Pour la plupart d'entre vous Norbert Galo est un inconnu, pourtant il a fait partie d'une multitude de groupes, certains très connus (Deep Forest) d'autres beaucoup moins (PDG).
J'ai eu l'occasion de connaître Norbert Galo par l'intermédiaire de Serge Sala ce grand artiste qui nous a malheureusement quitté il y a peu de temps.
Norbert est un garçon très sympathique et un musicien hors pair, il était donc évident pour moi de lui consacrer plusieurs articles et de revenir avec lui sur l'ensemble de sa carrière.
Un petit retour en arrière s'impose, Norbert débute sa carrière de guitariste à Lyon en 1973 avec le groupe" Anthrax", puis il joue en 1974 dans la formation "Roue Libre" (ex Free Wheel), en 1975 il se joint au groupe "Masal" avec qui il fait les premières parties des concerts de Gong, Magma et Soft Machine.
En 1978, devenu musicien professionnel, il rejoint le groupe "Phoenix" et il enregistre l’album éponyme, avec Viviane Willaume, Jacques Lennoz et Elisabeth Wiener.
Il deviendra ensuite orchestrateur et travaillera en collaboration avec Gabriel Yared et Jannick Top.
Il sera aussi arrangeur et guitariste des célébrités du moment : Nicole Rieu, Gérard Lenorman, Jean-Louis Murat, Maurice Reverdi, ou encore pour la comédie musicale "Starmania".
Devenu l'un des guitaristes de session les plus demandés, il participe à une quantité impressionnante d'enregistrements pour des musiques de pub ou des BO de films comme "Et la tendresse Bordel!", " Cap Canaille" ou "l'Insoutenable légèreté de l'être"..
C'était la première partie de sa bio qui est déjà bien fournie. Maintenant passons à la partie interview.
Un entretien qu'il m'a gentiment accordé pour Francerock70.
------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
L'entretien (1ère partie)
Mister Pat : Bonjour Norbert, je suis très content de faire cette interview en ta compagnie,on va parler aujourd'hui de ton début de carrière et du groupe "Phoenix" si tu le veux bien.
Norbert Galo : Salut Pat, très content également de revenir avec toi sur mes jeunes années
MP : Je commence avec cette première question , tu as commencé la musique à quel âge ?
NG : J'ai commencé à m'intéresser à la musique très sérieusement à mes 15 ans. Au début j'ai surtout chanté; j'étais fan des Creedence Clearwater Revival et des Beatles. Les chanteurs et le son de leurs voix dans ces groupes me transportaient alors j'ai calqué et copié leur style ce qui m'a fait faire beaucoup de progrès pour la justesse et la mise en place de ma voix.
MP : Quel était le nom de ton premier groupe ?
NG : En 1972 je fais la rencontre de tout jeunes musiciens qui ont un groupe qui s'appelle Anthrax. Dans ce groupe il y a Jean-Marie Lebleu à la guitare et Jean François Tixier à la batterie. Les autres éléments du groupe je n'ai plus leurs noms en mémoire car cette version d'Anthrax a été très éphémère, pendant cette période j'étais chanteur, je ne jouais pas de guitare.
J'ai emprunté la guitare de Jean-Marie durant un été et j'ai travaillé comme un fou pendant 3 mois.
Au retour des vacances nous avons reformé le groupe mais là Jean-Marie s'était mis à la basse car j'étais meilleur que lui à la guitare, son jeune frère Pierre jouais déjà merveilleusement des claviers.
J’avais 19 ans et c’était la naissance de la nouvelle version du groupe Anthrax avec nos propres compositions et un univers très rock aérien. Pour l'anecdote Jean-Marie et Pierre sont les Frères aînés de François Lebleu (Bronco Junior) qui quelques années plus tard Créera l'affaire Louis trio avec les Frères Mounier. Anthrax dans cette version durera un peu plus d'un an ponctué de quelques concerts où nous partagions la scène avec Free Weel (qui deviendra mon prochain groupe) et Pulsar.
MP ; Free wheel c'était quel style de musique ?
NG ; C'était une musique plus orienté vers le rock fusion. Lucas Martinez le guitariste leader de Free wheel avait décidé de quitter le groupe, je l'ai remplacé.
Le groupe était composé de Pierre Caro, aujourd'hui grand peintre reconnu, de Carlo Grassi à la guitare, de Patrick Segarra à la batterie, de Jacques Mazel à la basse et moi à la guitare lead.
La nouvelle version du groupe s'est d'ailleurs francisée en "Roue Libre"
Nous sommes en 1974 et nous donnons pendant cette année plusieurs concerts devant un grand public dont un à la bourse du travail de Lyon en première partie de Catherine Ribeiro. à l'époque un journaliste de rock and folk avait d'ailleurs chroniqué : "Roue Libre" un groupe métaphysique…
MP : Ensuite tu passes chez "Masal" ?
NG : Oui la même année j'assiste à un concert de "Masal" et là je suis sur le cul et je ne suis pas le seul.
Le public est chaviré par autant de maîtrise et de beauté de composition. Jean-Paul Prat en est le leader et compositeur. La formation du groupe est aussi très intéressante à cette époque: basse, batterie, clavier, deux saxophones… et là dans mon fantasme je dis aux camarades qui m'accompagnent "un jour je serais le guitariste de ce groupe".
Quelques mois après ce concert je rejoignais "Masal" .
Nous sommes en 1975 et je poursuis mes études à l'école des beaux-arts de Lyon. je connaissais déjà une partie des membres du groupe car j'avais rencontré Jean-Paul longtemps avant que je ne joue de la guitare.
Il était au conservatoire et on avait des amis en commun. Il y avait dans le groupe Yves Ottino au piano et synthétiseur, Gérard Betemps à la basse, Richard Héritier au saxophone, Georges Roland au saxophone (ces 2 derniers on fait partie de l'affaire Louis trio) et Jean-Paul Prat à la batterie et au piano.
L'aventure a commencé là et s'est poursuivie pendant plusieurs années et j'ai le bonheur encore aujourd'hui de participer au dernier enregistrement de Masal « Ahora » sorti sur le label l'Enclume.
MP : Vous avez fait les première parties de groupes très connus à l'époque !
NG : Oui car J'ai rejoint le groupe "Masal" lors d'un concert en première partie de Gong . C'est un très bon souvenir ce concert "Gong" ils étaient tous très fun et un peu perchés.
Il y a eu aussi le concert avec "Magma" qui à l'époque m'a permis de me rapprocher de Bernard Paganotti et de Didier Lockwood.
Ensuite avec Soft Machine c'était surtout pour nous l'occasion se retrouver en un lieu sacré qui en l'occurrence à ce moment-là était le palais des sports d'Orléans. Évidemment pour nous c'était très impressionnant de côtoyer ces grands musiciens.
MP : Après "Masal" qu'est ce que tu fais ?
NG : Masal se sépare temporairement 1976 à cause de problèmes d'argent, le groupe s'est retrouvé sans moyens ; j'avais mes études. Je me suis mis à travailler dans un magasin de musique pour arrondir mes fins de mois.
MP : Puis tu décide de former le groupe "Phoenix"
NG : De 1976 en 1977, mes amis Jacques Lennoz et Élisabeth Wiener venaient me relancer pour jouer avec eux dans différents groupes Parisiens. J'étais encore sous le coup de la séparation de "Masal", donc pas très intéressé par un autre projet.
Et voici qu'en 1977 vers la fin de l'année, Elizabeth viens jouer au TNP à Villeurbanne sur des adaptations de Shakespeare par Planchon. à ce moment-là je suis en couple avec Viviane Voiron, excellente musicienne.
L'idée se forge tout de suite de monter un groupe 2 mecs 2 nanas;" Phoenix était né".
Après une petite période de compositions et d'enregistrements de maquettes , nous partons en Ardèche pour avoir une base et rayonner pour donner des concerts durant l'été.
Pendant ce temps là, Patrick Fora notre manager est parti à la pêche aux maisons de disque, il revient avec une bonne nouvelle la signature d'un contrat chez Barclay.
Novembre 1978 nous enregistrons au studio Guy Boyer à Boulogne. Jannick Top s'occupe des arrangements, je partage les guitares avec Patrice Tison, François Auger tient la batterie, Viviane et Elizabeth partagent les claviers avec Michel Coeuriot, les basses sont distribuées avec Jannick Top, mon ami Jacques Lennoz et moi-même. Marc Chantereau fera les percussions, il y a aussi le quatuor à cordes de France Dubois.
La prise de son est assurée par Andy Scott.
MP : Que des supers musicos! mais c'est aussi à ce moment là que tu as connu Daniel Balavoine !
NG : Oui une belle brochette de musiciens. Effectivement j'ai bien connu Daniel Balavoine car pendant la période d'enregistrement du disque de "Phoenix" nous partagions le même studio.
Nous avions en commun Philippe Monnet comme directeur artistique, Daniel Balavoine lui travaillait la nuit.
Il enregistrait alors son premier album qui contenait la chanson tube « Le chanteur ».
Je retrouverai plus tard Daniel en 1979 lors de la préparation de la comédie musicale "Starmania" au palais des congrès. Daniel était un mec vraiment adorable, plein d'énergie et très engagé.
MP : Ensuite Phoenix ce sépare ?
NG : La vie de" Phoenix" sera éphémère car des désaccords nous pousserons à ne pas être, Viviane et moi, sur la photo de l'album.
Donc effectivement c'est le clash.
.
Mais ça m'a permis de rebondir rapidement car la fin de "Phoenix" sera pour moi l'occasion de devenir un guitariste de studio.
D'ailleurs ma première belle séance d'enregistrement sera le solo de guitare sur le générique du film: « Et la tendresse bordel » de Patrick Schulman.
MP : Merci Norbert pour ce premier entretien très intéressant, si tu le veux bien, la suite le mois prochain...
NG : Oui Pat, il y a encore beaucoup à raconter sur ma longue carrière....
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Chronique de l'album de Phoenix "Magick" (1979)
L'album démarre fort avec " Monsieur Minuit " , un titre où synthés, guitares et voix s'entremêlent sur un tempo soutenu, un excellent titre.
Second morceau de la face A " Luna", incontestablement c'est le tube de l'album, une belle chanson aux accents country faîte pour les radios, un titre vraiment agréable agrémenté d'un superbe solo de guitare de Norbert dans un style folk rock.
3ème titre "le fou" , très rock, guitares hargneuses et synthés en folie, un mix parfaitement réussi. Mon titre préféré.
Je retourne la galette et me retrouve face à "Mort Vivant", une fois de plus un rock puissant à tiroirs, aux accents groovy.
"Bateau du temps", excellent morceau de Norbert et Viviane Galo, nettement plus calme, très mélodique avec un duo style Balavoine, Véronique Samson, le titre roule tout seul.
L'album se termine avec "Magick" un titre de plus de 8 minutes, toujours des grandes envolées de guitares associés à des vocaux parfaitement équilibrés, un morceau qui se rapproche du progressif, un titre de grande classe.
Finalement ce disque me fait irrésistiblement penser à une comédie musicale version rock, sans doute à cause du chant, le quatuor étant à l'unisson.
J'y retrouve (c'est mon humble avis) des réminiscences de "Queen" par rapport aux breaks très fréquents, l'emploi des synthés, les solos de guitares et les voix.
C'était un album innovant qui méritait sans doute mieux, avec ce mélange de new wave mâtiné de prog, "Phoenix" avait inventé en France une nouvelle voie musicale, malheureusement ils se sont retrouvés dans une impasse.
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Norbert Galo et Viviane galo ont également participé à l'album "Lucidealiste" de Maurice Reverdy en 1980 , un vrai bijou de pop acoustique, Vraiment superbe ce disque. Bien entendu nous avons cet album et il est réservé en bonus aux abonnés de Francerock 70.
Norbert Galo fait toujours de la musique avec son groupe "Norbert Galo & Friends" si vous aimez le blues ne ratez pas son concert le 18 juin à st Genis l'Argentière - 69610, mais j'y reviendrai très prochainement dans les news de Francerock.
En ce qui concerne Norbert la suite de sa carrière sera évoquée prochainement....
Merci à Norbert Galo pour les photos, les disques, les souvenirs et sa gentillesse.
Merci à crapou pour le disque de Maurice Reverdy
Mister Pat
En écoute : le fou
.











