Evoquant les membres de sa famille, Richard Séguin écrivait dans le livret de son CD « Microclimat » paru en 2000 : « On a grandi avec leur musique, c’était peut-être la seule grande évasion qu’ils ont partagé ensemble au pays où naissent les sourires».
Les chiens ne font pas des chats. Que l’on soit né en 1952 ou pas, il y a des vocations naissantes qui semblent évidentes. Ainsi, dès 14/15 ans, les jumeaux Richard et Marie-Claire chantent dans leurs collèges respectifs.
Très rapidement ils vont se produire sous le nom de « Richard et Marie » dans des boîtes à chansons (sortes de petits cabarets où l’on servait du café mais pas d’alcool).
En 1968 ils ont 16 ans et sont élus « Découverte du Patriote », boîte à chansons où ils jouent en première partie de chansonniers tels Félix Leclerc, Gilles Vigneault ou Les Cyniques.
En 1969, avec leur complice Robert Letendre, serveur au Patriote, les jumeaux forment le groupe « La Nouvelle Frontière » qui comportera au final six membres. C’est au sein de ce groupe que les Séguin vont électriser leur répertoire et se hasarder à créer leur première composition.
Après quelques tournées et la publication de deux albums, le groupe sombrera corps et biens en 1971.
Très rapidement, le frère et la soeur reforment leur duo nommé dorénavant « Séguin ». Et à l’instigation de leur ami et guitariste Gilles Valiquette qui va leur présenter le bassiste/chef d’orchestre Richard Grégoire, le duo enregistre une version plutôt vitaminée de la chanson de Félix Leclerc « Le train du nord ».
L’harmonica de Richard et les vocalises de sa sœur font des merveilles sur cette géniale réappropriation du grand classique de celui qu’on appelait alors en France « Le Canadien ».
L’année suivante, en 1973, les Séguin publient leur premier album simplement titré « Séguin ».
La photo de la pochette est superbe : les Séguin tournent le dos à l’obscurité pour se diriger vers la lumière. Ils ne vont pas être déçus et nous non plus car leur album est magnifique et il va nous émerveiller…
« Som Séguin », le titre qui ouvre l’album, évoque l’épineux sujet des relations entre les natifs (les Amérindiens) et les descendants des colons. Pas facile d’assumer le passé de ses ancêtres, leurs mensonges, leur cynisme…
Le destin tragique des Amérindiens est également le sujet de « Génocide » dont l’intitulé est particulièrement explicite. A mon avis, si l’appellation « folk progressif » existe, elle peut s’appliquer à cette longue plage de toute beauté.
Dans ce titre notamment on est ébloui par les qualités acoustiques des guitares Norman de Valiquette et Séguin (et...fabriquées au ‘Kébec’ comme indiqué sur la pochette).
Parmi les belles surprises que nous propose ce 33T, il y a un nouvel enregistrement du titre « Le train du nord ». Cette seconde version encore plus...disons...bluesy/country que celle du 45T sera, sans jeu de mots, la véritable locomotive radiophonique de cet opus.
Hormis ce titre et la reprise de « Tout est mieux là-haut n’est-ce pas ? » de Gilles Valiquette, Marie-Claire et Richard Séguin signent les musiques du disque. A propos de leur musique ce dernier déclarait dans une interview : « On a su choisir et adapter des influences anglaises, américaines et indiennes aussi et tout ça, ça a donné Séguin.»
Proche par certains côtés de CSNY, ce premier album est en même temps très différent et original pour l’époque. On y voit apparaître un folk-rock moins urbain, pionnier du retour à la terre et déjà pas mal baba cool.
« ...pour enfin regarder les blés de tes prés, pour enfin rencontrer tous tes amis du Café du Quai et ton voisin le fermier qui ne t’a jamais salué... » (Le Café du Quai)
Suffit d’être zen, la preuve : un peu plus loin dans l’album le fermier finira par accepter ses nouveaux voisins chevelus et mal rasés :
« Le fermier maintenant dit bonjour…..Bien des gens ont appris à s’aimer et un ami vient de composer sa plus belle chanson d’amour » (Retour d’un ami)
Mais c’est à partir du disque suivant que, tel un sparadrap, l’image d’hippies écolo va leur coller à la peau. Et d’ailleurs leur troisième album « Récolte de rêves » , monument inégalé d’un rêve éveillé, fera des Séguin les icônes québécoises du mouvement flower power.
titre en écoute : Som Séguin
par Crapou
en bonus pour les abonnés et autres visiteurs du blog : « En attendant » (album de transition avant le très beau « Récolte de rêves ») + le 45T de 1972










