C’est à l’automne 1975 que paraît l’album « Récolte de rêves » qui fera des Séguin les icônes québécoises de la génération des enfants-fleurs.
Après le magnifique premier album simplement intitulé « Séguin » (et chroniqué ICI sur votre blog préféré) suivi de « En attendant », ce troisième LP de Marie-Claire et Richard Séguin est souvent considéré comme étant leur chef d’oeuvre absolu. On y retrouve tous les amis qui fréquentaient ce haut lieu de la musique folk qu’était alors « Le Café du Quai » (également titre d’une chanson du premier album).
A vrai dire, à cette époque, les Séguin ne se rendaient pas compte qu’ils étaient en train de devenir les papes du Peace and Love in Québec. Ils se contentaient de prôner l’amour universel, de parler de paix, de partage et de compassion. Leurs chants, plein d’espoirs, évoquaient un monde meilleur.
Lors des concerts, on leur lançait des joints sur scène alors qu’ils ne fumaient pas. Ils n’en avaient même pas besoin pour s’évader, pour vivre leurs rêves éveillés. Ils se produisaient toujours à guichet fermé, leurs disques se vendaient comme des petits pains mais pourtant ils ne passaient pas à la radio.
En France, l’album « Récoltes de rêves » est publié chez Epic dans l’éphémère collection « Marginal » qui se définit comme suit « La collection Marginal a été créée pour faire connaître différents courants de musiques et de chansons situés en marge d’une expression traditionnelle ». Parmi les 8 albums proposés au final par ce sous-label figureront le très beau « Des mots » d’Olivier Bloch Lainé (chroniqué ICI ) et « Fantasmagory » de Claude Engel.
Avec « Récolte de rêves » nous sommes face à un album folk d’une sincérité surprenante où se mêlent délicatement flûtes à bec, flûte basse, mandoline, guitares acoustiques, violon, basson, contrebasse, le tout mené par les superbes voix des jumeaux Séguin, Richard et Marie-Claire.
Le son Séguin, c’est aussi les fidèles Guy Richer (contre-basse, basse, flûte) , Bruce Marcheson (violon), Yves Cloutier (mandoline), Richard Grégoire (claviers, arrangements) et Quentin Meek (consoles).
L’album s’ouvre avec « Chanson démodée », une reprise à cappella d’un titre de Gilles Vigneault (dont les Séguin feront de nombreuses premières parties).
La vie tranquille de la tribu Séguin dans les Appalaches est évoquée par leur fidèle complice et amie Francine Hamelin avec le titre « Le quotidien » où les Séguin avouent « regarder le soir qui tombe / Dans la maison vaste et tranquille / Et parler avec des amis / Du rosier qu’on a taillé ».
« Les enfants d’un siècle fou » est un véritable hymne pour les enfants des années 70 « Nous...bâtirons en chantant un monde à refaire par nos enfants ».
La pièce de folk progressif « Hé Noé » est peut-être susceptible d’intéresser un fervent admirateur du Steeleye Span ou du Fairport Convention.
Une fort belle guitare acoustique accompagne une mélopée allant crescendo où les mots sont inutiles dans le (trop) court instrumental « Dimanche après-midi » qui aurait pu figurer sur un enregistrement d’Ilous et Decuyper.
N’en déplaise aux éventuels visiteurs du blog inconditionnels de la pouliche à René, c’est le moment d’affirmer que Marie-Claire Séguin est la plus belle, la plus pure voix féminine du Québec. Pour s’en convaincre réécoutons l’intro à cappella de « Les saisons » ou encore un titre comme « Et c’est l’hiver ».
Et après cet hymne à la fraternité ?
Un nouvel opus, "Festin d'amour", paraît à l'automne 1976 toujours sous la férule du producteur Richard Grégoire.
S’en suit une tournée phénoménale où les Séguin, vêtus de blanc, emportés par leurs musiciens et enivrés par leurs propres voix pures et cristallines, semblent ne pas toucher terre...
Mais ce dernier album n’éclipsant pas son prédécesseur, le moment était peut-être venu de passer à autre chose et c’est donc au sommet de leur carrière comme duo que les jumeaux décident de couper le cordon qui les reliait depuis toujours et de partir chacun de leur côté vers des projets solo.
Projets solo qui auront la particularité, l’un comme l’autre, de faire appel aux musiciens d’Harmonium. Mais là c’est un autre histoire que Francerock70 vous contera peut-être un jour.
et pour les abonnés et autres visiteurs du blog : ""
titre en écoute (c’est du 192 kbps) : « Hé Noé »
par Crapou










