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Francerock70 — Le blog du rock français
Chroniques

SERGE DOUDOU

francerock7015 mars 2024

Serge Doudou, si vous connaissez un peu l'histoire du rock Français, ce nom vous dira sûrement quelque chose. Car Serge Doudou a traversé les décennies en côtoyant les plus grands…

SERGE DOUDOU

Serge Doudou, si vous connaissez un peu l'histoire du rock Français, ce nom vous dira sûrement quelque chose. Car Serge Doudou a traversé les décennies en côtoyant les plus grands de la scène française. C'est un musicien très renommé dans le milieu professionnel.

Serge a bien voulu m'accorder une interview téléphonique et il faut le dire je me suis vraiment régalé.

Pour bien démarrer cet article commençons par énumérer son impressionnante carrière de "musicos".

Serge doudou débute sa carrière en 1959 avec le groupe "Les Reeders"

En 1961 il fonde le groupe "Minou et ses Dalmatiens".

En 1963 changement de formation avec "les Centaures"

Fin 1965 création du groupe "les Gypsys".

En 1970 naissance du groupe "Quo Vadis".

En 1973 il participe ensuite au groupe "le Show orchestral" qui enregistre 3 albums de reprises de rock’n’roll.

L'année 1974 voit la création de "Rock N’ Roller".

Dans la même année parait un 45 tours chez Decca sous le nom d' "Ad Libitum".


 
En 1975 Serge est finaliste du Tremplin d'or du Golf Drouot, seul à la guitare interprétant du country-folk urbain.

Il participe ensuite au "Johnnyrama Disco" produit par Lee Hallyday.

Il enregistre également en compagnie de Bijou le mini album de Jacques Barsamian.

En 1976 il est le premier français à enregistrer du reggae chez Phonogram sur des reprises de Max Romeo et Trini Lopez en compagnie de Tommy Brown et de Claude Bibonne.

Il revient plus tard pour le come-back de Vince Taylor dans le spectacle "Karaté rock".

À partir de 1978 Serge Doudou avec Lionel "Yoyo" Raynal signent pour "Rock N’ Roller" un contrat discographique chez le label Vogue.

Il monte ensuite le groupe "Route 66" .

On le retrouve plus tard avec le groupe "Version Originale" composé de Fred Guillemet ex-Trust et Gilles Duvert.

Il joue ensuite au sein du groupe "Hôtel du rock".

Il participera enfin au spectacle de "Sixties Memories"....


j'ai enfin terminé cette biographie, incroyable cette carrière musicale !!!

Serge ne s'est jamais arrêté de jouer de la musique.

Animé depuis toujours par l'esprit du rock, il va nous raconter ses années de joies et de galères... C'est pour vous et c'est sur Francerock70..

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L'INTERVIEW :

Mister Pat : Bonjour Serge c'est par l'intermédiaire de Jacques Barsamian que j'ai eu tes coordonnées. On peut dire que vous vous connaissez depuis très longtemps !

Serge Doudou : Oui avec Jacques c'est une amitié très ancienne, il a même été mon manager !

MP : Serge voici ma toute première question : à quel âge as-tu commencé à faire de la musique ?

SD : J'ai commencé à faire de la musique dans les années 60. J'ai débuté avec un groupe qui n'était pas du tout connu, nous étions des amateurs de 14-15 ans. Nous nous sommes appelés "Les Reeders". J'avais cosigné ce groupe avec les frères Labacci Alain et Bernard, qui ensuite se produiront sous le nom de "Tom et Jerry". Ils étaient un peu les "Everly Brothers" français (nota bene : on les retrouvera plus tard dans "Ophiucus" autre excellent groupe français des années 70).

Ensuite nous nous sommes perdus de vue car nous étions à l'école, chacun a continué sa vie.


MP : Vous jouiez quel genre de musique ?

SG : Au départ on essayait de faire un peu de "Shadows", car c'était à la mode, mais on était pas de grands techniciens de la guitare. On débutait et je prenais des cours avec un professeur.

MP : A l'époque tu écoutais quoi comme musique ?

SG : J’écoutais la plupart du temps la radio, mon frère qui avait 2 ans de plus que moi était branché "Elvis Presley".

J'avais un copain qui s’appelait Bernard Bouley dont le père était un champion cycliste qui avait fait le tour d'Italie. Son père lui avait ramené des disques américains.

Le tout premier titre rock que j'ai écouté en vinyle c'était Lucille par "Little Toni" un artiste italien.

MP : Le premier disque que tu as acheté, c'était quoi ?

 SD : C'était "Les Chaussettes Noires", leur tout premier 45 tours.

MP : Donc la radio c’était vraiment important pour toi ?

SD : Oui bien sûr mais j'ai eu ensuite la télévision et le film qui m'a marqué c'est "Graine de violence" avec la musique de "Bill Haley". J'étais un teenager à l'époque (rires).

MP : Après "Les Reeders", tu as fait partie des "Gypsys".

SD  : Non avant j'ai été membre du groupe "Minou et ses Dalmatiens". On jouait dans les clubs sur Paris.

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MP : Vous aviez de drôle de noms à l'époque pour les groupes ! (rires)

SD : Oui effectivement, c'est comme pour le groupe "Quo Vadis". C'est bien entendu après avoir vu le film "Quo Vadis" que j'ai opté pour ce nom.

Comme on se baladait pas mal de droite à gauche, on a décidé de s'appeler "les Gypsys". Au début on ne savait même pas l'écrire on l'avait orthographié "Gypsis".


En ce qui concerne le groupe "Minou et ses Dalmatiens"  la chanteuse Minou de son vrai nom Denise Fettinger était la soeur du batteur Gérard Fettinger qui deviendra par la suite le batteur des "Gypsys". Elle est devenue la chanteuse de « Jacques Hélian et son grand orchestre ». Elle a gagné la version féminine de la guitare d'or à l'Olympia en 63.

MP : C'était une bonne chanteuse !

SD  : Oui c'était une très très bonne chanteuse et elle avait un joli petit minois, c'est pour cela qu'elle avait pris le nom de scène de Minou.

MP : J'en reviens au "Gypsys" , parle-moi des "Gypsys" !

SD :  J'ai monté le groupe avec au début le bassiste Gérard Waselette, qui était photographe industriel. On était amateur et on a voulu passer professionnel. Il nous a lâché car il n'était pas intéressé. On s'est dit si on voulait être professionnel, il fallait que l'on travaille comme des employés de 8h du matin à 18h le soir. Alors c'est ce qu'on a fait, des répètes, des répètes, et encore des répètes.

Les Gypsys étaient très connus dans le sud de Paris (Malakoff, Chatillon, Bagneux etc..).  On a commencé a joué dans pas mal d'endroits. Je me souviens d'un concert à l'école polytechnique. C'est lors de l'un de ces concerts que l'on a rencontré un directeur artistique, il a voulu nous faire travailler et enregistrer. Le groupe a donc enregistré un disque chez "Iramac Relax" qui était une maison de disque hollandaise spécialisée dans la musique classique.

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MP : Ca n'avait rien à voir avec un label normal ?

SD : Non mais "Iramac Relax" voulait se diversifier en créant un réseau en Hollande et en France de musique de variété.

MP : Vous avez sorti un 45 tours ?

SD : On a sorti le 45 tours avec les titres  "Prolétaire" et "Je ne te pardonnerai pas". On a également enregistré un second disque qui n'est jamais sorti car la maison de disque a fait faillite.

MP : C'est dommage !

SD : C'est vrai, les bandes sont quelque part. Je me souviens que j'avais fait un solo de flûte sur l'un des titres comme certains groupes le faisaient à l'époque. le groupe s'est dissous en 68.

MP : Tu étais musicien à temps complet ?

SD : Oui mais avant j'étais parti à l'armée de 64 à 65. A cette époque, ça durait 18 mois, ça faisait toujours une grosse coupure mais ça n'empêchait pas de jouer de temps en temps.

MP : Comment as-tu rencontré Jacques Barsamian ?

SD : Barsamian je l'ai rencontré à l'époque des "Gypsys". A ce moment là, il y avait pas mal d'imprésarios qui cherchaient du boulot. Les groupes étaient une bonne affaire et "les Gypsys" pouvaient faire trois concerts par soirée. On tournait beaucoup dans les boîtes. Je te donne un exemple : on pouvait faire à 10h00 le" Week-end Club " à Montparnasse, à minuit on se retrouvait au "Bus Palladium "et puis on terminait la soirée à "La locomotive".

Donc notre imprésario qui s'appelait Robert Izmir était très copain avec Jacques Barsamian. Il lui avait demandé de s'occuper un peu de nous pour trouver des engagements etc...

MP : Après "Les Gypsys" que se passe-t-il ?

SD : J'ai monté une boîte de nuit pendant les évènements de 68 en Normandie à Barneville-Carteret car il n'y avait pas de clubs de jeunes, mais malheureusement j'ai eu un accident de voiture qui m'a immobilisé pendant 16 mois.

Donc j'ai gratté pas mal sur ma guitare. Ensuite un groupe amateur qui s'appelait les "Three" est venu me trouver. On a fait quelques concerts, mais tous les musiciens avaient un boulot. Alors moi aussi j'ai repris un boulot pour subsister.

Mais tu sais quand tu as le rock dans le sang c'est viscéral. Comme le groupe marchait bien, moi et le bassiste nous nous sommes dits que nous allions devenir professionnels.  Nous avons décidé de remonter un autre groupe à trois, ce sera "Quo Vadis".

MP : Ah oui parlons de "Quo vadis" !

SD : Comme je te l'ai déjà dit l'origine du nom c'est par rapport au film "Quo Vadis". On a commencé avec une tournée sponsorisée par la boisson "Cinzano" sur la côte d'azur.   On avait deux groupes anglais  avec nous et une chanteuse américaine et ça fonctionnait super bien.

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Nous avons enregistré trois 45 tours chez Atlantic, c'était une grosse compagnie, un gros label. Daniel Fillipachi d'emblée nous avait fait un contrat pour trois 45 tours.

Les contrats en général c'est à vie à moins d'être dénoncé par l'un ou l'autre.

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On a fait un premier disque et ensuite un deuxième. Puis un troisième est sorti et c'est là qu'on s'est fait virer car les ventes ne décollaient pas.

Le groupe s'est arrêté en 74 à partir de là j'ai remonté un autre groupe qui s'est appelé "Rock N'Roller".

MP :   Comment cela se passait avec les autres groupes à l'époque : "Triangle, Martin Circus, Dynastie Crisis" ?

SD :  Ça se passait bien entre nous,  il n'y avait pas particulièrement de compétition car chaque groupe avait un peu son style.

On avait des points de rencontre le Golf Drouot et aussi le Gibus. Le Gibus était très important aussi,  il était en concurrence avec Le Golf.

Au Golf, tu ne pouvais jouer que le samedi et le dimanche, le vendredi soir tu n'étais pas payé. Par contre, le Gibus, pour le contrecarrer, prenait les groupes toute la semaine. Tu étais payé toute la semaine, donc c'était beaucoup plus intéressant de se produire au Gibus.

MP : Tu as quelques anecdotes à me raconter avec "Quo Vadis" des trucs qui vous sont arrivés ?

SD : Un jour on a fait un concert en Provence et le mec il n’avait pas assez d'argent pour nous payer. Il nous a proposé de nous payer sur sa femme.

MP : Ça c'est vraiment une anecdote incroyable !

SD : Les mecs à l'époque ils étaient prêts à tout. C'est-à-dire que tout le monde pensait gagner de l'argent en organisant un festival de rock. Ce qui n'était évidemment pas souvent le cas car il fallait faire un maximum de publicité.

Moi j'en ai organisé un au Théâtre d'Orléans en 71. C'était un vendredi soir, il y a eu à peu près 450 personnes. J'avais pris "Triangle" en vedette, à la fin quand tout a été payé il me restait 10 Francs (rires).

MP : "Quo Vadis" avait eu de très bonnes critiques dans à la presse spécialisée !

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SD : Effectivement on avait eu vraiment de très très bonnes critiques. Le problème c'est que la maison de disque avait sorti l'album de "Véronique Sanson" et c'est "Véronique Sanson" qui a eu toute la promotion.

Donc après  il ne nous restait plus rien. D'ailleurs Bernard de Bosson nous avait dit « Attendez un peu les gars, actuellement on met le paquet sur "Véronique Sanson" et après s'occupe de vous » mais en fait, il ne s'est rien passé.

MP : Ensuite tu crées "Rock N’Roller" !

SD : On était un trio, il y avait Yves Thépaut à la guitare, Gérald Coulondre à la batterie et moi au chant et à la basse. Le groupe ne jouait que des classiques du rock n' roll. Pendant un certain nombre d'années on a fait plein de concerts en France parce que le rock n' roll était tombé un peu en désuétude.

Il n'y avait quasiment plus de groupes qui jouaient du rock’n'roll pur. Il y avait peut-être encore les Alligators et Mark Robson et le Poing.

On a fait des grands concerts avec Claude Nougaro, Au Bonheur des Dames, Dick Rivers...

Ensuite on a voulu avoir un 4éme élément. On est tombé sur un mec qu'on aimait bien parce qu'il était fort, il avait un caractère jovial. Il s'appelait Lionel Reynal dis "Yoyo" tu as dû entendre parler de lui. Il s'appelle Le Révérend maintenant. il a monté après le groupe le "Révérend Blues Band".


MP : Vous avez fait deux albums, qui sont très bons d'ailleurs !

SD : Ah oui c'est du bon rock, ça rentre dedans, c'est pas de la variété !

MP : Tu peux me parler de Vince Taylor car je sais que tu l'as côtoyé pendant pas mal de temps.

SD : On a accompagné Vince Taylor pendant 2 ans, Vince Taylor a même habité chez moi.

MP : C'était un peu un chanteur maudit qui avait une certaine réputation, non?

SD : Oui c'est vrai. Quand il a fait son come-back en 74 c'est son imprésario de l'époque qui nous avait choisi pour l'accompagner car on n'était pas un groupe statique, on bougeait beaucoup sur scène. Je prenais même le guitariste sur mes épaules, moi je considère que le rock c'est le son et l'image.

MP : Une petite anecdote concernant Vince ?

SD : Quand Vince Taylor vivait chez moi, quand il buvait un coup et quand le verre était vide, il fallait à chaque fois lui donner un autre verre. Il ne voulait pas boire deux fois dans le même verre (rires).

Deuxième anecdote : on avait envoyé ma fille chez ma belle-mère et lui dormait dans le lit de ma fille. Comme il fumait au lit, il avait brûlé toutes nos couvertures. (rires)

Quand on avait commencé à l'accompagner, son producteur voulait absolument un sax, ils ont pris un saxo qui s'appelait Leroy Gomez (NB il a joué du saxo notamment pour Darras&Desumeur et Denis Pépin).

MP : C'est pas ce gars qui avait fait un super tube disco dans les années 70 ?

SD :  Oui c'était lui. Sous le nom de "Santa Esmeralda" il avait fait un énorme hit avec "Don't Let Me Be Misunderstood". On a fait toute une tournée sur la Côte d'Azur avec lui pour Vince Taylor et ensuite il est reparti aux États-Unis et il a sorti le disque de "Santa Esmeralda". Il a vendu près de 47 millions d'albums.

Je vais te raconter une autre anecdote sur Vince Taylor si tu veux bien. C'était avant à l'époque des "Gypsys", on avait fait une tournée avec Jacques Barsamian et Jean-Louis Rancurel. Ça s'appelait "L'épopée du rock". On était sur scène avec notre spectacle à nous, une chanteuse qui s'appelait Sophie et on accompagnait Danny Boy, il y avait également Vince.

Un jour, Vince Taylor s'est fâché avec son batteur Bobby Clark. Du coup, il s'est retrouvé sans orchestre. Donc on s'est mis à accompagner Vince.  Sur scène, il faisait tourner son micro en l'air à la manière de Roger Daltrey des Who. Mais le problème c'est que lui il ne le rattrapait pas, et quand le micro tombait il n'avait plus de son. (rires)

Une toute dernière anecdote concernant Vince : une fois on a accompagné Vince Taylor à Valence d'Agen pour un concert. Figure-toi qu'on avait commencé par "Memphis Tennessee" avec une longue intro de guitare. On continue une fois, deux fois, trois fois, toujours pas de Vince. Il devait monter à la deuxième fois. J'ai recommencé 10 fois l'intro et c'est seulement à la 11ème fois qu'il est arrivé  sur la scène sous un déluge, mais sous un déluge de tomates. Il était arrivé avec une chasuble blanche et des cheveux longs qui allaient jusqu'au milieu du dos, personne ne l'avait reconnu.

MP : Incroyable ce Vince ! (rires)

SD : Maintenant un truc complètement différent, avec Daniel Baudon le batteur des "Frogeaters". On a enregistré 3 albums de rock’n'roll classique et le chanteur était Érick Bamy. Le groupe s'appelait le "Show orchestral". Ils sont introuvables à l'heure actuelle. On avait fait des reprises de 12 titres de rock'n’roll sur chaque disque.

MP : Ça serait quand même super de retrouver ces vinyles mais bon ça va pas être facile !

SD : Ce sont des disques qui se vendaient sur les marchés et dans les grandes surfaces genre label "les tréteaux". C'étaient des disques de cover. Quand j'y pense c'est marrant car il y avait nous et quand même Érick Bamy qui a été le choriste de Johnny pendant 20 ans.

MP : J'en reviens au groupe" Rock N' Roller". Vous avez fait deux albums mais ensuite vous vous êtes fait virer !

SD : Oui il y a eu des problèmes dans le groupe comme dans beaucoup de groupes. Tu sais comment ça se passe : il y en a qui prennent la grosse tête et, sur un malentendu, le groupe se sépare et tu ne sais même pas pourquoi.

MP : Le label "Vogue" ils avaient fait quand même beaucoup de promo pour vos albums avec des pubs dans les magazines de rock.

SD : C'est vrai et les disques se sont bien vendus. Mais ensuite la maison de disques "Vogue" a fait faillite. Donc "Yoyo" est parti avec un producteur et Gérald Coulondre avec Manu Chao. Et le restant du groupe est revenu à son esprit d'origine en faisant du rock’n'roll.


En 1981 lors de la fermeture du Golf Drouot, nous étions sur scène avec le groupe "Oberkampf" qui a fermé le banc. Le vendredi d'avant on avait fait le bœuf avec "Bijou".

MP : J'ai relevé également que tu avais enregistré deux 45 tours de "reggae" pourquoi ce changement de style ?

SD : J'avais enregistré ces disques avant de monter "Rock N' Roller". C'était  effectivement du reggae mais il y a aussi un titre dans le style de Trini Lopez.
En fait c'était un coup promotionnel proposé par " Phonogram". Le label anglais "Island" voulait retirer son catalogue de chez "Phonogram" car Bob Marley ne vendait pas de disques en France. Donc ils m'ont fait enregistrer ce truc là, je n'ai rien écrit, je ne faisais que chanter. Il y a eu pas mal de promo, j'ai fait d'ailleurs cinq "télé" avec ces disques. J'en ai vendu 21000. Quand ils ont vu ça, ils m'ont dit que le reggae ça ne marchera jamais en France. (rires)
C'est vrai que la France n'était pas vraiment à l'époque un pays rock'n'roll c'était plutôt variété.

MP : Oui c'est évident et d'ailleurs je ne sais plus à qui j'en parlais mais les studios anglais étaient bien meilleurs que les studios français.

SD : Oui tout à fait, c’est pourquoi Polnareff a voulu aller de suite en Angleterre pour enregistrer son disque "La poupée qui fait non". C'était largement mieux.
Et en ce qui concerne l'enregistrement chez "Vogue " : avant nous il y avait "Jacques Lantier" et derrière nous il y avait "Aimable et son accordéon". C'était le même preneur de son pour tout le monde,  tu imagines le résultat !

MP : Ensuite qu'est-ce que tu fais après ces 45 tours ?

SD : J'ai fait partie de tout un tas de groupes;  "Route 66" avec Jacky Chalard de "Dynastie crisis et" Jean Pierre Prévotat de "Triangle". J'ai accompagné Billy Birdy, Claudia Colonna, Dan, les "Canyon Riders". J'ai monté "Version originale" avec Fred Guillemet de "Trust" ; J'ai joué avec "Hôtel du rock" et j'ai terminé avec le groupe "Sixties Memory" qui reprenait un peu tout ce qui s'était passé dans les années 60. La première partie était uniquement consacrée à Johnny, Eddy etc. Pour la deuxième partie c'était les Beatles, les Rolling Stones. On changeait de costume à chaque fois et on terminait avec du rock’n'roll classique.

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MP :  Incroyable carrière tu ne t'es jamais arrêté ! (rires)
Maintenant si tu veux bien on va venir à la deuxième partie c'est-à-dire qu'on va parler de tes goûts personnels.

Quels sont tes groupes favoris des années 70 ?

SD : Moi je suis assez éclectique j'aime bien le blues, j'aime bien Éric Clapton, j'aime bien Iron Maiden.

MP  : Qu'est-ce que tu aimes comme groupe Français ?

SD :  Téléphone, Starshooter, Asphalt Jungle.

MP :  C'était le groupe de Patrick Eudeline !

SD :  Patrick Eudeline, je le connaissais bien. J'étais quand même plus vieux que tous ces gars-là à l'époque donc j'ai connu à peu près tout le monde.
Ah par contre si tu veux je peux te parler des trucs qui me font un peu chier. Le rap entre autre c'est pas du tout ma tasse de thé.


MP : Tu n'es pas le seul à mon avis ! (rires)

SD : En parlant des groupes français j'aimais aussi beaucoup un groupe de Lyon "Ganafoul".

MP : Ensuite deux questions qui n'ont rien à voir, ta boisson favorite et ton plat préféré !

SD : Pour la boisson le vin rouge, mon plat favori poulet frites. Comme pour le rock, je suis assez classique.

MP : Qu'est-ce que tu fais de tes journées actuellement ?

SD :   Je suis retraité, j'ai pas une grosse retraite,  40 ans de vie de musicien mais j'ai pas grand chose. Heureusement ma femme a toujours travaillé. J'ai  une femme formidable, elle m'a toujours dit « la musique c'est ta passion donc il faut que tu continues à jouer ». Pour pas mal de potes ça ne s'est pas passé comme ça, c'est leur femme qui leur demandait d'arrêter car il n'y avait pas assez d'argent qui rentrait à la maison.

MP : Est-ce que tu joues encore de la musique

SD : Suite à certains problèmes de santé je ne joue pratiquement plus.

MP : Tu es Beatles ou Rolling Stones ?

SD : Sans hésitation Rolling Stones.

MP : Est-ce que tu as des regrets par rapport à ta carrière ?

SD : Mon plus gros regret, c'est de ne pas avoir compris plus tôt les magouilles du show business. Parce que je peux te dire : qu'est-ce qu'on s'est fait entuber ! Il faut avoir de bons imprésarios.

Pour te faire connaître, il faut que tu aies la presse, il faut que tu aies la radio mais aussi la télévision.


Aujourd'hui c'est encore plus difficile, je plains les jeunes, si tu ne connais pas toutes les unités de production à la télévision tu ne passeras jamais.


On n'a pas été de grosses vedettes on a été un groupe de 3ème zone, d'ailleurs je vais te raconter à ce sujet une anecdote sympa.


Un jour, on était en concert avec le groupe Téléphone et un journaliste est venu vers nous pour faire une interview pour le magazine Disco-Box. Il nous dit " je vais vous payer un coup, on va aller à l'opéra après le concert ". Alors après on va prendre un pot dans ce café, il y avait Jean-Louis Aubert et Louis Bertignac. Ce qui m'avait frappé, c'est quand Jean-Louis Aubert (qui parlait souvent pour le groupe) a dit " en ce qui me concerne les médias ont toujours considéré que j'étais le Mick Jagger du pauvre ". Alors moi qui parlait également  de " Rock’n’roller " j'ai répondu : " moi ils ont toujours considéré que j'étais le Johnny Hallyday de 3ème zone ".(rires)

MP : Pour finir Serge j'aimerais que tu me racontes l’anecdote que tu m'avais confiée à propos d’un groupe allemand !

SD :  On était à l'époque au Gibus. Il y avait un endroit qui s'appelait "La Pizzeria" où tu pouvais toujours prendre un pichet de vin car le whisky et le reste au bar c'était cher. Nous les musicos on traînaient un peu la patte pour s'y abreuver.

Une nana nommée Corinne qui travaillait pour "Pop Music" nous dit " les gars il y a un groupe allemand qui joue dans une péniche, j'ai été les voir c'est bien ce qu'ils font, ils sont ici mais ils n'ont pas de pognon est-ce que vous pourriez leur payer un pichet de vin ? ". On dit" oui il n’y a pas de problème, on va leur en payer un".

Ce fameux groupe figure-toi, c'était Scorpion (rires).


L'histoire ne s'arrête pas là car beaucoup plus tard, ma fille qui faisait également des interviews sur internet, les avaient interviewés et ils se souvenaient de ce sacré pichet de vin !

MP : Super ce souvenir !

SD : Allez je te raconte une toute dernière anecdote ! Avec les " Gypsys " on jouait dans une boîte qui s'appelait le "Twenty one" dans le Nord et qui était ouverte 24 heures sur 24. Pourquoi ? Parce que les jeunes mineurs de fond à l'époque faisaient les trois huit.

On arrive dans la boîte où on devait jouer et on fait la balance. Peu après le patron vient nous voir il nous dit " Voilà j'ai monté une boîte qui est à une demi-heure de voiture à peu près d'ici, j'ai engagé un black qui joue de la guitare avec ses dents, vous voulez venir avec moi ? ".  Moi et le batteur, on dit oui. Il nous emmène dans une boîte près de la frontière belge : le guitariste en question, c'était "Jimi Hendrix".

MP : Incroyable incroyable !!!

SD : Donc tu vois on a vu "Jimi Hendrix" faire la balance dans cette boîte, il était six sept heures du soir, il y avait juste nous et un balayeur. Il vient vers nous, il nous parle il me dit "hello man", il n'était pas encore connu je l'ai revu plus tard sur scène à Paris.

MP : Waaouh ! on fini avec une super anecdote, on pourrait parler ensemble pendant des heures.  Merci Serge pour ta gentillesse et tous tes fabuleux souvenirs.

SD : C'était vraiment sympa cette conversation, en tout cas bravo pour ce que tu fais pour le rock Français c'est bien d'en parler car à l'heure actuelle c'est le désert dans les médias.

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Chronique de l'album :

Pour compléter cet article déjà très fourni, j'ai compilé les 45 tours de Serge Doudou en incluant les différents groupes dont il a fait partie tout au long de sa carrière.

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Et c'est plutôt pas mal, je dirais même plus c'est "bueno" !

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Ça démarre fort avec "les Gypsys"  du rock pur sixties bien enlevé.

Changement de décor avec "Quo Vadis", quelques années ont passé et le son bien gras des 70 est omniprésent. Trois singles rock, avec certains titres faits également pour les clubs.  En témoigne "A descendre cette rivière"  un morceau très dansant au rythme groovy avec des percussions à la Santana. Ce morceau me fait également penser au groupe 'Titanic".

"Ad Libitum" est un 45 tours à part puisqu'il reprend dans une version francisée et modernisée les deux titres du tout premier single de "Rock N’ Rroller". Disque plutôt sympa surtout la face B "Fille aux cheveux d'or".

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Pour terminer la compilation, vous trouverez les deux singles enregistrés sous le nom de "Doudou". Le premier est du reggae avec des reprises très bien faites. Le dernier, "Tout au long de la semaine" est un genre de funk-soul dansant exclusivement réservé aux discothèques.

 

Je n'ai pas inclus la discographie de "Rock N’ roller" qui fera l'objet de plusieurs nouveaux articles prochainement.

Serge avait écrit une vingtaine de pages où il reprend l'histoire intégrale de "Rock N’ Roller" pour un article qui n'a jamais été publié, il a bien voulu me les confier.

Et c'est avec grand plaisir que Francerock70 vous fera découvrir l'histoire complète bourrée d'anecdotes du groupe "Rock N’ Roller" dans les semaines qui viennent.

Je ne peux pas finir cet article sans vous dire que Serge est un mec profondément "rock'n'roll".

Il s'est passé quelque chose pendant cet entretien, Serge m'a insufflé sa passion du rock.

J'en suis ressorti émerveillé. Des interviews comme ça vous marquent à tout jamais...

Merci à Serge Doudou, un rocker oublié des médias qui mérite largement de figurer avec "Rock n ‘roller" dans la catégorie des légendes du rock Français au même titre que les "Téléphone" et autres "Trust".


Photos articles de presse : Serge Doudou
Art : Mister Pat
Coup de main : Crapou

Merci également aux "Amis de Francerock70" : Carine et Chatrick pour leur participation


Mister Pat


En écoute : "Le condamné"

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