Bien que sur la toile , on ne l’évoque que pour ses toiles, Jean-Paul Loppo Martinez est un artiste protéiforme qui mérite malgré tout une petite chronique sur Francerock70.
En tentant de reconstituer son parcours, je me suis retrouvé devant un véritable inventaire à la Prévert d’expressions artistiques : maître graveur, peintre, marchand d’art, designer (mode, mobilier), livres pour enfant, livres d’art, musicien, chanteur, directeur artistique, producteur, scénariste, coaching d’acteur pour la télévision et le cinéma, etc...
Petite bio de ce personnage exilé aux Etats-Unis depuis de très nombreuses années : ici
En 2015, sur son FB, Loppo Martinez écrivait qu’il était honoré qu’un de ses tableaux soit accroché dans la Maison Blanche (il y est peut-être encore….à moins que Donald Trump ne l’ait décroché pour le remplacer par un poster de Stormy Daniels…).
Après cette petit intro, il est peut-être temps de se pencher sur la facette du personnage susceptible d’intéresser les visiteurs de Francerock70.
Tout d’abord il faut commencer par jeter un petit coup d’oeil sur le précieux blog de Jean-Luc Doucet, France Heavy Rock (ici) pour apprendre que Loppo Martinez était le chanteur et bassiste du groupe Babylone (1971-1973), groupe qui n’a malheureusement pas enregistré de disque.
Après la publication deux 45T sous le nom de Loppo chez Polydor, la suite des aventures musicales de l’ancien chanteur de Babylone nous emmène dans ma modeste discothèque où repose verticalement depuis bien longtemps le 33 tours ci-dessous :
Epaulé par une solide équipe où se croisent Jean Roussel (clavier de Cat Stevens), Michael Giles (1er batteur du King Crimson), Pascal Orroyo (The Fremont’s Group, Nemo, Lavilliers,…) et trois membres du groupe de jazz Chute Libre, Loppo Martinez (chant, guitares, paroles et musiques) nous propose dix chansons probablement autobiographiques.
En tout cas une chose est sûre, pas franchement rigolard le gars ! Il semble plutôt avoir des comptes à régler avec son passé. Disons-le d’emblée, la voix chaude de Loppo Martinez et la richesse de ses arrangements masquent au premier abord le désenchantement, la rancoeur, la noirceur de son propos.
Pour peu qu’on se penche sur les paroles, on se rend compte qu’on a affaire à un breton pas franchement nostalgique de son enfance : « ...Souvenirs perdus d’une enfance à demi nue / Souvenirs de grisaille ou bien des temps de pluie / Souvenirs perdus d’une enfance au creux des rues / Souvenirs de Bretagne d’un parfum de rocaille / Souvenirs d’ennui…. » (Souvenirs d’ennui).
« ...On se savait mal aimé / Parfois on aurait aimé pleurer pour un baiser / A force de se refermer / On finit par être grand, même à dix ans... » (Mariana).
La musique fait parfois des miracles … à rendre belles des confidences particulièrement flippantes : « ...Mais je préfère vous prévenir / Que bien qu’elle ait perdu le rire et la raison / Et qu’elle ne parle qu’aux papillons / Elle n’a pas oublié vos noms / Si vous passez un soir d’hiver / On vous attend... » (Si vous passez).
Rien d’étonnant à ce que les premières notes de « Grand Maman » vous évoquent Cat Stevens ...avec un Jean Roussel au piano. Cette complainte d’un petit-fils à sa grand-mère n’est pas franchement gaie, elle est tout simplement émouvante : « ...Je te sais résignée / Tu attends depuis longtemps ce jour de pluie / Où couchée dans ton grand lit / Tu iras au paradis des grands mamans, des grands mamans... ».
Peu de chance me direz-vous que le gars nous chante« Y’a d’la joie bonjour bonjour les hirondelles... », vous avez raison. Mais il reste l’Amour avec un grand A).
Ouais, mais apparemment ça ne marche pas à tous les coups : «
Arrêtons-nous un peu de parler d’amour / Ça ne sert à rien de se faire tant de discours ... » (A force de…).
« ...Tu voudrais m’embrasser seulement tu ne peux pas / Je ne suis pas rentré et ça te donne froid... » (Aurais-tu froid ?)
« ...Si tu veux changer d’air / Tu sais ce qu’il faut faire pour respirer / Moi je ne te retiens pas... » (Samba café).
Et quand ça n’veut pas, ça n’veut pas : « ...Mais la mariée n’est pas venue / … / Ce soir je n’me sens plus très bien / Y’a des odeurs de lapin... » (Mélo-Rétro). Petit aparté : avec la taxe Lapin qui s’annonce, on va encore se faire avoir !
En conclusion l’album se termine philosophiquement par« ...C’est pas facile dans les cafés de trouver une chouette poupée / C’est pas facile / C’est pas facile de trouver une chouette poupée qui veut pas se marier / Ça devient de plus en plus difficile de se meubler côté poupée... » (C’est pas facile).
Et alors ?
Rien, le vide, le néant, le trou noir ! Je n’ai aucune info sur l’accueil que reçut ce disque ainsi que les deux LP qui suivirent.
Mais encore ?
Loppo Martinez a également publié quelques 45T : ici
Il y a quelques années le blog « Les Chansons Perdues » de TonTonMusiK présentait le 45T issu de cet LP : ici
Étonnante prémonition ? Loppo Martinez, qui vit actuellement à Las Vegas, chantait en 1978 bien avant son départ pour les Etats-Unis « ...Et moi je suis là / A côté des machines à sous / Et moi je suis là / Et le Jack-Pot me crache ses sous » (Portamerica) ?
Titre en écoute : « Grand maman »
par Crapou






