1967 — Un dimanche après-midi en noir et blanc sur l'ORTF. Avec sa bienveillance coutumière, Roger Lanzac accueille une jeune Avignonnaise de 19 ans. Pour l'occasion, Béatrice Tekielski a délaissé la boutique de sa maman pour monter à Paris et présenter une chanson qu'elle a écrite toute seule, comme une grande. Soyons honnêtes, la chanson n'est pas un chef-d'œuvre et la demoiselle semble un peu empruntée. Néanmoins, par son interprétation, elle fait preuve d'une réelle aisance, voire d'un brin d'insolence — de cette insolence dont disposent les êtres qui croient inexorablement en leur étoile.
1978 — Le temps a passé. La gamine mal fagotée s'est muée en diva du rock. Crinière de feu, regard azur cerné de brume, lèvres cerise, le petit bout de femme s'époumone et fait miauler sa Stratocaster sur les scènes d'une France déconcertée. Dorénavant, elle est Mama Béa. Elle est sur scène pour défendre POUR UN BÉBÉ ROBOT, son déjà quatrième album, auréolé du prix de l'académie Charles Cros et sacré meilleur disque étranger en Italie. Blues et rock chevillés à l'âme, elle ne chante plus, elle rugit. Elle crache ses souvenirs pleins de cicatrices et sa vision désenchantée d'un avenir incertain.
Les mots claquent, les décibels pleuvent, la colère dégouline en poésie majeure. Des références s'imposent : Brel, Barbara, Joplin et surtout Léo Ferré dont elle emprunte la rhétorique enfiévrée.
Mûrie au cœur des années 70, comme Higelin, Lavilliers, Manset, Sanson, Thiéfaine, Jonasz, la jolie Provençale n'est jamais parvenue à se hisser au panthéon de la chanson française. Pire encore, pour de sombres raisons mercantiles, une grande majorité de sa discographie n'a jamais été rééditée au format numérique. Je vous le dis franchement : faudrait rallumer la lumière dans ce foutu compartiment !
Titre en écoute : Faire éclater cette ville
Mama Béa Tekielski - L'idiot du village (1967)
Mama Béa Tekielski - Faire éclater cette ville (1978)
KEITH MICHARDS







