crypto, le label de Jean-Claude Pognant, comment s'est passé l'enregistrement ?
ML : En 1976, avec Bernard Zuang (guitare, basse, harmonica) et Gérald Coulondre (batteur de Rock 'n' Roller), on découvrait le vrai travail en studio. Christian Décamps était le producteur et Jean-Claude Pognant nous avait envoyés pour tester un nouveau studio à Angers, Le Studio 20 de Richard Loury. Un premier 45-tours sous le nom de Mike & sa Clique paraît en 1977.
Nous retournons ensuite enregistrer mon premier 33-tours "À 7 plombes du mat' blues" avec en plus aux guitares Lionel Raynal (Rock 'n' Roller, The Reverend, décédé le 8 juillet 2026) pour la touche rock et enfin une dernière session fin 1977 avec Mauro Serri pour la touche blues de chez blues (c'est Daniel Perraud, décédé en janvier 2013, directeur du mensuel Rock N Roll Musique qui me l'a présenté). Christian supervisait les enregistrements avec sa bonhomie habituelle et sa clope vissée au coin de la bouche (ça fumait encore partout à cette époque !). Il participe également aux chœurs. On maitrisait mieux les techniques d'enregistrement.
P : Pourquoi avoir choisi de chanter en français dans une période où beaucoup préféraient l'anglais ?
ML : Il ne me semble pas qu'il y avait tant de groupes que ça qui chantaient en anglais. À part Ganafoul et Little Bob. Dans mes premiers groupes, on ne faisait que des reprises en anglais (souvent en "yaourt"), mais dès que j'ai commencé à composer, ça a été en français. Pour faire passer une émotion ou voir les gens sourire à un texte humoristique ou encore les voir reprendre un refrain pendant un concert, ça ne peut vraiment se faire qu'en français.
P : Parmi les chansons enregistrées à l'époque, quelle est celle que tu préfères et pourquoi ?
ML : Il y en a beaucoup, pour des raisons très différentes, mais je vais choisir deux gares :
"Gare du Nord à 7 plombes du mat' blues" sur le premier album car c'est le morceau qui est le plus passé en radio et j'ai été Espoir de l'été 1978 sur RTL. Malheureusement la maison de disques Crypto et le distributeur RCA étaient un peu en conflit et le 45-tours (Gare du Nord / Où est donc le bon vieux temps (adaptation des Kinks)) n'est jamais sorti. Fin de l'histoire.
Ensuite Christian Décamps me fait signer chez Phonogram en artiste indépendant. Pour ce second album "Partie Libre", on décide de mettre le paquet sur les arrangements (cuivres, cordes, clavier…) avec Bernard Zuang (guitares et harmonica), Mauro Serri (guitares), Rolly Lucot (basse et harmonica), mais finalement c'est le titre sans fioritures "Montparnasse" que je préfère : guitare Bernard, harmonica Rolly et moi au chant, pour un hommage à notre quartier de jeunesse. Les photos des deux albums ont été prises au café Les Mousquetaires, avenue du Maine, où nous avions nos habitudes (flipper et billard) et dont les clients m'ont inspiré plusieurs morceaux (Je n'ai plus de fric pour faire un flip, Oncle Paul…).
P : Existe-t-il un album de tes débuts que tu aurais aimé enregistrer différemment avec le recul ?
ML : Le second album, "Partie libre", quand j'y repense, était trop éloigné de ce qui faisait l'intérêt et l'originalité du premier : un peu brut de décoffrage mais authentique. Certains titres sont à la limite de la variété, on lorgnait, à tort, vers la nouvelle variété française, dont j'avais croisé quelques artistes dans des émissions promos de mon premier album… Mais si le disque avait été un succès, je ne dirais peut-être pas cela. C'est difficile d'analyser son travail… Et de toute façon il y a prescription !
P : Je ne vais pas revenir sur tout le reste de ta carrière car il faudrait écrire une encyclopédie et ici c'est un peu étroit. Tu as toujours été un fervent défenseur du blues en France. D'après toi, le blues français a-t-il enfin trouvé sa place ou reste-t-il chez nous encore un genre confidentiel ?
ML : La scène blues en France est très dynamique. Il y a d'ailleurs beaucoup de Nuits ou Festivals de blues. Mais évidemment par rapport au "grand public" et aux médias cela reste confidentiel.
Pourtant il y a beaucoup de groupes talentueux avec un blues qui a su évoluer avec son temps, MAIS ils chantent tous en anglais. Quel dommage ! Jamais Bill Deraime, Patrick Verbeke ou Paul Personne n'aurait fait carrière s'ils étaient restés à chanter en anglais. Lorsque j'ai commencé à présenter le Tremplin Blues sur Seine au début des années 2000, il y avait encore pas mal de groupes qui composaient en français, on avait d'ailleurs un prix spécial La Poste, puis Sacem, des meilleurs textes en fr. Maintenant c'est bien fini.
Mention spéciale à La Bedoune, un duo occitan qui, après des disques en anglais, se "risque" avec talent à chanter en français et tout de suite ça prend une autre dimension. Écoutez-les. En anglais tu n'as que le son, en français tu as le son ET le sens… Encore faut-il avoir quelque chose à raconter !
P : Tu as consacré une grande partie de ta vie à promouvoir les autres artistes. Est-ce parfois plus gratifiant que de monter soi-même sur scène ?
ML : Ce ne sont pas les mêmes sensations, mais j'ai vraiment pris mon pied à présenter plus d'une centaine de groupes en 20 ans au Tremplin Blues sur Seine, à en envoyer au Québec, à en faire découvrir d'autres sur les webradios W3 Blues Radio, La Chaine du Blues et maintenant Blues Actu Radio.
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P : En tant que journaliste et musicien, quelle a été la plus belle rencontre de ta carrière ?
ML : Il y en a beaucoup !
Avant d'être professionnel en 1970 à Londres, j'ai passé un après-midi avec Son House, l'un des pères du Delta Blues (il avait joué avec Robert Johnson) dans les locaux de la maison de disques Blue Horizon et le soir je l'ai vu en concert. Mais je ne maitrisais pas assez bien l'anglais (et il avait un sacré accent du sud) pour que nous ayons un véritable échange. En plus j'ai perdu toutes mes photos du concert.
Tina Turner chez Maxim's, le restaurant. Une présence incroyable et elle te mettait à l'aise en répondant avec enthousiasme à tes questions.
Les Who à la Fête de l'Huma, devant et derrière la scène. Fumer des Gauloises avec Pete Townshend et Roger Daltrey (qui a failli s'étouffer !) Et puis allez, c'est parti, un show incroyable… stoppé net au bout de 45 mn par un orage terrible qui a tout fait sauter. J'en garde un souvenir ému, contrairement à ma femme (que je ne connaissais pas encore) qui avait attendu avec ses copines ce concert pendant des heures et qu'elles ont trouvé bien trop court ! Frustration blues.
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P : Peux-tu me raconter une anecdote de tournée ou de studio que tu n'as jamais oubliée ?
ML : Deux pour le prix d'une :
Festiblues international de Montréal : j'ai chanté "Gare du Nord" devant 20 000 personnes. Je peux te dire que ça décoiffe ! Et ça ne se reproduira certainement plus jamais. En sortant de scène, tout le monde me demandait ce que voulait dire "À 7 plombes du mat"… Hé oui, il y a quelques différences d'expressions entre Montréal et Paris !
Palais des Sports de Nancy : une (seule et unique) personne dans la salle ! Concert annulé. Je devais faire la première partie de Pascal Danel, avec Maurice Biraud en présentateur-amuseur. En février, sous la neige, sans affichage apparent, le bide total ! Je vous passe les détails du retour qui, comme à l'aller, s'est passé sous la neige.
Et un bonus studio : quand tu vois une vingtaine de violons de l'orchestre symphonique d'Angers s'installer et jouer sur tes petites chansons de 3 mn, tu as carrément la chair de poule.
P : Quel concert t'a le plus bouleversé en tant que spectateur ?
ML : Les Who bien sûr, mais aussi Genesis et Pink Floyd (dans leurs formations originales). Ce n'était pas a priori mon style musical, mais bon sang que c'était bon et beau : Genesis à l'Olympia et Pink Floyd au festival de Bath en Angleterre.
P : Quel conseil donnerais-tu au jeune Mike Lécuyer de 20 ans ?
ML : Y aller à fond, bien plus à fond !
P : On va maintenant passer à des questions plus personnelles si tu le veux bien.
Tu dois t'isoler sur une île déserte, quels sont les trois disques que tu emmènes avec toi ?
ML : Bien que j'aie complètement arrêté de jouer, je prendrais plutôt une guitare acoustique car il n'y a pas d'électricité sur une île déserte. ;-)
P : Si tu pouvais passer une soirée avec trois musiciens disparus, lesquels choisirais-tu ?
ML : Robert Johnson, Jimi Hendrix, Brian Jones, JJ Cale. Zut, ça fait 4 !
P : Quel est ton plat préféré, ta boisson favorite ?
ML : Steak frites et tarte aux pommes le dimanche l'hiver, et taboulé l'été.
Salvetat tous les jours, sinon de temps en temps un verre de rosé ou une bière et pourquoi pas un mojito en apéritif avec la menthe de mon jardin.
P : Quels sont les films que tu adores et que tu regardes régulièrement ?
ML : Blade Runner, 2001 l'Odyssée de l'espace, Planète interdite, Dune, Avatar et à la télé les bons vieux classiques français.
P : En ce qui concerne la lecture, tu es BD ou livre ? Qu'est-ce que tu aimes ?
ML : En BD, je continue de lire les nouveaux Blake et Mortimer et j'aime beaucoup aussi Lucien de Frank Margerin.
En livres, je lis beaucoup d'ouvrages "musicaux" (mes préférés de ces dernières années sont Génération Rock & Folk par Christophe Quillien, Golf Drouot par Bertrand Dicale, JJ Cale par Bertrand Bouard, Bruce Springsteen – Born to Run, Keith Richards – Life, Encyclopédie du rock en France par Christophe Gofette…). et je relis mes grands classiques de science-fiction : Philip K. Dick, Isaac Asimov…
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P : Qu'est-ce que tu écoutes actuellement comme musique ?
ML : Sur Blues Actu Radio, je découvre tous les jours de nouveaux très bons morceaux de blues actuel (qui tend souvent vers le rock) et sur les radios "nationales", j'apprécie d'entendre de nouveaux artistes français comme Feu Chatterton, Pomme, Clara Luciani, Miki ou même Hoshi. Je trouve que la variété française se renouvelle bien mieux du côté des femmes.
P : À l'inverse, qu'est-ce que tu n'aimes pas du tout musicalement ?
ML : Toutes les chansons qui utilisent l'auto-tune, quel que soit le style (majoritairement du rap). C'est insupportable. J'éteins carrément la radio quand j'en entends.
P : Tu es plutôt Beatles ou Rolling Stones ?
ML : Il fut une époque où je répondais Who et Kinks. ;-) Maintenant je dirais que j'apprécie les Beatles à leur juste valeur et que j'ai tellement écouté les premiers Stones que je suis un peu saturé, mais ça reste ma référence.
P : L'actualité en ce moment c'est vraiment pas le top, qu'est-ce que tu penses de notre monde actuel ?
ML : Étant né en 1949, j'ai eu vraiment la chance d'être un enfant du baby-boom, génération privilégiée. Quand je vois les moins de 50 ans galérer (comme mon fils) et vu mon "grand âge", il est normal que je sois un peu dépassé par l'évolution de la société que je trouve très (trop) violente.
P : D'après toi, on peut encore changer les choses ?
ML : Non
P : À part la musique, quels sont tes passe-temps favoris ?
ML : J'ai joué au foot jusqu'à 50 ans et je regarde toujours des matchs à la télé. J'ai aussi passé pas mal de temps à pêcher en étang ou à la mer. Maintenant je suis plutôt branché Séries. Il y en a de très bonnes, de tous horizons. Et comme j'ai quitté la région parisienne pour une maison en Dordogne, j'ai un jardin et quelques arbres fruitiers.
P : Quels sont tes projets, un album, des concerts ?
ML : Mes activités actuelles se passent sur le net : sites, YouTube, groupes Facebook et mes émissions sur Blues Actu Radio.
Je n'ai plus d'activités en tant que musicien (même si parfois j'aurais bien envie de m'y remettre, mais je n'ai pratiquement plus de "matos" côté instruments comme du côté logiciel d'enregistrement). Même mon label Bluesiac (une vingtaine d'albums blues en français) est en pause.
P. : Voici ma toute dernière question, beaucoup plus tard, lorsque l'on évoquera Mike Lécuyer : qu'aimerais-tu que l'on retienne avant tout : le musicien ou le journaliste ?
ML : L'auteur-compositeur… Mais il faudrait que les gens (re)découvrent mes chansons.
Et ma dernière volonté est que mes cendres soient dispersées sur internet… Ah ah !
Pat : Merci Mike pour avoir accepté cette interview un peu spéciale, merci pour ta gentillesse !
CHRONIQUE DE LA COMPILATION 19 777 879
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Certaines compilations ressemblent à de simples exercices d'archivage. 19 777 879 est tout le contraire : c'est une véritable machine à remonter le temps qui nous replonge dans l'âge d'or d'un blues français encore balbutiant mais déjà terriblement vivant.
Cette anthologie rassemble les premiers enregistrements de Mike Lécuyer, issus du 45 tours Des Vacances / Frankenstein Boogie (1977) et des albums À 7 plombes du mat' blues (1978) et Partie libre (1979).
Dès les premières minutes, on est frappé par la fraîcheur de ces morceaux. Loin des clichés du blues académique, Mike Lécuyer impose un style personnel où le blues américain croise le quotidien des faubourgs parisiens. Ses textes parlent de la rue, du travail, des galères, des nuits de Montparnasse ou de la Gare du Nord avec un réalisme teinté d'humour et de poésie populaire.
Des titres comme Gare du Nord, Accident du travail, Une tonne de blues ou Montparnasse dressent le portrait d'une France populaire rarement entendue dans le rock de l'époque.
Musicalement, l'album respire l'authenticité. Les guitares de Bernard Zuang, Mauro Serri et Lionel Raynal accompagnent parfaitement une voix chaleureuse qui ne cherche jamais à imiter les modèles américains.
Produits notamment par Christian Décamps, ces enregistrements possèdent ce charme brut des disques réalisés avec passion plutôt qu'avec calcul.
Ce qui rend 19 777 879 particulièrement précieux aujourd'hui, c'est qu'il témoigne d'une époque où chanter du blues en français relevait presque de l'acte militant.
Mike Lécuyer y apparaît déjà comme l'un des pionniers d'un blues hexagonal authentique, ouvrant une voie que beaucoup suivront par la suite.
Plus qu'une compilation, 19 777 879 est un document historique. Un disque attachant, qui rappelle que le blues n'est pas une question de géographie mais d'émotion.
Mike a autorisé Francerock70 à mettre la compilation en téléchargement.
C'est ici : https://workupload.com/file/vd53mBk92Mu
Francerock70 vous offre également un petit bonus, deux titres inédits qui devaient sortir chez Polydor dans les années 80.
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C'est ici : https://workupload.com/file/bQpj72q4LNh
Voici l'histoire de ce disque non publié (les oyseaux) que Mike a bien voulu confier à Francerock70 :
"Après l'échec de l'album Partie libre (1979), j'ai travaillé sur plusieurs projets, dont un sur des adaptations dans la lignée de 'Où est donc le bon vieux temps' sur 'À 7 heures du mat' blues' (1978). En 1980 et 81, j'ai donc fait des maquettes en adaptant "Spider and the Fly" des Stones, "Gloria" de Them, "I Need You" des Kinks, "Money" (Stones et Beatles)… Dean Noton (ex-Fantômes), producteur chez Polydor, et Dominique Blanc-Francard (ingénieur du son) étaient intéressés par le projet et j'ai obtenu 2 heures de studio 8 pistes pour enregistrer 2 ou 3 titres. C'est ainsi qu'ont été enregistrés "Gloria" (Them) et "Un idiot" (Kinks). Pas eu le temps d'enregistrer un 3ᵉ titre. Mais le projet n'a finalement pas abouti et j'ai décidé d'arrêter pour un temps mes activités musicales. »
Radio Francerock70 : Spéciale Mike Lécuyer du 06/092026 au 11/09/2026
Photos et musiques fournies par Mike Lécuyer
Un très très grand MERCI à Mike pour sa grande générosité.
par Pat

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