En 1976, paraît l’unique 33T d’Olivier Bloche Lainé « Des mots » : une pure merveille relativement planante oscillant entre chanson et pop psychédélique avec de petites touches jazzy voire folky.
Ce disque est publié chez CBS dans la collection « Marginal » qui se définit comme suit« La collection Marginal a été créée pour faire connaître différents courants de musiques et de chansons situés en marge d’une expression traditionnelle ».
Parmi les 8 albums proposés au final par ce sous-label figureront le très beau « Récoltes de rêves » des Seguin et « Fantasmagory » de Claude Engel.
Le duo formé par Olivier Bloch Lainé (guitares, basse) et Georges Rodi (piano, FenderRhodes, Arp Odyssey)assure l’essentiel de l’illustration musicale de l’album.
Ils sont ponctuellement épaulés par Marc Bertaux (contrebasse, basse) et par Christian Lété ou Jean Shulteis (percussions, batterie) sur quelques titres.
De même, à la guitare, on croise sur un titre Jean-Pierre Alarcen et sur un autre Claude Engel.
Par contre, sur le titre « Cyril », Georges Rodi s’efface devant Philippe Briche (piano, basse, arrangements).
Dès le premier titre, le ton est donné : on a affaire à un album très calme, hyper cool qui se construit autour d’un synthétiseur et d’une guitare sèche appuyés par une basse omniprésente.
Un zest de percu , ça y est, le décor est planté… Y a plus qu’à découvrir le propos de l’artiste.
Le chant est en français, les paroles sont poétiques (« Des mots »)
« … Les mots sont les cartes postales
De la pensée
Meilleurs souvenirs de l’immense
C’est à toi que je pense
Mais ce n’est que moi qui sais... »
D’ailleurs, de sa voix suave, Olivier Bloch Lainé poursuit
« ...Un jour un poète divin, génial écrivain
A trouvé comment tout écrire
Mais n’ont pu le relire
Que de rares initiés... »
avant de citer quelques vers d’Apollinaire
« Avec ses quatre dromadaires
Don Juan d’Alfarouobeira
Connut le monde et l’admira
Il fit tout ce que je voudrais faire
Si j’avais quatre dromadaires »
vers qui vont inspirer le célèbre dessinateur belge Folon à qui l’on doit le dessin aux tons pastels de la pochette……..(on ne voit pas les pyramides, mais on n’en est pas loin….)
Au fil de son album, Olivier Bloch Lainé va nous entraîner dans son voyage (« Magique escalier »)
« ...Et puis j’ai fini par comprendre
Que tu n’allais plus redescendre
Et c’est à moi de monter
Par le magique escalier... »
et très vite« ...Je commence à monter
Sur toi magique escalier
Pour ne plus jamais m’arrêter... »
et forcément (« Vu d’en bas »)
« ...Que c’est haut là-haut
Vu d’en bas…
...Tous les soleils ont éclaté
Tous les oiseaux sont envolés
Ne pas revenir en arrière
Monter plus haut vers la lumière »
De plage en plage, ces paroles énigmatiques de plus en plus hallucinées vont nous emmener bien loin (« Il est là »)
« Il est assis sur un nuage
Et parle un étrange langage
On ne comprend pas ce qu’il dit
Il continue son long voyage
Ce n’est qu’un oiseau de passage
Il n’est pas tout à fait d’ici »
et...cher visiteur du blog FranceRock70...telle une Lucy dans son ciel de diamants (« Mercredi »)
«...Tu es bien
Au delà
De tout ça
Tu t’en vas
Tu t’envoles... »
à l’écoute de ce disque envoûtant aux textes sibyllins magnifiés par des arrangements alambiqués d’une grande douceur…... à s’en lécher l’buvard
En 2007,deux plages de ce LP se retrouveront en fort bonne compagnie (Michel Zacha, Ophiucus, Total Issue, ...) sur une compilation appelée « Love enchanté ».
Lorsque paraît « Des mots » en 1976, Olivier Bloch Lainé avait déjà derrière lui toute une carrière d’auteur/compositeur/arrangeur/producteur/ingénieur du son auprès d’autres artistes (Brigitte Fontaine, Mouloudji, Michel Zacha, Pierre Vassiliu, Pierre Barouh, …).
En 1967, clope au bec comme le permettait l’époque, il avait sorti un EP de 4 titres (dans la grande tradition de la chanson française d’alors) tout simplement intitulé « Olivier ».
En 1980, ce passionné à la fois artiste et technicien sera le premier à importer en France le fameux synthétiseur Fairlight.
Sur l’archive ci-dessous, Olivier Bloch Lainé présente cet ordinateur musical.
C’est à cette époque qu’il créera le studio d’enregistrement La Frette dans sa vaste demeure (un vieux manoir en fait).
Ce studioprofessionnel accueillera (et accueille toujours)de nombreux artistes français et internationaux (tels Nick Cave, Eddy Louiss, Marianne Faithfull, les Artic Monkeys, Gabriel Yared,...)
https://lafrettestudios.com/the-team/
Pour conclure cette chronique, le moment est venu de vous dire que je n’ai jamais pu m’empêcher de faire un parallèle entre le parcours d’Olivier Bloch Lainé et celui de Richard Vimal.
En effet, après un début classique dans la chanson française, l’un comme l’autre ont publié un unique album à l’ambiance expérimentale où ils chantent des textes intimistes et obscurs avec une voix toujours dans la retenue sur de subtils arrangements autour d’un synthétiseur et d’une guitare acoustique.
Ensuite l’un comme l’autre, ils se consacreront à la musique électronique : Olivier Bloch Lainé avec son Fairlight et son studio d’enregistrement tandis que Richard Vimal publiera deux LP instrumentaux de musique électronique en 1978 et 1980(devenus aujourd’hui un must have pour tous les fans de musique électronique)et ensuite des compositions pour la publicité, des courts métrages, la télévision, etc...
Mais en ce qui concerne la chanson , c’était fini pour tous les deux et c’est bien dommage.
Consolons-nous car, Loué Soit Dieu, mon vinyle est toujours en bon état et fort écoutable :
j’ai ajouté l’ mais tout cela est réservé uniquement aux abonnés de Francerock70
Titre en écoute :« Arrangé, mélangé »
par Crapou








