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Francerock70 — Le blog du rock français
Chroniques

Les Brigades du tigre volume 1 (les Ablettes)

francerock7022 avril 2023

REFLEXES – 1983-1986 Régulièrement, je présenterai ici les 45 tours sortis sur le label Reflexes, si possible en respectant l’ordre chronologique. Je commence par la reprise de «…

Les Brigades du tigre volume 1 (les Ablettes)

REFLEXES – 1983-1986

Régulièrement, je présenterai ici les 45 tours sortis sur le label Reflexes, si possible en respectant l’ordre chronologique. Je commence par la reprise de « Tu verras » des Ablettes, parue à l’automne 1983, qui passa pas mal en radio et permit au public et aux médias de découvrir le label.

L’aventure Reflexes est courte, le temps d’un contrat discographique, à savoir trois ans. Nous sommes en 1983, François Mitterrand a été élu deux ans plus tôt et la société française semble se tourner vers l’avenir.

La scène rock est hyper créative, on peut parler d’un âge d’or, les radios libres se multiplient dans une joyeuse anarchie, la pub n’est pas encore autorisée à l’antenne et ceux qui montent des radios sont avant tout des passionnés de musique, chaque région possède ses fanzines et ses labels, et puis il y a le mensuel de Jean-François Bizot, Actuel, qui accompagne, et souvent précède, le mouvement.

Avant de lancer Reflexes, Patrice Fabien a longtemps été le « Monsieur rock français » de CBS, signant et produisant Shakin’ Street, Edith Nylon, Les Blessed Virgins, Patrick Eudeline, et je dois en oublier... Patrice est avant tout sensible aux voix et aux compos accrocheuses, le point commun des artistes qui l’intéressent est leur potentiel radiophonique et, si possible, tubesque. Mais CBS préféra miser sur Trust et le hard rock et remercia Fabien, un choix qui, commercialement, s’avéra payant.

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Fabien va utiliser ses indemnités de licenciement pour créer Reflexes avec Thierry Bisch, Franck Pinon et Thomas Buisson. La mascotte du label est un tigre noir en porcelaine qui trônera longtemps dans les locaux, jusqu’à ce que quelqu’un le renverse par inadvertance j’imagine. Le tigre est d’ailleurs présent en filigrane au recto des pochettes, toutes griffes dehors et rugissant, prêt à dévorer le vieux showbiz et ses traditions moisies.

2_label_reflexes

Si Patrice est celui qui connaît le mieux les rouages de l’industrie musicale et des médias, Thierry est un peu l’idéologue du label, auteur de slogans dévastateurs tel que « Halte aux momies, halte aux déguisés ! » Momies et déguisés étant les Sheila-Sardou-Mathieu et autres représentants de la variété glauque que télés et radios périphériques s’obstinent à diffuser. Souvent ces artistes qu’on entend dès qu’on allume un transistor ne vendent plus rien.

Franck tiendra le rôle du comptable, jusque-là, il était responsable du fan-club de Julio Iglesias. C’est un personnage cultivé, plein d’humour et de tact. Il ne se sépare jamais d’une pipe dont le foyer contient toujours un respectable morceau de shit qu’il fume pur. Un esthète !

Le quatrième larron, Thomas, est le plus jeune de l’équipe. Il doit avoir dix-huit ou dix-neuf ans. Il fait office de tête chercheuse. Pour un label qui mise d’abord sur le 45 tours, c’est un atout de compter dans son équipe un directeur artistique qui a l’âge du public qui achète des singles.

Le côté « image » repose sur deux personnes : Françoise Jahan, la compagne de Patrice, qui est une photographe de talent et qui réalisera la plupart des photos de presse des artistes, et Isabelle Sig, qui définira l’esthétique des pochettes, utilisant généreusement l’aérographe et les couleurs fluos.

Tout ce petit monde participe également à la promo en utilisant son carnet d’adresses. Des relations privilégiées se créent entre le label et Europe 1, Actuel, Best et, bientôt, Canal+ qui naîtra en 1984.

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J’ajouterai que Reflexes a aussi un côté familial. Je me souviens d’un après-midi passé au 52 rue Crozatier, siège du label, quand Françoise et Isabelle me firent remarquer que j’avais besoin d’une coupe de cheveux. Cinq minutes plus tard, munie de la paire de ciseaux qui servait à découper les articles de presse, Isabelle me coupait les cheveux.

Quand les groupes de province sont de passage à Paris, le salon de l’appartement de Patrice, rue de Charonne, devient un immense dortoir rock’n’roll. Le sol est recouvert de matelas et de sacs de couchage, on échange nos Marlboro et on s’endort en écoutant Dylan.

Bien entendu, les locaux du label baignent en permanence dans un nuage de pétards. Côté rafraichissement, Patrice nous a tous convertis au Glenfiddish. Le fumet de cannabis qui parfume régulièrement le hall ne semble pas déranger outre mesure l’antenne de Police, un étage plus bas. En tout cas, ils ne nous ont jamais rendu visite.

Les finances d’un jeune label sont fragiles, aussi, pour économiser sur le coût des productions, Patrice va proposer au Studio Garage, dans le 20e arrondissement, de fonctionner en coproduction. Dans ce cas de figure, les séances d’enregistrement ne sont pas facturées et le studio touche un pourcentage sur les ventes. Ce qui n’est pas forcément rentable pour le studio, il faut bien le reconnaître.

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Fabien avait prévu de lancer une première salve de cinq singles à l’automne 1983. Quatre groupes étaient déjà signés, Les Ablettes, de Fumel, Gynette Exotol, de Pau, Drucila, de Caen, et Tina et les Ferlanes, de la banlieue sud. Yanick, le bassiste des Désaxés, avait lu quelque part que Patrice montait un label et enregistrait au Studio Garage. Il est donc allé lui remettre notre cassette demo et, une semaine plus tard, nous rejoignions ce catalogue naissant et Reflexes pouvait lancer sa première vague de singles.

Pour dire la vérité, le seul disque de cette série qui ait vraiment cartonné fut celui des Ablettes, grâce à leur reprise vitaminée de « Tu verras », du grand Claude Nougaro. Mais après ce succès d’estime, les Ablettes se sentirent à l’étroit sur le label et le quittèrent rapidement, pour ne refaire surface que quelques années plus tard, chez Polydor, avant de disparaître à nouveau.

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J’ai eu peu de contact avec eux, d’abord à cause de la distance, mais aussi parce que cette distance n’était pas que géographique. Nous avions fait un concert commun au Palais d’Hiver de Lyon et ils n’étaient pas très communicatifs, ni très funs pour tout dire. Mais c’était le cas de pas mal de groupes, une sorte de « rock’n’roll attitude », j’imagine... N’empêche, leur single était réussi et c’était sans conteste le plus commercial de cette première série, aussi le label misa-t-il sur eux en promo.

On put notamment les voir dans une émission que présentait Michel Denisot le dimanche après-midi sur TF1. Grâce à son passage chez CBS, Fabien avait ses entrées sur les trois chaînes de télé de l’époque, ce qui était un atout énorme pour un jeune label indépendant.


Pierre Mikaïloff

Titre en écoute : « Tu verras »

LE CONCERT A TOULOUSE

 

 

 

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