Nombreux sont les groupes qui brûlent d'envie de monter sur scène (quitte à peaufiner leur répertoire ensuite) mais peu nombreux sont ceux qui adoptent la démarche inverse.
Les futurs Major Kyo appartiennent à cette deuxième catégorie puisqu'ils vont faire leurs gammes pendant plusieurs années (d'abord à 5 puis à 4) avant d'apparaître en pleine lumière.
On trouve donc : Bilou (chant-clavier) + les frères Béteille : Michel (guitare) et Pierre (basse) + Gillan (batterie jusqu'en 1983).
Ces jeunes étudiants jouent et composent dans leur coin quand ils décident que 1981 ne sera pas marquée uniquement par un changement au sommet de l'État mais par la création de leur groupe, Major Kyo.
Un premier aparté s'impose quant à ce nom énigmatique qui a fait couler beaucoup d'encre et de salive dans les rédactions toulousaines à l'époque.
Il y a deux niveaux de lecture. Le premier, Major Kyo, fait référence à ces soldats japonais qui, isolés sur de petites îles du Pacifique et n'ayant pas appris que la guerre était terminée (ou ne voulant pas se rendre par fidélité au code militaire du Bushido) ont continué à se cacher pendant des années (le dernier se rend en 1974).
Le deuxième en isolant les deux termes :
. Major en hommage au Major Tom du titre "space oddity" de David Bowie
. Kyo pour un des personnages principaux du livre "la condition humaine" écrit par André Malraux, Kyo Gisors le révolutionnaire communiste.
Leurs influences sont très variées. On y retrouve, subtilement entremêlés : Beach Boys, Kinks, Buzzcocks, Slits, XTC, Stranglers, Madness, Echo and the Bunnymen, Siouxsie and the Banshees, Killing Joke, Japan, Elvis Costello, Lene Lovich.
Cela dit le Major Kyo première époque ne fait jamais de reprises, ils ont mis au point un répertoire suffisamment étoffé pour se dispenser de cet exercice. Pendant ces années de travail en commun ils ont beaucoup composé, Bilou amenant les idées qu'ils retravaillent tous ensemble.
Courant 1981 ils officialisent donc l'existence du groupe par deux concerts en compagnie des Alliés avec qui ils ont des affinités. Par la suite ils jouent essentiellement sur Toulouse.
Ces jeunes gens pressés décident aussi de passer à l'étape suivante en cochant, dans la foulée, la case vinyle. En décembre 1981 sort un 45T autoproduit ("je me soigne seul" / "major Kyo") enregistré au studio Polygone à Toulouse.
Autant le choix du titre pour la face A s'impose d'emblée aux membres du groupe (c'est celui qui ouvre chacun de leurs concerts avec sa grosse rythmique) autant c'est la face B qui trouve grâce auprès des (toutes récentes) radios locales de la ville rose qui le diffusent souvent durant le printemps 1982.
En 1983 suite au départ de Gillan, le batteur qui rejoint Procédé Fulbert (autre groupe toulousain) , ils décident de continuer à trois avec une boîte à rythmes.
La même année on les retrouve dans cette nouvelle configuration et avec trois titres de cold wave âpre et angoissée ("il s'appelle Charles" / "l'ombre d'un doute" / "les yeux peints en rouge") aux côtés de Perspective Nevski, des Fils de Joie et des Inconnus sur la compilation "Ephémère volume un" sortie par la radio locale FMR.
Deux titres d'un concert à la Halle aux Grains de Toulouse le 13/05/1983 ("tuez les clones" / "where have all the good times gone") figurent sur la compilation K7 "ultraviolette 01" sortie en 1984 par FMR. Ils sont le chant du cygne du groupe qui se sépare à peu près au même moment.
Bilou reprend le flambeau quelques temps préférant dégrader le major au rang de simple Seconde Classe Kyo avant d'entamer la double aventure Bla Bla Schmurz (le groupe et le label) tandis que les trois autres arrêtent la musique.
par jeremy braGxon
En écoute : Major Kyo










