Une nouveauté sur Francerock70.
Qui débute sur un texte d'une chanson de Marc Casanova.
Une réflexion de l'artiste pour aller un peu plus loin sur le monde qui nous entoure.
Voici la première chronique de Marc qui sera désormais mensuelle.
En écoute : Le vieux rêve de François béranger
Mister Pat
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La petite fille du séisme
(Séisme du 21 juin 1990 au nord de l'Iran,
entre 35 000 et 50 000 morts, 100 000 blessés)
La petite fille
Au foutu fichu
Les mains par au d'ssus
Qui s'prennent la tête - à demain pour l'soleil...
P'tite fille
Au cœur du village qu'a tout pareil
Son millier d'cœurs serrés
Autour des vieilles
Et leur masque de cire
Autour du brasero
Et les prières qu'elles psalmodient
La petite fille
Qui perd les amarres
Une faille dans l'regard
Où s'abîment les murs les corps des copines
P'tites filles
Qu'ont pas su garder les pieds sur terre
Malgré les chaines au cou
Toute la misère
Qu'leur fantôme agite
Autour du brasero
Devant les vieilles qui psalmodient
Entre le poids des maux du monde
Le choc des photomatismes
Prise dans la toile
La p'tite fille du séisme
La petite fille
Jouera solitaire
À cloche-pied l'hiver
Entre ciel et terre une drôle de marelle
P'tite fille
Et qui grandira p'têt sans histoire
L'rideau tombé sur un grand trou d'mémoire
Comme la nuit recouvre
Autour du brasero
L'visage des vieilles qui psalmodient...
J'ai écrit cette chanson en 1990, comme une sorte de reggae triste, après avoir vu les images de la catastrophe iranienne aux infos.
Le cineaste Abbas Kiarostami en a fait le sujet de "Et La Vie Continue", deuxième film d'une magnifique trilogie, dite "Trilogie de Koker".
Trois ans auparavant, il avait tourné "Où est la Maison de mon Ami ?", une formidable histoire d'enfant, et qui se déroulait dans un de ces villages soudain dévastés par le tremblement de terre.
Il n'était alors nullement question pour lui d'y inscrire un deuxième film.
Toujours est-il, le lendemain même de l'événement, ayant appris la terrible nouvelle, il quitte Téhéran en voiture pour tenter de retrouver les figurants et acteurs amateurs qu'il avait recrutés lors de ce premier tournage.
La reconstitution de ce voyage et de cette quête va constituer finalement le thème d'un deuxième film, cette vie qui continue.
Enfin, pour ce qui est du troisième, "Au travers des Oliviers", la trame lui en viendra lors de ce second tournage, alors qu'il est frappé par la relation singulière que semblent entretenir deux jeunes villageois, acteur et actrice amateurs comme ceux avec qui Abbas Kiarostami aura travaillé sur la plupart de ses films.
Au bout du compte, une trilogie qui n'aura donc jamais été préméditée, chaque film naissant d'une rencontre inattendue avec la puissance du réel, violence de la dévastation ou profondeur subtile des relations humaines.
J'ajouterai enfin, pour vous mettre définitivement l'eau a la bouche et une étincelle dans les yeux, que le dernier plan du dernier de ces trois films, un très long plan séquence, est aujourd'hui considéré par certains comme un des plus beau de toute l'histoire du cinéma.
Quant à moi, si j'ai ressorti aujourd'hui le texte de cette vieille chanson, c'est que j'ai éprouvé il y a peu une émotion en tous points comparable en voyant aux infos les images de Gaza dévastée.
Francerock70 m'a proposé de rédiger une chronique, sujet libre, et le ton tout pareil. Alors voilà.
Toujours est-il -et quoi qu'il en soit- tout cela, bien sûr, n'engage que moi...
Marc Casanova



