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Francerock70 — Le blog du rock français
interview

LAZULI

francerock7030 janvier 2021

Juste un mot avant de vous laissez profiter de cette très belle et longue interview du chanteur guitariste de " LAZULI " dominique léonetti, pour remercier vivement laurent bendah…

LAZULI


Juste un mot avant de vous laissez profiter de cette très belle et longue interview du chanteur guitariste de " LAZULI " dominique léonetti, pour remercier vivement laurent bendahan pour le gros travail effectué, il nous fera l'amitié de revenir de temps en temps sur le blog pour poster une chronique inédite.

Remerciements également à dominique Léonetti (et au groupe LAZULI) pour avoir bien voulu consacré un peu de temps à FRANCEROCK70.

Les photos ont été généreusement fournies par le groupe "LAZULI".


Difficile de choisir un titre car leur dernier album est une merveille, mais j'ai une préférence pour "baume" extrait de l'album " le fantastique envol de dieter böhm ", je vous l'ai mis en écoute.


Un morceau sublime, tout en délicatesse provoquant en moi toujours autant de réactions étonnantes, frissons et poils qui se hérissent, je ne maitrise plus rien, juste la sensation de planer dans l'immensité de l'éther !


Un titre apaisant, bienfaisant pour l'âme dans cette période si compliquée.

Du baume au coeur pour tout le monde !

Bravo et merci LAZULI ça fait énormément de bien !

Si vous aimez, vous trouverez tous les albums de lazuli "ICI"


Trêve de bavardage je vous laisse en compagnie de laurent et dominique pour une conversation sincère et passionnnante ou le passé (éclats), présent, avenir (LAZULI). s'entremêlent constamment.

Vous allez mieux connaître Dominique léonetti, un musicien accompli qui porte un regard lucide sur le milieu du show biz, un homme qui est toujours resté droit, attaché à ses convictions.

Une belle personne comme on dit, respirant la simplicité, le genre de bonhomme que l'on affectionne ici à FRANCEROCK70.


Musicamicalement


PAT


Rédac' Chef FR70


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LAZULI

Face Au Temps Qui Passe…

Entretien avec Dominique Léonetti (Chant/Guitare) par Laurent Bendahan

Lazuli a sorti l’an dernier un nouveau concept nommé Le Fantastique Envol de Dieter Böhm. Crise sanitaire oblige, le groupe n’a pu partir en tournée et en assurer correctement la promotion. En attendant des jours meilleurs, nous nous sommes entretenus avec Dominique Léonetti qui dévoile la genèse dudit album ainsi que la préparation d’un nouveau disque entièrement acoustique. L’interview fût aussi l’occasion de revenir sur ses débuts avec le groupe Eclats, une partie de sa vie qu’il avait jusqu’à présent refusé d’aborder. Place au chanteur à la voix d’or, qui s’est livré ici sans retenue, un véritable cadeau pour nous passionnés et nostalgiques, de la part d’un homme qui habituellement prend soin d’avancer sans se retourner…

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Lazuli a connu récemment un changement majeur, votre guitariste de longue date, Gédéric Byar, étant parti. Quel a été ton ressenti face à cet événement ?


Je l’ai mal vécu. Cela a été d’autant plus douloureux que tout allait bien. Si encore nous étions entrés en conflit, j’aurais compris la situation. Nous ne nous sommes jamais disputés. Humainement, c’est un gars en or, à tel point que Claude et moi le considérons comme notre troisième frangin. Disons que ses contraintes familiales l’ont obligé à faire un choix. La période du COVID l’a beaucoup fait réfléchir. Nous ne nous sommes pas vus durant le premier confinement. C’est durant cette période que le doute s’est installé en lui. Avec le recul, nous avons également remarqué qu’il avait de plus en plus d’appréhension avant de monter sur scène. Sur des gros festivals allemands où nous savions que nous étions attendus, Ged avait du mal à supporter la pression. C’est comme s’il avait peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas pouvoir répondre aux attentes du public, ce qui à mes yeux était injustifié car il est plus que compétant. Franchement je ne m’attendais pas à une décision si radicale. Je nous imaginais plutôt arrêter la musique ensemble parce-que nous serions trop vieux…

Et que dire de son remplaçant Arnaud Beyney ?


Il est humainement et musicalement extraordinaire. Il faut prendre le split comme un mal pour un bien. Au fond il valait mieux laisser Ged partir, conformément à son souhait, plutôt que d’insister et de voir la situation dégénérer. Arnaud est rapidement devenu notre nouvelle âme sœur. Nous n’y croyions plus, un peu comme lorsqu’on perd un amour et qu’on s’imagine ne plus jamais pouvoir aimer. Eh bien oui, tout est possible !

Comment vis-tu la situation sanitaire actuelle ?


La scène me manque énormément. J’espère qu'avec 2021 reviendront nos notes sur les planches. Ce n’est pas très bien parti pour l’instant car nos tournées en Angleterre et en Allemagne de mars et avril sont à nouveau annulées. C’est un véritable crève-cœur. A priori, certains festivals allemands sont maintenus pour l’été 2021 mais nous n’y croyons pas trop. Pour ce qui est de l’Angleterre, rien n’est prévu avant 2022 car le tourneur a déjà reporté trois fois les dates et ne veut pas prendre le risque d’un quatrième report. Certains d’entre nous dépriment vraiment en ce moment. Je parlais dernièrement avec le promoteur d’un fest allemand que nous connaissons bien. Il m’a révélé que si son événement était de nouveau annulé cette année, il n’était pas certain de pouvoir continuer. L’effondrement des structures qui nous accueillent me fait vraiment peur. J’arrive encore à tenir le coup moralement car je me réfugie dans l’écriture. De plus nous sommes en train de réaliser un album parenthèse, entièrement acoustique, dénudé. En bref un album de confinement réunissant 17 titres choisis parmi les 8 premiers albums de Lazuli.

Le dernier disque en date, Le Fantastique Envol De Dieter Böhm, est présenté comme une prise de conscience du pouvoir que peut avoir ta musique sur les gens. Quand as-tu réalisé cet effet pour la première fois ?


Cela a été très progressif. Nous avons remarqué au cours du temps combien notre musique pouvait compter pour certaines personnes. Certes, pas mal de musiques ont eu un réel impact sur ma vie, surtout lors de mon adolescence ; mais l’idée que ma propre musique puisse agir de la même façon a été très difficile à admettre. Il a fallu que je fasse un travail sur moi-même pour y arriver. Une fois l’idée admise, le fait d’écrire sur ce sujet m’est apparu comme une évidence.

Dans le titre « L’Homme Volant », tu dis que Dieter se livre aux accords comme on se défenestre. La comparaison est violente ! C’est comme si la musique s’emparait de notre corps et de notre âme, comme une transe où l’on s’abandonne totalement…


Ce sont effectivement les sensations que la musique me procure. Lorsqu’elle me pénètre, je perds la notion de toutes choses. Il y a quelques années, j’avais écrit cette chanson du nom de « 15h40 » qui résulte d’une écriture automatique. J’étais seul avec ma guitare et une feuille de papier. À un moment j’ai levé les yeux sur ma pendule et il était 15h40. Quatre heures s’étaient écoulées sans que je ne le réalise. J’avais effectivement l’impression que le temps s’était arrêté.

Il y a aussi ce morceau, « Dans Les Mains De Dieter », où tu dis que tes chansons ne sont que des bouteilles à la mer. Tu sembles traduire ici une perte de contrôle de tes compositions une fois qu’elles sont lâchées dans la nature. Est-ce une situation que tu acceptes facilement ?


Oui car j’ai toujours considéré mes chansons comme un SOS, un appel désespéré. Si j’écris, c’est avant tout pour me délester d’un poids. C’est la raison pour laquelle je suis toujours très touché lorsque mes chansons sont accueillies par d’autres personnes comme un bienfait. Le fait que certains s’approprient mes chansons est le plus beau cadeau que l’on puisse me faire.

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Si tu devais donner une suite au concept de Dieter Böhm qui parle du pouvoir de la musique sur ton public, envisagerais-tu de décrire plus en profondeur ce que la musique te procure ?


Je ne pense pas qu’il y ait une suite à donner car pour parler de ce pouvoir sur les autres, je me suis avant tout fondé sur mes propres sensations face à la musique. Au fond, il y a beaucoup de mon être dans le personnage de Dieter, cette partie de moi adolescent qui recueillait les bouteilles des artistes que j’écoutais.

Il est en tout cas certain que la musique constitue un lien fort entre ton frère Claude et toi. Malgré les galères que vous avez rencontrées, vous avez toujours réussi à garder la tête hors de l’eau grâce à elle…


C’est tout à fait vrai ! Je me souviens de l’accident de moto de Claude qui l’a privé de l’usage d’un bras. Il n’avait que dix-sept ans. C’était à l’époque de notre premier groupe, Eclats, que nous avions formé en 1983…

Je m’en souviens… L’accident était survenu en ‘86, ce qui avait stoppé net votre activité…


Tu te souviens mieux que moi de l’année de l’accident qui fait certes partie de ma vie, mais que j’ai occultée plus ou moins consciemment. Cet événement a pourtant conditionné notre existence. Même dans les pires situations, il émerge toujours quelque chose de positif. Si nous n’avions pas traversé cette épreuve, nous n’aurions probablement pas vécus tous les bons moments qui ont suivi, et peut-être que la musique n’aurait pas eu autant d’importance dans nos vies ?

Contre toute attente, vous n’avez pas mis si longtemps à vous remettre en selle puisqu’en 1987, vous éditiez deux chansons sur la compilation Tremplin Sud. Claude était alors passé aux claviers…


Exact ! Mais tu sais, rien n’était gagné. Un an après l’accident, mon frère était loin d’être sorti d’affaire, ayant du mal se tenir debout durant plus de dix minutes.

Pour en revenir à Dieter, qui existe vraiment (étant l’un de vos fans les plus fidèles), n’est-ce pas flippant de voir un gars en transe durant vos concerts, qui vous suit en tournée où que vous alliez ?


Non car il n’est pas le seul (Rires). Nous avons une poignée de fans hardcore capables de faire toutes les dates de tournée dans un même pays. Bon, Dieter est au-dessus du lot car il peut parcourir des milliers de kilomètres rien que pour nous voir. Cela pourrait faire peur mais nous n’avons dans notre public que des personnes bienveillantes. Bien que ces comportements de fans puissent paraitre extrêmes, nous n’y avons jamais entrevu de pathologie. Nous sommes donc complètement en paix par rapport à cela. J’ai pu discuter avec Dieter, qui m’a simplement expliqué qu’à un moment de sa vie, notre musique l’a sauvé car elle lui apporte calme et plénitude. J’ai alors compris que son besoin d’assister au plus grand nombre de concerts possibles était simplement suscité par son besoin de bien-être.

Votre musique vaut toutes les séances de psy du monde…


Oui, d’ailleurs je n’ai jamais été victime de névrose, et je suis persuadé que c’est grâce à la musique.

On peut comprendre Dieter lorsqu’il parle de bien-être car il se dégage de Lazuli (et particulièrement de ce disque) une ambiance zen. Votre musique est très relaxante...


Je n’ai pas le recul nécessaire pour faire une analyse poussée, mais certains articles ont tout comme toi décelé dans l’album une certaine sérénité.

Vous avez une belle notoriété en Allemagne, en Hollande et en Angleterre. On imagine aisément Lazuli pris en charge par un label de prog’ comme Inside Out. Mais vous êtes toujours en autoproduction. Pourquoi ce choix ?


Nous avons rencontré pas mal de maisons de disques qui voulaient nous engager. La plupart du temps, cela n’aboutissait à aucune signature. Les rares fois où nous avons signé un contrat, nous l’avons regretté car nous avons été très mal accompagnés. Nous nous sommes donc naturellement dirigés vers l’autoproduction. Le business a bien changé. Aujourd’hui, il n’est plus possible d’obtenir un contrat correct impliquant une vraie prise en charge. Alors autant faire les choses nous-mêmes. À présent, nous avons du mal à déléguer quoi que ce soit à une personne étrangère au groupe. La voie que nous avons choisie est peut-être plus difficile mais nous sommes en paix avec nous-mêmes. Pour tout te dire, cela fait plusieurs années que l’on sait qu’Inside Out garde les yeux sur nous. Le style de Lazuli correspond parfaitement à sa direction artistique, mais le problème est l’usage du français. Des amis musiciens nous ont en effet affirmé que le label n’attendait qu’une chose, qu’on chante en anglais. Nous sommes acceptés à l’étranger malgré nos textes en français, mais il ne veut quand-même pas de nous. Nous avons rencontré le même problème avec le tourneur de Fish qui avait accepté de nous prendre sous son aile. Il nous aimait vraiment beaucoup mais attendait aussi de notre part un abandon du français au profit de l’anglais. Le fait est que je ne pourrais m’exprimer comme je le veux dans une langue qui n’est pas la mienne. Nous n’avons affaire qu’à des gens qui considèrent nos chansons comme un produit et qui sont persuadés que le passage à l’anglais augmenterait nos ventes. Je ne vois pas la vie ainsi. Si nous cédions, ce serait une erreur.

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.L’état d’esprit qui t’anime est le même depuis tes débuts. Même avec Eclats, tu refusais de suivre les clichés du heavy metal. Tu jouais ta musique à ta façon et n’avais pas peur d’exprimer ta sensibilité…


Oui car agir autrement aurait été comme de la prostitution Je me souviens du temps où je faisais des concours de chant pour gagner quatre ronds et me payer du matériel. En 1988, j’ai participé à un tremplin dont l’un des membres du jury n’était autre que Paul Lederman (Ndlr : Célèbre producteur de Claude François, Michel Polnareff, Coluche, Les Inconnus, entre autres…). Ce dernier m’a convoqué à Paris pour me proposer de travailler avec ses paroliers, ses arrangeurs et ses musiciens. J’étais très étonné car il savait que je pouvais me débrouiller seul, m’ayant justement jugé sur l’une de mes chansons. Je lui ai répondu que j’avais mes propres musiciens et qu’il était hors de question que je joue sans mon frère. Et j’ai ajouté :
« Si je comprends bien, vous ne voulez que ma gueule ! Vous savez, vous ne tirerez pas le meilleur de moi si vous me faites jouer dans ces conditions. Et c’est quoi la prochaine étape ? Me couper les cheveux ? ».
Il cherchait clairement quelqu’un à façonner.

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Tu as bien fait d’agir ainsi car ses contrats ont la réputation d’emprisonner littéralement les artistes…


Oui ! Je n’avais qu’une vingtaine d’années, mais j’ai eu la lucidité et le cran de rejeter sa proposition :
« Écoutez, ça ne me va pas ! ».
Il m’a répondu :
« Hé bien moi non plus ça ne me va pas ! »
Et nous en sommes restés là… Cette expérience a été déterminante pour mon frère et moi puisque depuis ce jour, nous avons décidé de rejeter toute proposition nous forçant à nous compromettre.

Lorsque tu mets ton avenir entre les mains du music business, ce ne sont pas tes chansons qui deviennent des bouteilles à la mer, mais ta propre personne….


(Rires) Oui, et je n’ai aucun regret ! Je reste persuadé que de toute façon, avec ma philosophie, je n’aurais jamais été capable de rentrer dans le moule « Lederman ».

Le premier album de Lazuli sorti en 1999 est « sold out » depuis longtemps. Une réédition en CD est-elle envisageable ?


Pas pour le moment. Nous avons tant les yeux rivés sur l’avenir que ce n’est pas à l’ordre du jour. D’ailleurs ce sont nos quatre premiers albums qui sont « sold out ».

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Tu n’es pas sans savoir que l’on ne trouve pas ces albums sur Discogs à moins de 40 euros…


Hum… Ce n’est pas normal. C’est terrible ! Tu sais, à chaque fois que nous envisageons un repressage, cela coïncide à la venue d’un nouvel album qui monopolise toute notre attention et dans lequel passe tout notre budget. Comme nous sortons nos disques à un rythme soutenu, ce n’est jamais le bon moment. Cela dit, les vieux albums restent disponibles en téléchargement via notre boutique en ligne : https://lazuli-music.com/shop/. Si nous devions donner une seconde vie à nos vieilles chansons, cela se ferait plutôt sous la forme d’un réenregistrement avec la formation actuelle. Nous envisageons sérieusement cette option.

Faisons à présent un bond dans le passé. Quel souvenir gardes-tu de l’année 95 qui a vu la naissance de votre studio l’Abeille Rôde, de la Léode (Ndlr : Un instrument à mi-chemin entre un synthétiseur et une guitare, permettant à Claude d’actionner des sons par simple glisse des doigts sur un manche) et du mini CD Premier Pas Sur Le Soleil sous le nom Léonetti ?


Ce fut une année charnière. Je confirme que la Léode est apparue pour la première fois sur ce disque. C’est à cette période que Claude et moi nous sommes affranchis de tout. La naissance du studio nous a donné une liberté totale. Nous pouvions enfin enregistrer dès que l’envie ou le besoin se présentait. Claude de son côté s’est affranchi de tout ce qu’il ne pouvait plus faire en se concentrant sur ce nouvel instrument qui lui laissait entrevoir un avenir serein en tant que musicien.

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Votre studio est-il ouvert à tous ?


Non, plus maintenant. Nous avons sciemment arrêté d’accueillir d’autres groupes depuis une quinzaine d’années car nous étions sans cesse sur la route et n’arrivions pas à concilier notre vie de groupe et notre activité de studio. Il nous arrive d’ouvrir encore nos portes à des personnes extérieures mais c’est rare. Nous ne le faisons que pour des amis ou des projets où sont impliqués des membres de Lazuli.

Des musiciens ont-ils tenté de commander une Léode à Lag (Ndlr : Le fabricant de guitares qui a aidé Claude à concevoir l’instrument) ?


Non car la Léode appartient à Claude. Si Lag avait dû en fabriquer pour un tiers, Claude devrait forcément donner son approbation. Cela dit il est arrivé que certaines personnes nous fassent la demande en direct. Mais la Léode est très personnelle et sa réalisation à la chaine entrainerait un coût financier exorbitant. Et je ne parle même pas du coût des brevets à déposer dans chaque pays. De toute façon même si nous avions l’argent, il serait impossible de répliquer à l’identique la Léode sur laquelle Claude joue depuis 1995 car elle contient des composants qui ne se font plus. C’est pour cela que nous travaillons actuellement avec des électroniciens pour pallier ce problème. Il s’agit de plus d’un instrument dont les sons sont très durs à maitriser. Elle parait facile à jouer de prime abord, mais je pense que les gens qui en auraient une en leur possession déchanteraient.

Claude n’aurait donc en sa possession qu’une seule Léode opérationnelle… L’instrument est-il déjà tombé en panne en tournée ?


Si mais jusque-là, il a eu une chance inouïe car il a toujours su au dernier moment réaliser les réparations nécessaires. Certains moments ont été stressants mais nous ne déplorons pas de catastrophes à ce jour.

Lorsque vous partez en tournée, vous n’oubliez donc jamais votre boite à outils d’électronicien…


Exactement ! Bon en fait il existe une Léode de secours que Claude a utilisé trois ou quatre fois sur scène. C’est un prototype fabriqué après la Léode de ‘95 dans le but de tester quelques innovations ; mais elle n’est pas super au point.

Te souviens-tu du premier jour où tu as écouté un prototype opérationnel ?


Oui ! La première fois que mon frère a eu l’instrument en main, il savait déjà en jouer. Il en avait tant rêvé que c’était comme s’il le pratiquait depuis toujours ! C’était d’autant plus incroyable que je l’ai essayé. Je t’assure qu’entre mes mains, le résultat ne ressemblait à rien du tout. C’était une catastrophe ! Pourtant je suis guitariste. J’aurais dû m’adapter facilement mais cela n’a pas été le cas.

Le secret doit résider dans la manière de tenir les notes. Claude possède une technique de vibrato unique. Lorsqu’il tient une note, sa main se met à trembler sur place de manière très particulière…
Tu as raison, il a un feeling qui lui est propre et qui est complètement dédié à l’instrument, qui se révèle comme la continuité de son être.

Ce que peu de gens savent, c’est que le seul vrai album d’Eclats est un opéra rock, Addilélo Roi De Dikotome, édité en CD en 1991. Était-ce un pied de nez à Paul Lederman ?


(Rires) Je ne sais pas si c’était un pied de nez, mais ce projet m’a permis de m’émanciper. L’épisode « Lederman » avait provoqué en moi une envie de liberté totale. J’étais à un point de ma vie où je n’avais que faire des tendances du moment. Au début des années 90, les opéras rock étaient tombés en désuétude. L’entreprise paraissait complètement folle mais je n’en avais rien à faire. Si je devais être considéré comme un artiste à contrecourant, il en serait ainsi !

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Comment un musicien tel que toi, ayant toujours évolué en formation rock, a-t-il su gérer une soixantaine de pistes instrumentales ?


Tout s’est fait au feeling. J’avais tous les sons en tête. Il ne me restait plus qu’à les concrétiser. Mais avec le recul, je pense avoir fait preuve d’une réelle inconscience. Si j’avais su mesurer l’ampleur de la tâche, je pense que je ne me serais pas lancé. J’ai agi sans réfléchir. J’ai le chic pour m’impliquer dans des entreprises un peu folles, et une fois que je suis empêtré, mon caractère obsessionnel m’aide à m’en sortir. Techniquement, je n’avais pas les capacités de mener à bien le projet. À l’époque, je savais à peine lire la musique. Mais j’ai su me transcender.

Comme dit le proverbe : « C’est impossible dit celui qui n’a jamais essayé »…


Cette phrase me convient très bien. Si l’on se donne la peine, tout est réalisable. Je tiens cela de mon père qui est un immigré italien dont la vie n’a pas été facile, le genre de personne sachant tout faire de ses mains. À la base il ne sait rien, mais par nécessité, il apprend à faire. Un jour sa bagnole est tombée en panne. Il n’était pas mécanicien mais il l’a réparée. Sa vie n’était faite que d’événements a priori bloquants, mais qu’il a su gérer en partant de rien. Claude et moi avons grandi avec ce modèle.

Comment se fait-il qu’Addilélo n’ait été joué que dans des petits villages comme Saint-Christol-Lez-Alès. Le théâtre de Nîmes n’était-il pas intéressé ?


Non, la ville de Nîmes nous a refusés. Ce n’était pas tout à fait du rock ni de l’opéra. La directrice ne savait pas quoi en faire. Finalement, c’est Saint-Christol qui nous a donné notre chance et personne ne l’a regretté car tous les billets ont été vendus en un éclair. Nous avions même écoulé plus de billets que la limite légale (Sourire).

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Cela a dû être frustrant de ne pas pouvoir porter le projet au niveau national…


C’est ainsi. Nous fonctionnons en structure familiale. C’est notre mère qui nous avait aidé à monter les dossiers de candidature. Elle avait travaillé d’arrache-pied pour nous faire décoller. Mais ce n’était pas une période propice à ce type d’entreprise car c’était l’année où les budgets de la culture avaient été gelés à cause de la guerre du Golfe.

Addilélo marque une nette évolution dans ta manière d’écrire tes textes, beaucoup plus poétiques et imagés…


Tu as vu juste ! Jusqu’à Addilélo, j’étais un adolescent s’inscrivant dans une démarche directe revendicative. Puis j’ai découvert qu’au travers de métaphores, je pouvais m’exprimer plus librement car ce paravent permettait de me dévoiler encore plus en profondeur. Sous couvert de cette histoire, il y a énormément de moi dans le personnage d’Addilélo, à commencer par ses défauts et ses angoisses. Le fait de m’être exprimé à travers lui m’a permis de me livrer pleinement. Si j’avais adopté une approche directe, je me serais sûrement retenu par pudeur. La forme poétique m’a pour ainsi dire débridé en m’incitant à dire et donner encore plus de choses. Cela m’a fait un bien fou.

Addilélo fait évidemment référence au temps qui passe. Tu exprimais déjà ce sujet en 1984 dans le morceau « Bonhomme De Cire » issu du premier 45 tours d’Eclats. Comment se fait-il qu’un jeune homme qui a toute la vie devant lui s’intéresse à ce sujet ?


Je n’avais jamais remarqué que ce type de pensée datait d’aussi loin. Cela doit me préoccuper depuis toujours et je ne saurais dire pourquoi… Ce sujet du temps qui passe est plus que jamais présent dans ma vie car le prochain album en parle. Dès mon plus jeune âge, j’étais hanté par le fait que mes parents allaient un jour disparaitre. C’est peut-être pour cela que j’ai du mal à m’attarder sur le passé. La prise de conscience que notre temps est cher me pousse à vouloir profiter un maximum du présent. Plus je regarde dans le passé et plus je m’aperçois que le temps a passé (Rires !).

Les textes que tu écrivais dans les années 80 témoignent d’une conscience politique précoce. Dans le morceau « La Dernière Baleine » extrait de votre second 45 tours (1985), tu évoques la tuerie d’espèce animales au nom du profit. Que peux-tu dire de cette période ?


Je passais auprès de certaines personnes comme un utopiste, un idéaliste s’amusant à évoquer des problèmes dont tout le monde se fiche. Mes mots d’adolescent faisaient sourire. J’étais même sujet à moqueries. Mais j’exprimais des sujets pertinents, pris aujourd’hui très au sérieux car ils concernent tout le monde, l’état de la planète étant déplorable. Fort heureusement, bon nombre de gens ont pris conscience de la nécessité de respecter la nature. Je ne suis pas certain que cela change les choses, mais cette évolution de la pensée commune reste positive. Il s’est passé le même phénomène avec ma chanson anti-FN, « Fasho ». À l’époque personne ne se souciait de ce parti mais aujourd’hui, la montée en puissance des idées qu’il véhicule est au cœur des préoccupations. Ces sujets me tiennent encore à cœur et je continue de les évoquer au travers de mes textes. Comme je le dis dans « Fasho » :
« J’attends le jour où je ne ferai plus que des chansons d’amour ».
Ce jour n’est pas encore arrivé. Mais bon, je nuancerais mes propos en disant que même sur des sujets graves, je véhicule toujours un message d’amour.

Dans les années 80, tu revendiquais tes influences Iron Maiden et AC/DC, mais aussi l’influence de Cabrel et Balavoine. Que représentent ces chanteurs aujourd’hui ?


Cabrel et Balavoine m’ont construit en tant que musicien. J’ai une tessiture de voix proche de celle de Balavoine. Je me reconnaissais aussi dans sa manière d’aborder les textes. Mais avec le temps, je m’en suis affranchi. La musique de ces deux artistes ne me touche plus vraiment, alors que j’ai gardé une vraie affection pour des groupes comme Maiden et AC/DC, même si cela ne transparait pas dans Lazuli. AC/DC est le premier groupe que j’ai vu sur scène. Lorsque j’entends l’un de ses riffs, je deviens tout fou ! (Sourire)

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Eclats a sorti en 1986 une démo regroupant les titres des deux 45 tours ainsi que six inédits. Peut-on la considérer comme votre premier album, celui que tout le monde attendait ?


En un sens oui, car si nous avions eu l’opportunité d’entrer en studio pour mettre en boite un album, ces titres que nous avions rodé sur scène y figureraient certainement. Finalement, la diffusion s’est faite sous forme de cassette réalisée avec les moyens du bord et vendue lors de nos concerts.

Quand a eu lieu le premier concert d’Eclats ?


C’était en 1983 dans l’enceinte de notre collège à Bouillargues dans le cadre de la fête de fin d’années. Nous n’avions alors à notre actif que quelques mois de répétition.

As-tu maintenu un contact avec les anciens membres d’Eclats ?

Oui mais pas avec tous. Cela fait des années que je n’ai pas croisé notre premier batteur Florian Pétrier. En revanche je revois notre premier bassiste, Georges Martorell, pas forcément dans de bonnes conditions. Parfois, ce sont des drames touchant des amis communs qui nous réunissent. Je ne vois pas notre claviériste Christophe Leporatti tous les jours mais nous sommes toujours en bons termes. Jean-Pierre Laval (Guitare) et Stephan Gaubiac (Batterie) qui ont joué sur Addilélo, sont aussi restés dans mes contacts. Nous avons déjeuné ensemble il y a deux ans. Nous avons vécu de très belles choses, et même si nous ne nous voyons pas souvent, le lien perdure. Cela dit quand nous nous rencontrons, nous parlons rarement de musique. Il s’agit d’amitié avant tout.

VIDEO LAZULI :

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