Aller au contenu
Francerock70 — Le blog du rock français
Chroniques

Louis Chedid

francerock7026 novembre 2024

Alors qu’il est monteur pour les Actualités Pathé, Louis Chedid fait écouter à un collègue de travail les maquettes qu’il s’amuse à réaliser avec son magnéto Revox deux pistes. Su…

Louis Chedid

Alors qu’il est monteur pour les Actualités Pathé, Louis Chedid fait écouter à un collègue de travail les maquettes qu’il s’amuse à réaliser avec son magnéto Revox deux pistes. Surpris par la qualité de ce qu’il entend, celui-ci propose de faire écouter ces maquettes à un directeur artistique de Barclay qu'il connaît bien : François Bernheim.


C’est ainsi que Louis Chedid, qui n’a pas encore jamais démarché la moindre maison de disque, rencontre ce jeune directeur artistique de chez Barclay qui vient de cartonner pour avoir produit Esther Galil et les Poppys.


Séduit par le talent d’écriture et de mélodiste de Louis Chedid, par ses maquettes déjà très élaborées et inventives et par le son d’une voix pas franchement dans l’air du temps, François Bernheim propose à cet artiste en puissance plutôt hors norme (ce qui n’est pas pour lui déplaire) de faire un album.


Ne le voyant pas travailler avec un arrangeur mais l’imaginant plutôt discuter musique avec des musiciens, François Bernheim fait appel aux membres du groupe Ophiucus (artistes Barclay à l’époque). Il s’agit de Michel Bonnecarrère, Jean-Pierre Pouret et Alain Labacci (seul manque à l’appel Bernard Labacci pour qu’Ophiucus soit au complet).

2_chedid_le_groupe

Bernheim a été bien inspiré de provoquer cette rencontre car effectivement l’association entre le guitariste auteur-compositeur et les membres d’Ophiucus fonctionne à merveille. Les musiciens d’Ophiucus ne sont pas de simples accompagnateurs, ils prennent en main la réalisation de l’album conjointement avec son auteur. Il en résulte un album de groupe qui sonne comme un nouvel album d’Ophiucus.


Voyons ce que dira plus tard Louis Chedid de ces deux semaines d’enregistrement : « J'ai eu la chance de tomber à la fois sur des types inspirés et ouverts... Moi qui suis autodidacte, je voyais mes maquettes de chansons interprétées par d'autres personnes qui leur amenaient leur talent et leur savoir-faire, et tout d'un coup, ma musique se trouvait portée au plus haut, revue et corrigée... Pour préparer l'album, on est parti répéter dans une maison de campagne à St-Chéron, et après, on est allé l'enregistrer au studios Condorcet de Toulouse. ça a été une période extraordinaire pour moi ».

3_chedid_visuels_LP

4_chedid_credits


« Balbutiements » paru dans l’indifférence générale en 1973 est en effet le 2ème OVNI musical de la constellation Ophiucus. C’est tout simplement la digne suite de l’album d’Ophiucus paru l’année précédente et le prédécesseur de leur album suivant, « Salade chinoise », qui paraîtra également en 1973.


Bien sûr, au contraire de l’album de 1972, tous les titres (paroles et musique) sont du même auteur et tous les titres ont le même leading-vocal, il n’en demeure pas moins que nous nous retrouvons devant ce que nous pourrions qualifier de ‘variante temporaire de line-up’ avec un Louis qui remplace le Bernard le temps d’un album.


Dès le premier titre « Texatan » (en écoute en fin de chronique) avec son intro acoustique suivie d’une succession d’harmonies vocales interstellaires, le ton est donné : les gars d’Ophiucus sont à la manœuvre !


Et tout au long de l’album nous allons retrouver cette pop music que nous aimons tant et que Francis Grosse et Bernard Guefier décrivaient ainsi dans leur Discographie du Rock Français :« Cette musique élégante, ensoleillée, principalement acoustique, fine et douce est basée sur de superbes harmonies vocales exquises, polies, des compositions très élaborées et des arrangements raffinés. La musique d'OPHIUCUS évoque ALICE, avec la même perfection instrumentale, la richesse mélodique et la subtilité et ILOUS et DECUYPER avec l'originalité et la sophistication des parties vocales. »

5_chedid_45T

Au fait que nous propose Louis Chedid  ? Un onirique « concert sur gazon » / une berceuse pour sa petite « Emilie » / un instrumental pour « Marianne » l’épouse aimée à qui s’adresse également « Pé pé pé » / le défilé désenchanté d’une vie avec « Sabots-magot » / un petit délire avec « Moi et mon Boeing » / une sautillante chinoiserie aux allures de comptine racontant « L’histoire d’un grain de riz » / la foi dans l’avenir avec « Les histoires les meilleures » / un séjour bucolique à « Saint Chéron » où la voix et le phrasé de Louis Chédid s’avèrent étonnamment très proches d’un Richard Gilly époque ‘Les froides saisons’.
Cet album tranquille se clôt avec « Enchanté », un petit bijou tarabiscoté de 6 minutes où se succèdent différents tableaux nous entraînant dans un voyage direction les étoiles de …..la constellation Ophiucus… Malheureusement l’atterrissage est plutôt brutal avec un final coupé au hachoir (il en est de même pour le titre « Sabots-magot »), c’est étrange.

« Contrairement à beaucoup d'artistes, j'aime beaucoup être en studio, m'intéresser aux machines, aux synthés... » dira plus tard un Louis Chédid qui aura été à bonne école avec les musiciens d’Ophiucus qui lui avaient permis d’aborder sa carrière avec une musique à l'orée d’un folk-psyché et de la chanson française.


6_chedid_ophiucus

Et ensuite ?


Après avoir poussé ses premiers babils sur cet opus à l’étrange pochette évoquant une naissance avec une biche allaitant son faon, Louis Chedid enregistrera encore quatre LP où interviendront Michel Bonnecarrère et Jean-Pierre Pouret (ce dernier l’accompagnant également sur scène pour ses premiers concerts en 1976).


En guise de cadeau de Noël, aujourd’hui vous avez droit, non pas à un, mais à deux fichiers zippés :

 

titre en écoute : « Texatan »

par Crapou

Plus dans la même veine