Si le rock français avait un archiviste doublé d'un poète, ce serait sans doute lui. Stan Cuesta n'est pas seulement un témoin de l'histoire de la musique ; il en est l'un des narrateurs les plus prolifiques et les plus passionnés.
Entré à la rédaction de Rock & Folk au début des années 1990, Stan Cuesta a imposé un style précis, érudit, mais jamais pédant. Son expertise l'a conduit à collaborer avec les plus grands titres (Rolling Stone, Mojo, Télérama), mais c’est dans l’exercice de la biographie qu’il a véritablement marqué les esprits.
Il est l’auteur de livres qui font aujourd'hui autorité, notamment :
– Nirvana, une fin de siècle américaine (2004, réédité en 2017) : souvent considéré comme l'un des meilleurs ouvrages français sur Kurt Cobain.
– Jeff Buckley (2005, réédité en 2009) : une plongée sensible dans la vie du « troubadour électrique ».
– The Beatles ou encore Jimi Hendrix (2023) : des ouvrages richement documentés qui analysent l'héritage musical au-delà des mythes.
Depuis 2019, il dirige la collection « Les Indociles » chez Hoëbeke/Gallimard, où il publie des monographies d'artistes au destin singulier (comme Catherine Ringer ou Joan Baez), prouvant son attachement aux figures qui refusent de rentrer dans le rang.
Fin 2024, il a publié La musique a gâché ma vie (Éditions Antidata). Ce recueil de 12 nouvelles, entre souvenirs autobiographiques et fiction, explore avec une ironie mordante et une certaine mélancolie son rapport obsessionnel aux sons. Il y raconte, entre autres, ses années à Radio France (où il fut ingénieur logistique) et ses errances de fan de rock.
Contrairement à beaucoup de critiques musicaux, Stan Cuesta connaît l'envers du décor.
Musicien, auteur-compositeur et interprète, il a mené une carrière discographique à la fin des années 1980 et au début des années 1990.
Voici un tour d’horizon de la discographie de Stan Cuesta.
Premier 45 tours en 1989 avec « Je n'aime pas cette fille », une entrée en matière très pop.
En 1990, il publie « Rien », un nouveau single confirmant son style mélodique.
En 1993 paraît l'album Le Voyage intérieur. Sorti sous le label Fnac Music, cet album est le témoignage d’un artiste nourri à la fois par la chanson française de qualité et par la pop anglo-saxonne.
L'album a été produit par l'Anglais Bill Pritchard, figure culte de la pop mélancolique, et Mike Roarty. Cette collaboration apporte une touche de sophistication britannique aux compositions de Cuesta.
On y retrouve des textes personnels et une ambiance « chanson-pop » qui rappelle parfois l'univers d'Étienne Daho ou de Daniel Darc.
Il y aura de nombreux singles extraits de l'album.
Bien que salué par la critique spécialisée (notamment dans les colonnes de Rock & Folk), le disque reste confidentiel, en raison de la fermeture du label Fnac Music peu après sa sortie.
Stan Cuesta enregistrera en 2002 un dernier disque avec deux titres, « Dandy » et « Les Filles », sous le label Pastafactory. Une belle rareté à l'heure actuelle.
Ayant bien aimé l'album Le Voyage intérieur, il était pour moi évident de solliciter une interview auprès de Stan Cuesta.
Je vous le dis franchement, cela n'a pas été facile, car entre ses hésitations et son calendrier de travail ultra chargé, j'ai bien cru que tout était tombé à l'eau. Mais la patience est la mère de toutes les vertus, l'interview a bien eu lieu et c'est l'ami Aural Oddities qui a enfin réussi à lui poser les bonnes questions.
C'est une exclu et c'est sur Francerock70.
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Interview de Stan Cuesta par Aural Oddities

Écrire, c'est creuser dans ce qui est matière et qui incarne le monde, mais dans un souci du détail ; l'exercice se rapproche d'une reconstitution, bribes et souvenirs qu'il faut manipuler avec soin pour ne pas en ternir les couleurs. La composition musicale se rapproche en théorie de l'écriture, à une échelle comparable, surtout lorsque son auteur, journaliste et écrivain, a mis le pied à l'étrier dès l’enfance, dans l’engrenage de la musique. L'intrication est telle qu'une discographie est reconstituée à partir de 45 tours, de singles, et d'un long format, sortis entre 1989 (« Je n'aime pas cette fille ») et 1994 (Le Voyage intérieur). Corrélations musicales avec celles de ses compagnons de voyage, Stan Cuesta s’est prêté au jeu d’une interview.
Francerock70 (Aural Oddities) : Comment doit-on te présenter, comme un journaliste, un écrivain ou un artiste ?
Stan Cuesta :
Ça n’a pas tellement d’importance. J’ai fait beaucoup de choses très différentes dans ma vie. Mais je ne suis pas vraiment journaliste, contrairement à des gens qui ont fait des études dans ce sens, puis ont fait du terrain, des articles de toutes sortes dans la presse, etc. Moi, au départ, j’étais juste un musicien qui avait envie d’écrire sur la musique dans Rock & Folk, plus comme un écrivain. Et j’ai eu la chance de rencontrer Philippe Manœuvre qui m’a poussé à me lancer. Sans lui, je ne l’aurais peut-être jamais fait. Plus tard, j’ai essayé de faire un vrai travail de journaliste pendant quelque temps, à la Gazette de Montpellier, pour gagner ma vie : des reportages, des interviews de terrain, des dossiers sur des sujets culturels. Ça m’ennuie terriblement. Je ne suis pas fait pour ça. J’ai très vite arrêté. Récemment, Le Monde diplomatique m’a approché pour faire un article sur « l’économie des festivals ». J’ai répondu que je n’aimais ni l’économie, ni les festivals… Et j’ai perdu une nouvelle occasion d’avoir du boulot. Voilà un bon résumé de ma « carrière », qui n’en est absolument pas une.
Francerock70 : Quels étaient tes instruments de prédilection ?
Stan Cuesta : J’ai fait du piano classique, comme je le raconte dans mon recueil de nouvelles (fortement autobiographique) La musique a gâché ma vie. Mais comme en parallèle je découvrais le rock et que je n’arrivais pas du tout à concilier ces deux univers, je me suis mis à la guitare… Puis, comme tous mes potes étaient guitaristes, dans mes premiers groupes, je suis passé à la basse, dont personne ne voulait jouer (puisque personne ne savait à quoi elle servait). Finalement, la batterie étant le seul instrument du rock que je ne maîtrisais pas, je m’en suis acheté une et je m’y suis mis, pour pouvoir enregistrer des morceaux tout seul.
Francerock70 : ton premier 45 tours, « Je n'aime pas cette fille », date de 1989. Il se dégage de son écoute un certain romantisme désespéré, proche de Daniel Darc. Dans quel état d'esprit étais-tu durant cette période ?

Stan Cuesta : Je n’avais jamais pensé qu’on me parlerait un jour de Daniel Darc ! Je l’ai connu à nos débuts et ça n’a sûrement jamais été un modèle pour moi… Mais cela dit, j’aimais bien le premier maxi de Taxi Girl, « Mannequins », et son premier single solo, « La Ville », une très belle chanson. Et par la suite, Bill Pritchard, qui était notre ami commun, m’a souvent comparé à lui. Je me disais que c’était parce qu’on était les deux seuls chanteurs français avec qui il avait travaillé !
Francerock70 : ton phrasé vocal semble avoir des accointances avec des artistes comme Étienne Daho, Arnold Turboust. Comment as-tu franchi le cap de musicien à chanteur ?
Stan Cuesta : On est plus ou moins de la même génération et je les aime bien. J’ai tout entendu : Manset, Murat, Bashung, Coutin, Daho, Yves Simon, George Chelon ! Mais quand on chante, on n’essaie pas d’imiter qui que ce soit. Enfin pas moi. On fait ce qu’on peut. Mon rêve, comme beaucoup d’autres, Murat en tête (il me l’a dit), c’était d’être musicien dans un groupe, une bande de potes. Mais avec le temps, les groupes se délitent, les autres arrêtent, et on se retrouve seul. Alors, si on aime les chansons et si on en écrit, il faut bien les chanter. C’est juste comme ça que ça a commencé. Par défaut.
Francerock70 : Tu as publié l'année suivante un single signé chez EMI, « Rien ». Quel regard as-tu avec le recul sur ce deuxième 45 tours ? Pensais-tu amorcer une carrière musicale ?

Stan Cuesta : C’était une période compliquée pour les maisons de disque (déjà !). Le premier était sorti sur Wanted, un sous-label d’EMI à la courte vie. Les majors, débordées par les indépendants, créaient de faux labels indés (Sony a fait la même chose avec Small), puis les fermaient quand elles s’apercevaient que ça ne marchait pas… Plein d’artistes ont été virés dans la foulée. J’ai eu la chance d’être « transféré » chez EMI, la maison de disque des Beatles, de Pink Floyd et de Gérard Manset (que je croisais dans les couloirs). Avec ses studios mythiques de Boulogne-Billancourt où avaient enregistré les Stones (détruits depuis !). C’était super, j’avais des moyens, un directeur artistique qui me laissait faire ce que je voulais, du budget.
Ça n’a pas duré. Ce deuxième 45 tours est un collector absolu : il a été enregistré, pressé en très petite quantité et n’est jamais sorti… Il vaut 90€ sur Discogs ! Mais j’ai adoré le faire, avec des gens incroyables : Christophe Dupouy et Denis Clavaizolle, qui cartonnaient avec Murat, Chuck Sabo et Nick North, des Comateens, et surtout l’immense Patrick Tison à la guitare. Mais je n’en dis pas plus, parce que je compte raconter tout ça bientôt dans un prochain livre. Quant à ma « carrière musicale », non seulement je l’amorçais, mais j’y croyais à fond : j’avais démissionné de mon job à Radio France, et je ne faisais plus que ça.
Francerock70 : Selon toi, est-ce que les années 1980 ont souffert de l'arrivée des hit-parades, d'une certaine dépréciation de la pop vers une variété taillée pour les radios commerciales ? Les radios libres ont-elles contribué à l'essor de disques incompatibles avec les lois implacables du show-business ?
Stan Cuesta : Mes deux premiers 45 tours datent de 1989/1990, c’était la fin des eighties, qui avaient été des années noires pour la musique, avec des synthés et autres boîtes à rythmes mal utilisés, une production clinquante, etc. On commençait à revenir aux instruments acoustiques, à une production plus organique, ce qui me convenait très bien. Donc le débat rock/variété qui avait pris la tête de tout le monde dans ces années-là commençait à disparaître, heureusement. En gros, dans les années 1980, tout le monde voulait absolument avoir l’air rock en faisant de l’horrible variété. C’était ridicule.
Quant aux radios libres, elles ne l’ont été, libres, que quelques années, au tout début. Quand je suis arrivé, c’était déjà le règne des grosses radios commerciales qui avaient racheté tout le monde – NRJ et compagnie. La liberté se retrouvait sur le service public.
Francerock70 : Quel a été l'apport de Christophe Dupouy concernant tes deux premiers 45 tours ? Peux-tu nous parler de ta rencontre décisive avec Bill Pritchard ?
Stan Cuesta : le premier 45 tours a été réalisé par Hervé Paul, qui était lui aussi signé en artiste chez Wanted, avec Jacques Bastello, qui avait obtenu un petit succès avec une chanson dont le titre m’échappe… Peu après, ils ont réalisé l’album de Kent qui a cartonné avec le single « J’aime un pays ». Hervé avait contacté Christophe Dupouy pour faire le son, car on aimait tous les deux ce qu’il avait fait sur le premier album de Murat pour Virgin, Cheyenne Autumn, qui a été une petite révolution dans la chanson française de l’époque.
Pour mon deuxième single, comme on s’était bien entendu, j’ai demandé à Christophe de le réaliser avec moi. On a pas mal galéré parce que chacun pensait que l’autre avait des compétences qu’il n’avait pas ! Mais nous sommes devenus très amis.
Bill, je l’ai rencontré un peu plus tard, quand il a sorti son album Jolie, chez Remark. J’aimais beaucoup ce qu’il faisait, je lui ai passé mes maquettes et il a craqué. Ensuite, ça a été une très longue histoire, que je raconterai un de ces jours. Et nous sommes aussi devenus inséparables, jusqu’à aujourd’hui. C’est une des choses que je préférais dans le fait de faire de la musique : le moment où on la fait vraiment, en studio, avec des gens formidables, dont on devient proche. J’ai connu ça sur des tournages de films aussi, cette intensité, cette proximité. Tout revient à ce fantasme de groupe qu’on avait étant jeunes. C’est ce qu’il y a de plus fort pour moi dans la musique : les amitiés qu’elle fait naître.
Francerock70 : De ce travail en commun, en quelle année ont été enregistrés les titres « Seul » et « La Flemme » ? Est-ce une façon de te résumer personnellement ?

Stan Cuesta : On a enregistré beaucoup plus de titres, ça a duré des années ! De 1991 à 1994, en gros, en commençant chez EMI et en terminant chez Fnac Music, qui a sorti l’album… Et mis la clé sous la porte dans la foulée. L’album est parti avec l’eau du bain.
Francerock70 : Justement, après cette rencontre, tu as poursuivi tes activités musicales en tant que parolier. Pour quels autres artistes as-tu écrit ?
Stan Cuesta : J’ai écrit beaucoup de textes pour plein de gens qui ne s’en sont jamais servis (ou alors ils ne me l’ont pas dit !). Notamment un ex-champion cycliste… Bref. Les deux seuls importants pour qui j’ai écrit et qui ont publié ces chansons sont mon ami Jean-François Coen et Bill Pritchard, avec qui nous avons fait un album entier, By Paris, By Taxi, By Accident… Bill, Thomas Deligny et moi (l’équipe de l’album) avions aussi écrit deux chansons pour Lio, que j’aime beaucoup. Je ne sais pas où elles sont. Probablement dans une poubelle quelconque… J’aurais aimé continuer, mais la vie en a décidé autrement.
Francerock70 : Peux-tu nous parler du titre « Dandy », jusqu'ici inédit ?

Stan Cuesta : C’est un exercice de style que j’ai enregistré bien plus tard. Je voulais juste me prouver que je pouvais faire un morceau absolument seul, dans mon studio personnel, et de façon totalement anachronique : sur bande analogique huit pistes, sans ordinateur, en jouant de tout, notamment de la batterie (sommaire). « Dandy » et sa face B, « Les Filles », sont aussi les deux seuls titres sur lesquels on entend mon Mellotron, que j’ai dû vendre peu après – je ne m’en suis pas remis… J’ai pressé le CD à 50 exemplaires. Confidentiel !
Francerock70 : Tu as côtoyé de nombreux artistes, pourquoi avoir mis un terme à tes activités musicales ?
Stan Cuesta : Les deux parties de la question n’ont aucun rapport entre elles…
J’ai effectivement connu plein de gens formidables dans les métiers de la musique, pas que des artistes, et pas mal de connards aussi. Mais ça n’a rien à voir avec le fait d’avoir arrêté. Comme je l’ai dit, la Fnac a fermé sa maison de disques pour une sombre histoire de changement d’actionnaires.
À l’époque, on ne sortait pas de disques sans maison de disques, c’était un moment charnière, c’est venu peu après. J’ai donc recherché un label, failli signer avec un ou deux, mais à chaque fois, ils préféraient prendre quelqu’un d’autre (l’un d’eux était un petit gars de Rennes du nom de Pascal Obispo).
J’avais déjà commencé à écrire pour Rock & Folk, puis ma fille est née, il fallait assurer, je n’avais plus trop la possibilité de jouer à l’artiste maudit. J’ai continué à enregistrer des trucs pour mon plaisir, puis j’ai quitté Paris, tout vendu, et changé de vie.
Francerock70 : Avant la musique assistée par ordinateur, comment composais-tu ? Si je ne me trompe pas, tu jouais de plusieurs instruments ?
Stan Cuesta : En fait, j’ai été un des premiers à utiliser l’ordinateur, à l’époque c’était un Atari un peu pourri, qui servait uniquement de séquenceur et que je synchronisais avec mon huit-pistes à bande. Donc j’avais des synthés et des boîtes à rythmes qui tournaient sur lesquels je rajoutais des guitares, du Mellotron, des voix, etc.
Francerock70 : Dans ton album sorti en 1994, Le Voyage intérieur, la place du texte est très poétique, considères-tu ta musique comme un format dans lequel tu te livres de manière parcellaire ?
Stan Cuesta : Oui, mes textes étaient très personnels. Mais mes articles le sont aussi, et mes livres encore plus. Finalement je fais toujours un peu la même chose !
Francerock70 : Quels sont les groupes et artistes musicaux francophones que tu chéris ?
Stan Cuesta : Il y en a énormément. J’ai grandi dans la variété française, en même temps que dans le rock anglo-saxon. J’ai en quelque sorte la double nationalité. J’aime autant Michel Delpech que les Stooges.
Francerock70 : Que t’inspire l’intelligence artificielle, quand on voit l’engouement du public pour un groupe fictif du nom de The Velvet Sundown ? La musique dématérialisée a-t-elle atteint ses limites ?
Stan Cuesta : Ça ne m’inspire rien de bon. Surtout dans ce que je connais bien, c’est-à-dire l’exploitation de la musique du passé.
On va assister à des manipulations de plus en plus limites. Un exemple : le coffret One To One consacré aux deux concerts qu’a donnés John Lennon en 1972 au Madison Square Garden, qui est sorti pour Noël 2025 (les coffrets sortent toujours pour Noël). Quelqu’un chez Universal, ou Sean Lennon, ou les deux, a/ont trouvé que John chantait un peu faux sur scène – un disque live de l’événement était déjà paru en 1986, ça n’avait dérangé personne. Et donc, des techniciens ont, grâce à l’IA, fait ce qu’on ne pouvait pas encore faire il y a quelques années : ils ont « démixé » les chansons. Ils ont isolé la voix, l’ont passée dans l’autotune et l’ont remise dans le mix. Sans s'en vanter, bien sûr. Voilà.
Plus rien n’est sacré. Les œuvres d’art sont à la merci de techniciens débiles. Ou de commerciaux débiles. Ou des deux. Et ce n’est qu’un début.
Quant à ce que l’IA peut faire à la musique d’aujourd’hui, je ne veux même pas le savoir.
Francerock70 : un retour à la musique, en tant que parolier ou chanteur, est-il prévu ?
Stan Cuesta : Non. Je vis entouré d’instruments de musique auxquels je ne touche jamais. Je suis guéri.
Aural Oddities
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Chronique du disque Le Voyage intérieur

L'album comprend 12 titres, dont des morceaux comme « Seul », « Juste un vieux tube à la radio », « Yuppie » et la chanson-titre « Le Voyage intérieur ».
Le disque se présente comme une exploration des thèmes de l'époque et de l'intime avec une lucidité et un sens de la formule que l'on retrouve dans ses écrits.
Sachant s'entourer de musiciens confirmés, à l'écoute, le disque fait mouche et prouve que Stan Cuesta possède un talent de chanteur auteur-compositeur non négligeable.
Le titre « Le Voyage intérieur » suggère une œuvre introspective. Les textes, fins et ciselés, sont sans doute le point fort du disque, illustrant la capacité de Cuesta à jongler entre l'observation sociale (« Yuppie ») et les états d'âme plus universels (« Seul »).
Arrêtons-nous sur le titre « Juste un vieux tube à la radio », cette chanson est un clin d'œil parfait à son obsession pour la musique. Bill Pritchard dira d'ailleurs de ce titre qu'il était devenu pour lui un véritable « point de repère ». On y trouve déjà cette nostalgie de l'auditeur passionné qui deviendra le fil rouge de ses livres.
On peut classer l'album dans le genre pop rock. Cela le situe dans la mouvance de la pop française de cette époque, souvent caractérisée par des textes en français et une influence anglo-saxonne assumée.
Il s'en dégage une certaine froideur élégante héritée des années 1980.
Deux belles reprises figurent sur l'album : Jacques Dutronc (« J'comprends pas ») et Jean Ferrat (« On ne voit pas le temps passer »). Stan Cuesta confirme ainsi sa filiation avec une chanson française de qualité.
Si l'expérience artistique de Stan s'est depuis concentrée sur l'écriture, cet album restera désormais le témoignage attachant d'une tentative réussie de concrétiser ses propres idéaux rock en musique. Loin de la posture du simple expert, l'auteur nous livre ici un disque personnel, sincère, où le rock indépendant côtoie la chanson française avec élégance.
Le Voyage intérieur est une belle galette à redécouvrir, 12 titres salvateurs à écouter tranquille, lové dans votre sofa loin du brouhaha d'un monde incertain en perpétuelle ébullition…
Merci à Stan Cuesta pour sa gentillesse.
Merci à Aural Oddities pour l'interview particulièrement soignée.
Mister Pat

