Un des plaisirs de ce blog est de découvrir des choses surprenantes sur les artistes que nous apprécions et qui ont souvent été boudés par la presse rock de l'époque avare d'informations sur beaucoup de groupes français.
Ainsi , je n'ai pas été déçu par Olivier Lorquin dont les 4 singles aux pochettes dessinées par Franck Margerin sont bien connues des discophiles mais sur lesquelles ne figurent quasiment aucune information. Après quelques recherches, j'ai eu le grand privilège de le rencontrer chez lui , invité à partager ses souvenirs mais aussi d'écouter du nouveau !
Un numéro d'une revue orientée "art et décoration" permet de lever une partie du mystère. On apprend ainsi qu'Olivier Lorquin est le fils de Dina Vierny , modèle favori et égérie du sculpteur Maillol et de Jean Lorquin également sculpteur. Je vous invite à parcourir la page Wikipedia de cette femme extraordinaire.
Dans sa jeunesse, il s'est d'abord tourné vers des études de cinéma , réalisant des documentaires au sujet d'artistes connus ( voir en exclu mondiale le film sur Vince Taylor de 76). Ce fut aussi la publicité , pèriode durant laquelle il a écrit et interprété des chansons, des jingles et des musiques de films, gagnant au passage un prix au festival du film publicitaire de Cannes en 1975.
Mais avant cela , dés 1973 , il se retrouve dans une cave de Clamart à chanter pour un groupe de rock sans y être vraiment préparé. Recommandé par la petite amie de son frère , il auditionne pour une bande de contestataires adeptes de Guy Debord qui souhaitent animer les manifs post 68 avec du rock. Le concept est d'adapter des classiques ( Troggs, Elvis, Cochran , ) avec des textes à tendance anarchiste. J'ai eu la chance d'écouter quelques titres et ça valait le détour !
Ce sera le point de départ de l'amitié d'une vie avec Olivier Zdrzalik aka Kowalski ( bassiste de Komintern et Malicorne pour ceux qui suivent le blog).
Le rêve d'alors d'Olivier Lorquin est de devenir parolier en adaptant en français des classiques du rock. Il fait la connaissance de Gilles Thibaut ( adaptation My Way) qui le recommande pour le projet from Nashville to Elvis de Lucky Blondeau en 77. Il adapte ainsi deux classiques sur ce LP : blue suede shoes qui devient "les pompes en daim bleu" et Hound Dog qui devient "Chien de chasse". Porte d'entrée également pour la SACEM.
Mais surtout ce projet permet d'approcher Lee Halliday oncle et mentor de qui vous savez. De l'oncle à l'idole, il n'y a qu'un pas... Qu'Olivier aimerait franchir.
Un jour le disquaire de Music Action lui fait écouter Bob Seger et le titre "old time rock n' roll" , Olivier est persuadé que ce titre est fait pour Johnny. Il tente d'en acheter sans succès les droits aux américains et en fait une adaptation en français . Il harcéle durant un an Lee Halliday pour proposer cette idée et ses paroles.
Finalement après des mois , LH fini par envoyer définitivement Olivier sur les roses...Pour autant son idée a été retenue , le titre est enregistré par JH et connaîtra le succés que l'on sait. Immense déception pour le parolier dépossédé de son idée.
Avance rapide, 79 ou 80, un soir de concert annulé de Vince Taylor, il atterrit au célèbre restaurant La Coupole. Il sympathise avec l'ingénieur du son de Nina Hagen et un groupe de musiciens marseillais. .Ce sera la fameuse connection marseillaise. Robert Moï dit "petit Robert", un docker à la guitare ( la légende raconte qu'il doit son surnom au fait qu'il n'arrivait pas à tourner les potards de son ampli à cause de sa taille) , Luis Garcia , bassiste et dealer , Tony Braccini batteur, cogneur et veilleur de nuit. Bien entendu Olivier est au chant. Le nom du second guitariste, riffeur de l'intro de "Martine" s'est perdu.
Le studio Ferber accepte d'accorder une facilité de paiement de 4 mois ce qui permet de mettre sur bande le premier single avec l'ingénieur du son Patrick Chevalet. L'échéance de paiement arrivant .... Olivier est signé juste à temps par WEA pour rembourser sa dette.
Au niveau musical le concept est de jouer du "pub rock" à la sauce AC/DC .
Au programme , d'excellentes reprises en français de Doctor Feelgood ( down at the doctor, ou le check book de Wilko Johnson . Une production de qualité pour un rock bluesy et swingant , parfois "hard" ( Martine) .
Une fois cette expèrience terminée , Olivier Lorquin rejoint sa mère en 84 dans une galerie d'art . On note sa participation à l'album solo de Stevie. Il prend la tête du musée Maillol créé par sa mère en 95. Il en est toujours le directeur aujourd'hui. Il organise également des expositions par exemple celle sur son ami Franck Margerin...ou Marylin Monroe et bientôt UDERZO.
Un IMMENSE merci à Monsieur Olivier Lorquin. Tout d'abord pour l'accueil extrêmement sympathique, les anecdotes et les inédits. Deux heures que je n'oublierai pas.
Vous pourrez découvrir grâce à lui un superbe inédit de Margerin, les "vrais" visages des musiciens marseillais caricaturés par Margerin et deux titres récents : "LE BLOND " ( paroles BENOIT LEROUX , musique OLIVIER KOWALSKi) , un ancien titre revisité, proposé au départ à JH et " ABRACADABRA ROCK" ( Musique OLIVIER KOWALSKI , paroles OLIVIER LORQUIN ) ou l'on retrouve la classe purement rock n' roll de l'artiste.
YANN PECHIN est le guitariste sur ABRACADABRA
Titre en écoute : " Le blond "
Chapeau Mr Olivier Lorquin ! Vous avez vraiment le rock dans l'sang.
CHRIS ROCKS









