Après avoir clamé en 1976 « Moi je suis un folkeux... » puis constaté amèrement que « Tout folkant » (tout fout l’camp), le groupe Machin nous livra ses derniers « Râles folk » en 1978.
Avant d’évoquer ces « râles folk » je vous livre quelques anecdotes et infos glanées notamment sur le site du groupe (que je vous invite à consulter : ici
En janvier 1970, Tony Carbonare, Hubert Thiéfaine, Claude Mairet et Mick Piellard décident de former un groupe nommé « 4 fous dans une latrine » qui splittera au terme de 2 répétitions.
En août de la même année Tony Carbonare fonde le groupe Iris avec son frère Alain Carbonare, Gérard Cappagli et Gilbert Henry. L’expérience Iris s’arrêtera en 1973 après un LP et deux 45T.
En 1975 Tony Carbonare (basse), Alain Carbonare (claviers) et Jean-Pierre Robert (guitare) forment le groupe Machin.
L’année suivante, Gilles Kusmeruck (claviers, violon) et Jean-Paul Simonin (batterie) rejoignent le groupe qu’Alain Carbonare quittera après l’enregistrement de « Moi je suis un folkeux... ». Leur copain Angel Carriqui est déjà l’auteur de la plupart des textes. Toujours en 1976, parallèlement à Machin, les musiciens commencent à accompagner Thiéfaine sur scène.
Leur deuxième album « Tout folkant » sort fin 1977, au moment de l’enregistrement de « Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir » (premier album de Thiéfaine qui sortira en janvier 1978).
L'année 1978 sera partagée entre les concerts de Machin et ceux de Thiéfaine. Et en octobre, avant l’enregistrement (avec Claude Mairet) du deuxième LP de Thiéfaine « Autorisation de délirer », ce sera la publication de leur troisième album « Râles folk » .
Le moment est venu de préciser que Machin est avant tout un groupe de scène qui ne s’interdit rien et qui va se voir attribuer toutes sortes d’étiquettes. Pêle-mêle nous aurons : folk-rock, folk électrique, folk parodique, progressive-folk, hard-folk, folk contemporain et même folk-punk (faut dire qu’une épingle à linge sur le nez c’est moins douloureux qu’une épingle nourrice à travers la cloison nasale).
Machin, c’est quatre musiciens hors-pairs, quatre multi-instrumentistes jouant également d’une multitude d’instruments (accordéon, psaltérion, mandoline, guimbarde, dulcimer, trompette, ukulele, bombarde, saxo, clavecin, flûte irlandaise…).Et comme tout le monde est de bonne humeur, tout le monde chante. Et quand c’est à l’unisson, les harmonies vocales sont très belles.
Machin c’est aussi deux complices incontournables : Angel Carriqui (auteur malicieux) et Jean-Albert Gaertner (sonorisateur et roadie).
Avec l’album « Râles folk » les membres de Machin continuent de se distinguer du folk traditionnel qu’il soit électrifié (Malicorne) ou pas (La Bamboche, Mélusine). Faut dire aussi que leurs textes déconcertants et marrants ne sont pas franchement nostalgiques d’un passé révolu.
Sans négliger l’apport de notre patrimoine culturel, les musiciens de Machin se le réapproprient et lui tordent le cou pour nous proposer, sur un fond de dérision, de la sacrée bonne musique.
Ça commence avec « Si j’étais moins phallocrate », un irrésistible rock sixties auquel un accordéon et un violon donnent une petite touche folk.
S’en suit une désopilante ballade qui se passe de commentaire, tout est dans le titre : « Pour quelques centimètres de plus » !
Au son d’une flûte et d’un clavecin, plongée ironique dans l’écologie baba-cool des années 70 et son retour à la terre avec « Ma cabane à la cambrousse » où « ...je vais m’étendre / sur l’herbe tendre / en écoutant d’un œil distrait / l’odeur si forte des forêts /... ».
Après le cui-cui des oiseaux, l’instrumental « Riez du coup » débute avec un clavecin vite rejoint par une flopée d’instruments dont synthé et trompette qui vont nous emmener au fil de brefs tableaux vers un final où plane l’ombre de Catharsis. C’est le moment de préciser que les deux groupes dépendaient du même producteur (Hervé Bergerat) et de la même maison d’édition (Masq).
« Le réel des trois vagues » est le traditionnel de l’étape avec un violon omniprésent qui finira par accepter le compagnonnage d’une guitare électrique.C’est un peu comme si nous partions avec nos sabots du fin fond de nos provinces pour atterrir quelque part en Louisiane.
Il est dit dans la « Lettre au pape » que « malgré les adeptes du latin, les curetons s’américanisent », je ne sais si c’est exact mais toujours est-il qu’après un chant vaguement médiéval on se retrouve emporté par une envolée rock progressive des plus réjouissantes.
« Synfolknie », instrumental de six minutes, est une véritable symphonie oscillant entre folk et rock progressif. Suite d’une grande complexité et d’une grande richesse aux multiples développements. Bref, la pièce maîtresse de cet album.
Si « Ma douce amie Margot » semble démarrer comme une belle chanson traditionnelle venue du fond des âges avec « Margot, ma douce amie, s’est endormie / Regardez comme elle dort / le soir tombe des nues et la voit nue / sous ses longs cheveux d’or», il s’avère en fait que «si elle est costaude / c’est parce qu’elle fait du sport... ».Ça y est, la messe est dite : Angel Carriqui, le parolier de Machin, a encore frappé...pour notre plus grand plaisir, d’autant plus qu’« elle a, de bas en haut, tout ce qu’il faut / et d’avantage encore... ».
L’album se clôt avec « Pénitences interdites », outro (hommage) à « House of the rising sun ».
Et ensuite ?
Après « Râles folk », bien qu’un 4ème disque soit en route, le groupe décidera de s’arrêter pour accompagner exclusivement Thiéfaine.
Il y aura l’enregistrement de « De l’amour de l’art ou du cochon » (1980) et « Dernières balises (avant mutation) » (1981).
Puis ce sera « Soleil cherche futur » (1982) et le live « En concert » (1983) mais sans Jean-Pierre Robert (deux albums solo en 83 et 84).
Gilles Kusmeruck et Jean-Paul Simonin quitteront ensuite l’équipe de Thiéfaine tandis que Tony Carbonare restera à ses côtés en tant que réalisateur, manager et parfois co-arrangeur jusqu’en 1999.
En 1998, à la demande de Thiéfaine fêtant ses 50 ans, à Bercy, le groupe se reconstituera et interprétera « La cancoillotte ». Cette reprise de contact aboutira à une résurrection de Machin. S’en suivra en 2003 la sortie en CD d’une compilation (avec en pochette leur fameuse épingle à linge mais cette fois complètement moisie-pourrie-rouillée).
En 2005, après une série de concerts, ce sera la publication d’un live « Le très véritable groupe Machin en concert » comportant 6 inédits et une réactualisation de certains titres du temps jadis...
Ces deux CD sont toujours en vente sur le site d’Angel Carriqui : c’est ici
Pour finir, en guise de flash-back, une archive de 30 minutes disponible sur YT avec Thiéfaine, Machin et Claude Mairet (1981).
titre en écoute : « Si j’étais moins phallocrate »
par Crapou










