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Francerock70 — Le blog du rock français
Chroniques

ROTOR

francerock7019 mai 2024

A force de raconter des bobards, ça va se voir que j'y connais rien en musique. Prenons, par exemple, le groupe Rotor... j'avoue, je n'en ai jamais entendu parler ! Pas étonnant,…

ROTOR

A force de raconter des bobards, ça va se voir que j'y connais rien en musique. Prenons, par exemple, le groupe Rotor... j'avoue, je n'en ai jamais entendu parler ! Pas étonnant, puisque c'est des Portugais... enfin, pas tous, mais quelques-uns !

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N'allons pas plus vite que la musique ! En vérité, le groupe a débuté à Lyon en 1979, sous le nom de Stormbringer.

 A la manœuvre : le batteur Thierry Scarlatti, le bassiste Jean-Louis Teyssier, Gilles Vasquez et Thierry Leduc aux guitares. Les gones ont eu beau se démener, pas un label français n'a daigné répondre à leurs sollicitations. Sans doute est-ce la bonne mère de Fátima qui les a mis en relation avec le chanteur portugais Tozé Daniel.

Dès lors, la machine est rebaptisée ROTOR et signe un contrat avec MVM Records au pays de CR7. Cependant, c'est en France, aux studios Lazer, que le quintet franco-portugais a enregistré ce mini-album contenant sept titres chantés en portugais.

Produit par Jorge Daniel, frangin de Tozé, le disque sort en 1984, et ne sera distribué qu'en territoire lusitanien. Le hard rock FM typique des années 80, teinté d'éclats métalliques progressives, confère à cette œuvre, élégance et légèreté... un petit vent frais dans les oreilles !

Et c'est à cet instant de l'histoire que je reprends mon rôle de blaireau, parce qu'après cet épisode discographique, plus rien ne suinte : pas d'infos, pas de photos, comme si une chape de béton vibré s'était abattue sur Rotor. Du coup, j'affabule, j'échafaude, j'extrapole façon puzzle !

Les infos qui suivent sont donc sans garantie du gouvernement ! Gilles Vasquez se serait reconverti dans la réparation d'instruments de musique, du côté de Saint-Chamond. Thierry Leduc opérerait au sein du groupe Just Delayed, et Jean-Louis Teyssier chez Looma. Titi Scarlatti s'est retrouvé chez Demon Eyes et Diesel Dust, avant de battre la cadence chez High Voltage et Zep Set... tributes bands de qui vous savez ! Quant à Tozé, le Portugais de l'étape, c'est silence radio, sonar en carafe et satellite aux abonnés absents !

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J'étais sur le point de clore cette rubrique quand, par le plus grand des hasards, je suis parvenu à contacter Gilles Vasquez, le lead guitar de la bande, qui a gentiment accepté de m'accorder un entretien, dont voici la teneur.

04-Rock_Rendez-Vous_19_et_20_juillet_1984

 

Keith Michards - Salut Gilles, je te contacte parce que je voudrais parler de Rotor. Tu vois de quoi il s'agit ?


Gilles Vasquez - Un peu, oui !

KM - J'aimerais en savoir plus sur le groupe et sur l'album. Au début, le groupe s'appelait Stormbringer ?


GV - C'est vrai, mais je ne suis pas à l'origine du groupe. Quand je suis arrivé, il s'appelait déjà Rotor.


KM - Est-ce que Stormbringer était une référence à Deep Purple ?


GV - Certainement, mais je n'y suis pour rien !

KM - Alors, comment s'est formé ce groupe si particulier, avec un chanteur portugais !


GV - Je travaillais dans un magasin de musique à Lyon et je jouais déjà un peu... peut-être même un peu mieux que certains (sourire téléphonique) ! C'est donc Jorge Daniel, le frère du chanteur, qui m'a contacté pour consolider le groupe. À l'époque, il y avait déjà Thierry Leduc à la guitare, mais il ne jouait pas le lead.


KM - Il y avait aussi Thierry Scarlatti à la batterie et Jean-Louis Teyssier à la basse ?


GV - Non, Thierry est arrivé après. Par contre le chanteur, Tozé Daniel, était déjà en place. Le week-end, il posait du placo et du carrelage.


KM - Comme tous les Portougaiches !!!


GV - Oui, c'est ça et après, il venait répéter !

KM - À quel âge as-tu commencé à jouer de la guitare ?


GV - Pas très tôt, en fait, aux alentours de 16 ans. Mais ce n'est qu'à 18 ans que j'ai vraiment commencé à prendre des cours sérieusement. J'ai même fait le conservatoire de jazz à Givors.


KM - Quel a été le premier morceau que tu as maîtrisé parfaitement ?


GV - J'ai énormément bossé sur Deep Purple, Van Halen et Jeff Beck.


KM - Quel est le premier disque que tu as acheté ?


GV - Made in Japan de Deep Purple.


KM - Tu as senti tout de suite que tu voulais en faire ton métier ?


GV - Ah, oui ! À l'époque, j'avais commencé à bosser à la BNP, mais tout de suite après le boulot, je m'entraînais à la guitare, au moins pendant quatre heures.

KM - Revenons à Rotor. C'est bien Jorge Daniel qui a produit le disque ?


GV - Pour la partie artistique, oui. Pour la production financière, tous les musiciens ont mis la main à la poche... on a tous raqué !


KM - Le disque a bien été enregistré à Lyon ?


GV - Oui, au studio Lazer, qui n'existe plus aujourd'hui. Je me souviens très bien de la console Trident, avec 24 pistes. C'était un gros studio, avec des cabines pour chaque instrument. Nous, on enregistrait dans la journée et le soir, c'est L'Affaire Louis' Trio qui prenait la place. Après l'enregistrement, je suis monté à Paris pour superviser la gravure. On s'est vraiment démerdés nous-mêmes pour tout faire.


KM - C'est toi qui as composé les chansons du disque ?


GV - Oui, en grande partie, et Tozé venait ensuite plaquer ses paroles. Puis, en répétitions, chaque musicien apportait sa petite touche personnelle. J'ai toujours un compte à la SACEM où on peut retrouver mes compos. Par contre, je n'ai touché que des sommes dérisoires.

KM - Alors, comment se fait-il que le disque ne soit sorti qu'au Portugal ?


GV - Parce que le chanteur était portugais, c'est pas plus compliqué que ça ! Il voyait des débouchés là-bas, parce qu'une maison de disques était prête à nous soutenir. Malheureusement, ça nous coûtait beaucoup de pognon et quasiment aucunes retombées financières. Par contre, ils nous ont bien épaulés pour la tournée, durant laquelle on a fait de belles audiences. On a aussi fait des télés et de grosses radios, en plus des encarts publicitaires dans les journaux. Avec tout ça, on avait une visibilité nationale au Portugal.


KM - Tu as peut-être une petite anecdote amusante à nous raconter sur cette période ?


GV - Ah oui ! Durant la tournée, on s'était retrouvés le soir dans une boîte où le DJ nous a reconnus. Il a passé notre disque en nous présentant. D'un seul coup, on était devenus l'attraction de la soirée ! Du coup, moi j'ai emballé une petite et je me suis barré avec elle à l'hôtel. Plus tard dans la nuit, ça cogne à ma porte pour me prévenir qu'il y avait eu du grabuge dans la boîte et il a fallu qu'on paye pour réparer les dégâts. Ça fait que les maigres cachets qu'on avait touchés sont partis en fumée ! Mais c'est pas grave, c'est ça, la vie de rockstar !!!


KM - Dis-moi franchement, quand on est guitariste de rock, c'est un avantage pour emballer des nanas ?


VG - Oufffff ! C'est easy, t'as rien à faire ! Mais je me demande si c'est encore comme ça aujourd'hui !!!

KM - C'est quand même dommage que le disque ne soit jamais sorti en France.


GV - Tozé ne voulait chanter qu'en portugais et on savait qu'on n'avait aucune chance que ça marche en France. On a quand même fait de belles choses à cette époque-là... pas de grandes choses, mais de belles choses ! D'ailleurs, on s'était même posé la question de nous installer définitivement là-bas, mais finalement, à part Tozé et Jorge, nous n'étions pas prêts pour cette démarche. Pourtant, je suis sûr qu'on aurait pu tourner sans problème.


KM - Alors, comment le groupe en est arrivé à se dissoudre ?


GV - Je ne me souviens plus très bien. Au retour de la tournée, tout est parti un peu en sucette. Tozé et Jorge avaient déjà monté un beau studio d'enregistrement chez eux, dans lequel j'ai bossé aussi. On a notamment enregistré le 45 tours de Diatribe, un groupe de Lyon avec qui j'ai joué après. Thierry Scarlatti a rejoint Demon Eyes. Il y a sûrement eu quelques engueulades pour des questions à la con ! On n'était encore que des petits merdeux ! Quelque temps après, j'ai repris contact avec Jean-Louis et les deux Thierry.


KM - Et vous n'avez pas été tentés de relancer la machine ?


GV - Quand le mariage est consommé, c'est compliqué de revenir en arrière.


KM - Après Rotor, qu'est-ce que tu es devenu ?


GV - Comme je l'ai dit, j'ai pas mal tourné avec Diatribe. Puis j'ai ouvert un magasin de réparation d'instruments à Saint-Chamond, avant de m'installer du côté du Puy-en-Velay où je monte des guitares. J'ai aussi créé mon propre studio d'enregistrement. Et surtout, je me suis remis à fond dans la musique, avec des projets qui prennent forme... j'ai surtout envie d'enregistrer avec des potes.

KM - Qu'est-ce que tu écoutes comme musique, en ce moment ?


GV - J'écoute beaucoup Robben Ford, le guitariste emblématique du blues, qui a joué, entre autres, avec Miles Davis. Je réécoute aussi de vieux Jeff Beck qui demeure mon guitariste de référence. Pour moi, il y a trois mecs qui ont révolutionné la guitare : Jeff Beck, bien sûr, Eddie Van Halen et Steve Vai, plus récemment.


KM - Moi je suis plus fan de Ted Nugent !


GV - Ouaih ! C'est le gars qui mettait les amplis à donf et qui ne se posait pas de questions. C'est du bon rock, quand même ! Sinon, il y a aussi AC/DC ! J'écoute ça très fort... il y a du son... du gros son... j'adore ça ! Je suis aussi un inconditionnel de Michael Jackson pour sa musicalité. En fait, j'écoute un peu de tout, et même du classique, du moment que ça bouge un peu !


KM - Et Prince ?


GV - J'adore ça ! C'est de l'énergie !


KM - Et John Frusciante ?


GV - Ah ! Très bien. Dans un autre registre. Il y a une musicalité dans sa base rythmique qui est excellente.


KM - Un petit mot sur Led Zeppelin ?


GV - Une partie de la musique moderne ne serait rien sans Led Zep !


KM - Les Rolling Stones ?


GV - Je ne dénigre pas, mais ce n'est pas mon truc... je préfère les Beatles.


KM - Le jeu de guitare de Keith Richards, ça te parle ?


GV - Très honnêtement, pas trop. C'est un mec qui aurait pu jouer beaucoup mieux, mais je pense qu'il est un peu fainéant, il n'avait pas envie de travailler. Il fait le service minimum ! Par contre, le personnage est vraiment bien. Et puis, parmi les groupes qui m'ont le plus marqué musicalement, il y a aussi Toto. Les compos et les arrangements sont extraordinaires. Je les ai vu en concert, il y a 7 ou 8 ans, je suis resté sur le cul !


KM - Superbe conclusion. Merci beaucoup, Gilles, de m'avoir accordé un peu de ton temps.


GV - C'est bien Michel, ton prénom ?


KM - Oui, et mon pseudo c'est Keith Michards, je ne t'explique pas pourquoi.


GV - Ouaih ! J'ai une vague idée !!!

 

En écoute :   Canta

par Keith Michards

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