Voici comme promis le troisième article concernant Serge Sala.
Serge me l'avait confié la dernière fois lors de la première partie de l'interview, il avait enregistré un troisième album au début des années 80, un album introuvable car le disque n'a jamais été édité.
Mais grâce à Francerock70 l'histoire de cet album ne s'arrêtera pas là!
C’est par l’ intermédiaire de Norbert Galo (Deep forest), un ami musicien de Serge réalisateur et arrangeur du disque en 1982, que j’ai reçu un matin dans ma boîte aux lettres le master de ce disque en version Cdr.
Attention, ce disque n'est pas une compil de démos mais un véritable 33 tours enregistré de façon professionnelle prêt à être proposé à une maison de disque.
Pour les textes, nous retrouvons Nicole Rieu, Boris Bergman et Jean-Marie Moreau, un auteur qui a écrit également pour un paquet d'artistes : ça va du groupe Océan, Claude Puterflam, Demis Roussos à Diane Tell, François Feldman etc. la liste est longue comme le bras !
Comme d'habitude, nous avons essayé de créer, Makhno et moi, une pochette à la hauteur de l'évènement avec le peu d'éléments en notre possession.
J'ai décidé de donner un titre à cet album, il s'appelle "Coureur de fond" car Serge aime particulièrement cette chanson qu'il a écrite en collaboration avec Boris Bergman (voir l'interview).
Je suis content de vous proposer ce disque qui aurait pu, sans aucun doute, avoir une belle carrière artistique, cela aurait été vraiment dommage de passer à côté de cette si bonne galette !
C'est une exclusivité Francerock70, ce disque n’est pas en vente et vous ne le trouverez nulle part ailleurs sur le net.
A mon avis si ça continue comme ça, Francerock risque de devenir à l’avenir un nouveau label musical indépendant mais gratuit !
Mais assez de blabla, il est temps de reprendre la très intéressante interview de Serge Sala là où nous l'avons laissée la dernière fois, un entretien où il revient avec moi sur ce disque oublié et sur la suite de sa carrière…
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Interview Serge SALA (2ème partie)
Mister PAT : Après ce deuxième 33 tours chez Polydor, d’après ce que j’ai lu, tu jettes l’éponge, tu fais quoi après?
Serge SALA : J’me tire, je mets mes deux " ovation " dans les housses et je pars en province, mais par contre j’ai toujours envie de faire un album.
Et je vais le faire, dans des circonstances assez incroyables, je rencontre des gens qui avaient le studio " vénus" à Longueville , un studio qui a vu défiler Thiefaine, Bashung, Nougaro… etc, qui était un peu à la campagne, à 50 bornes de Paris, et ces gens décident de produire mon album.
Et là, il se passe un truc formidable, c’est que j’appelle à peu près tous les gens avec lesquels j’ai travaillé : alors là, ça va de Lionel Gaillardin (il était une fois), Norbert Galo guitariste également (deep forest) il y avait le batteur Jean-Paul Prat de ce groupe lyonnais formidable "Masal" et le bassiste Hervé Gouru de "L'affaire Louis Trio".
On fait cet album où je me laisse aller,je fais enfin ce que je veux.
MP : C’était en quelle année ce disque?
SS : On est en 1982, et sur cet album il y a encore beaucoup de textes de Boris Bergman.
Sur ce disque on a écrit un titre que je trouve formidable qui s’appelle "coureur de fond". En ce qui me concerne je trouve que c'est une des plus belles chansons que j’ai écrite, on fait un album très rock, beaucoup plus rock.
MP : C'est vraiment intéressant, mais le problème c’est que ce disque on ne le trouve pas.
SS : Oui et tu ne le trouveras nulle part, il n'a pas été distribué, je me suis fait jeté de partout avec cet album.
C'est un disque dont les bandes sont restées dans un tiroir.
C’est ça aussi qui m’a fait arrêter tout, j’ai fait autre chose.
J’ai fait beaucoup de radio, j’ai dirigé la radio municipale de Louis Mermaz qui était président de l’Assemblée nationale à l’époque.
J’ai monté des restaurants, j’ai été journaliste.
J’ai travaillé pour un groupe de presse où j’ai monté toutes les radios de ce service de presse, c’était le Dauphiné Libéré et j’ai monté plein de radios pour eux dans tout le secteur, c’était le premier été des radios libres (pas libres vraiment) jumelées avec un organisme de presse.
MP : Tu es toujours resté quand même dans le domaine musical !
SS : Ah oui, je me suis régalé sur les programmations. Ça rigolait pas (rires) !
MP : C’est sûr que là ça doit être super, quand tu es aux manettes !
SS : C’était une radio musicale et je peux te dire qu’on était vraiment écouté. Il y avait de très très bonnes programmations, en plus j’avais choisi tous les animateurs, c’était intéressant.
MP : Est ce tu fais toujours de la musique actuellement ?
SS : Oui évidemment, je n'ai pratiquement jamais arrêté !
En fait, il y a eu quand même une transition de 10 ans, il y a eu toute cette partie de ma vie où j’étais à Valence en province, je suis revenu à la musique d’une façon un petit peu incroyable.
Nicole (Rieu) signe pour une croisière et son manager de l’époque me demande si je peux venir l’accompagner.
Parce qu’il y a un problème avec un guitariste, comme j’avais accompagné Nicole quand même pendant plusieurs années, je fais cette croisière et je me dis, tiens c’est formidable les croisières quand même, tu fais pas ta bouffe, tu fais pas ton lit, tu voyages et du coup j’ai vraiment eu un coup de foudre pour cette histoire.
A la fin de cette croisière avec Nicole, j’ai proposé un kit d’animation à la compagnie et j’ai été embauché.
Je ne suis pas resté longtemps avec cette compagnie, mais j’avais écrit l’indicatif musical des croisières pour eux .
Un an plus tard, une autre compagnie m’a proposé un contrat, un très bon contrat et je suis resté plus de 20 ans dans cette boîte.
Au départ, je faisais une émission de radio à bord, là j’ai vraiment recommencé à faire de la musique, en fait j’ai racheté une guitare, j’ai monté un spectacle pour les bateaux.
C’était surtout pour le 3ème age, je me suis mis à faire un truc que je ne faisais pas du tout, je me suis mis à faire de la chanson française
Je me suis mis à chanter tout et n’importe quoi, je pouvais chanter aussi bien les feuilles mortes, que le p’tit bonheur de Leclerc, c’était vraiment pour plaire à cette clientèle.
Après je me suis pris au jeu et j’ai recommencé vraiment à bosser, j’ai commencé à faire des spectacles beaucoup plus sérieux sur les bateaux, un moment j’ai même fait un duo avec une chanteuse lyrique, on chantait sur nos chers disparus, ça s’appelait "carnets souvenirs".
Je chantais avec des vidéos, on avait fait un truc super.
Je chantais des chansons de Nougaro, de Brel, de Ferrer, de Berger, de Balavoine de Gainsbourg, tous les gens qui étaient disparus et j’avais fait tout un spectacle comme ça.
Comme j’avais toujours des potes musiciens, un jour on est dans un repas, il y avait un bassiste qui était mon fils, l'ancien guitariste de "Deep Forest" Norbert Galo c'est un garçon qui fait de très beaux disques de blues, si tu pouvais te renseigner c’est super, Norbert Galo and friends ça s’appelle.
MP : Ah, bien je vais voir ça alors !
SS : Ah, oui, c’est vraiment formidable ce qu'il fait, il y avait également un pianiste , Christian Belhomme qui fait maintenant du jazz. Il est partout, en ce moment il est en Belgique, il est en Espagne. On fait ce déjeuner et il me dit quand est-ce que tu nous emmènes sur les bateaux?
Je réponds écoutez, faudrait quand même leur proposer quelque chose, si vous venez, je ne peux pas vous inviter comme ça, je ne,peux pas emmener des gens pour le plaisir comme ça.
Alors montons un spectacle, alors qu’est-ce qu’on pourrait monter qui nous plaise, qu’on pourrait faire et qui pourrait plaire à ces gens là… ?
On s’est mis d’accord sur Brassens, eux ils n’avaient jamais joué un titre de Brassens de leur vie (rires) !
On a mis le nez dedans, on a fait un spectacle, on a joué deux ans dans le monde entier et on en a fait un album.
C’est assez marrant, on se retrouve avec " les passantes " en bossa, "jolie fleur " en biguine, on a complètement adapté des trucs et on à fait un bel album.
On a eu de très bonnes critiques d’ailleurs.
C’est le dernier album que j’ai fait et pour terminer rapidement, je suis devenu directeur de croisière, directeur artistique de bateaux, comme j’avais un carnet d’adresse assez garni, j’ai engagé tous mes vieux potes, tous les gens que je connaissais, ça allait de Dave à Sheila.
MP : C’est bien les croisières, tout le monde devait être content !
SS : Bien sûr, ça allait de Marie Myriam, à Nicole Rieu, il y avait aussi des gens inconnus , j’allais faire mon marché au festival d’Avignon, j’ai eu des artistes formidables à bord.
Ensuite j’ai réalisé des albums pour ma nouvelle compagne qui s’appelait Anne Peko, j’ai réalisé un album" Brel Barbara", puis après j’ai réalisé un album " Barbara ", j’ai travaillé avec elle pendant des années, je suis devenu prof de chant, coach…
MP : Tu ne t’es jamais arrêté !
SS ; En fait pas vraiment, j’ai arrêté de faire les bateaux, j’en avais un peu marre et je crois que les bateaux en avaient marre aussi de moi (rires), mais je continue à travailler la guitare pour m’amuser.
En ce moment j’apprends les chansons que j’ai toujours trouvées extraordinaires et que je n’ai jamais chantées, parce que je n'en avais pas eu l’occasion, ça va de James Taylor à " Hallelujah" de Léonard Cohen en passant par les chansons de Cat Stevens.
MP : Donc tu te fais plaisir quoi !
SS : Voilà, je me fais plaisir !
MP : Et bien dis donc c’est assez fourni ta carrière !
SS : (rires) Ce qui est rigolo c’est ma rencontre avec Francis Cabrel, on en n’a pas parlé mais c’est vraiment marrant.
MP : Alors vas-y, parle-moi de cette rencontre !
SS : Comme j’étais disque du mois à France inter, la directrice des programmes qui s’appelait Jeanine Leroy à l’époque m’appelle et me dit, il y a le festival de Spa, qui était un festival francophone en Belgique, dans ce festival il y avait 4 Québecois, 4 Belges, 4 Suisses, et 4 Français.
Elle me dit, j’aimerais bien que tu fasses ce festival pour la France, je lui réponds, tu sais c’est pas trop mon truc, mais comme en même temps, comme j’étais très côté à France inter, ça m’emmerdait de ne pas le faire.
Donc j’y vais et pour la France, Il y avait Renaud, Isabelle Mayereau, Francis Cabrel et moi.
Renaud, c’était une star déjà, il avait fait " laisse béton " donc on était un peu défavorisés par rapport à lui.
Il y avait un jugement avec un finaliste, un truc que j’aime pas mais c’était comme ça, les concours à la con et Cabrel venait de débuter.
Moi j’avais la chance avec Nicole (Rieu), d’avoir des belles guitares, des belles "ovations", les premières en France pratiquement, en tout cas l’une des premières douze cordes.
Ce pauvre Cabrel, lui, il débutait son 1er album n’avait pas vraiment bien marché, bien qu’il y ait " petite marie " dessus, qui a marché 10 ou 15 ans après.
On fait ce festival, et on se fait virer Cabrel et moi au premier tour, Renaud vient avec ses propres musiciens, ce qui était vraiment incroyable pour un concours, c’était vraiment bizarre.
Évidemment les jurés gueulent tellement qu’ils nous repêchent, on arrive en demi-finale et Cabrel se fait virer bien sûr.
Je crois que c’est Renaud qui a gagné, mais Cabrel il a une guitare avec les cordes à 3 cm du manche à l’époque, il a pas beaucoup d’argent, il débute, il vient d’arriver d’Astaffort.
Je lui dis écoute, pour la finale, je te prête ma guitare, je te prête mon ovation, il fait la finale et il est une fois encore, viré.
Ensuite, il a signé pour 4 ou 5 spectacles, je lui dis si tu veux je viens t’accompagner, je ne suis pas un grand guitariste, mais ton style c'est un genre de musique que je connais bien.
Il m'a dit d'accord, avec un copain qui est également guitariste, on a accompagné Francis pendant 4 ou 5 spectacles.
Ensuite moi j’ai fait mon 2ème album avec “j’ai pas de pays”, Francis à écrit “je l’aime à mourir" et il est devenu une énorme star.
Deuxième anecdote, un jour je suis dans ma petite maison de banlieue en train de jardiner et je vois mon Cabrel qui s’arrête devant la porte. Il me dit Serge, je fais une tournée, tu pars avec moi ?
On est partis en tournée comme ça , on est partis dans toute la France !
MP : C’est vraiment sympa, c’est un bon copain !
SS : Oui, mais depuis on s’est perdu de vue, c’est la vie, c’est normal.
MP : Alors pour finir l’entretien, je voulais te poser quelques questions rapides, concernant tes préférences. C’est moins ta carrière là.
Ton groupe ou chanteur favori des années 70, ce que tu as toujours écouté, ceux que tu préfères?
SS : James Taylor, j’adore comment il joue de la guitare, c’est vraiment infernal quoi, il a vraiment ses phrasés à lui, c’est hyper original, mais j’aime beaucoup beaucoup de gens.
MP : C’est vrai que c’est une période où tout a explosé, à ce moment-là dans les années 60, 70.
SS : Oui oui, absolument, tu vois chez les français aussi, c’est incroyable.
MP : Justement, pour les français, c’est qui alors?
SS : Chez les français, y a tous les grands classiques, moi, j’adorais Brassens évidemment, j’adorais Bashung, j’adorais Balavoine, j’adorais Nougaro, j’adore toujours Julien Clerc, qui est pour moi un des plus grands compositeurs Français, il a des chansons extraordinaires en plus avec Etienne Roda Gil.
Actuellement c’est surtout les filles que je trouve plus intéressantes , moi j’aime beaucoup les gens comme " Camille" , Je trouve ça hyper intéressant, le reste ça ne m’affole pas beaucoup en ce moment.
On a l’impression d’entendre toujours un peu la même chose, du moins c’est mon point de vue actuellement.
Si tu veux, à partir du moment où j’entends un truc avec une grosse caisse sur tous les tons, ça me gonfle, où est l’originalité des choses ??
Créez les mecs, arrêtez de faire de la reprise, je parle de la reprise aux grosses caisses hein!
MP : Alors je continue, je voulais te demander, à part la musique, quel est ton passe-temps favori?
SS : Alors j’adore la bouffe, donc je cuisine énormément.
MP : Ah ça tombe bien parce que la question suivante, c’est pour savoir un peu tes préférences tu vois, ton plat et ta boisson préférés ?
SS : Ma boisson préfèrée, je vais dire le vin, j’adore le vin.
Mon plat préféré, c’est compliqué, allez je vais dire les calamars farcis !
MP : C’est vrai que c’est excellent ! Alors, j’en reviens à la musique, si tu devais emmener trois disques sur une île déserte, ce seraient lesquels?
SS : Trois disques sur une île déserte? Et que je finisse ma vie avec ces trois disques là?
MP ; Oui c'est ça !
SS : J’emmènerai sûrement un disque de Kate Bush, un disque de Cat Stevens et un disque des Beatles , oui, je crois que je ne peux pas rater ça !
MP : Justement ça tombe encore bien, parce que ma toute dernière question c’était : Beatles ou Rolling Stones? La question essentielle!
SS : Les deux mon général (rires) ! C’est trop difficile de choisir,les deux groupes sont formidables !
MP : Merci Serge pour cet entretien, qui pour moi a été un réel plaisir !
SS : Moi aussi Pat, je me suis régalé, ça fait du bien de remonter letemps.
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Chronique du disque :
Ce disque est différent des deux premiers opus de Serge Sala.
Serge s'est fait plaisir et cela se ressent à l'écoute de l'album.
Certains titres me rappellent quand même ses 33 tours précédents, ce sont les morceaux " cache ta joie " et " tu n'manque pas ", des morceaux plus intimistes comme Serge les affectionne.
Le titre qui ouvre l'album "petite soeur" nous scotche d'emblée avec un rock enflammé, un morceau hyper mélodique, guitares et claviers naviguent en plein style fm , Serge pousse sa voix et s'en sort haut la main, un titre impressionnant.
" Les coups de poings dans la gueule" plus classique mais bien rythmé nous ramène indiscutablement dans le son FM très reconnaissable des années 80, un titre à la "Toto".
"Coureur de fond" le tube du disque me fait penser invariablement au meilleur de Michel Delpech ce qui n'est pas la moindre de ses qualités. Avec son solo de guitare épatant, le chant de Serge toujours impeccable, "coureur de fond " devait cartonner dans les médias.
Après j'en viens à une chanson que j'adore c'est " Tu n'manques pas ".
Un titre qui n'est pas facile à chanter pourtant Serge maîtrise parfaitement sa voix, un morceau qui vous prend aux tripes à l'ambiance magique .
Avec "camion rouge ", on revient vers une atmosphère funky assortie d'un groove californien, ça claque, ça pulse, vraiment pro les musicos. Encore un titre excellent.
Je ne peux pas vous énumérer tous les morceaux mais pour ce troisième album, une fois encore, la qualité est au rendez-vous.
Pas un faux pas sur ce disque et ça m'est très difficile de faire un choix.
Je vous incite donc à écouter entièrement l'album plusieurs fois pour vous imprégner de l'atmosphère d'un album parfaitement interprété (chant et musique).
De plus les textes sont d'une grande qualité ce qui est loin d'être désagréable.
Je le dis régulièrement mais cet album est une fois encore une pépite qui devait faire un carton dans les "eighties", malheureusement rien ne s'est passé comme prévu…
Bravo Serge, bravo Norbert , bravo à toute l'équipe !
Titre en écoute " Petite soeur "
Un immense merci à Serge Sala (interview et album inédit) et à Norbert Galo.
Artwork : Makhno et Mister PAT
par Mister PAT
Francerock70
octobre2022




