En voilà un qui n’est pas donné sur Discogs (de 345 € à 642 € l’édition originale de 1970). Coûte bonbon la gourmette ! Autant vous dire que je me satisfais de la copie sur CDR qui traîne depuis fort longtemps sur mes étagères.
Comme vous l’apprend la bannière ci-dessus, il s’agit de l’(unique) album du groupe Laurélie. Formation dans lequel on retrouve un certain Pierre Raepsaet, le futur Pierre Rapsat.
La genèse de Laurelie.
Au début de l’histoire nous avons un groupe de Liège nommé Sincerity qui a vu le jour à l’été 1966. De leur musique, son guitariste Christian Boissart disait « Notre musique était originale même si on écoutait beaucoup le rock anglais que diffusait Radio Caroline avec le Président Rosko. On prenait souvent le bateau pour aller à Londres et revenir avec des disques ».
Par la suite nous avons un Raepsaet, qui n’est pas satisfait de ses collaborations avec Paul Simul et le Tenderfoot Kids, et qui rêve d’un groupe qui lui permettrait de jouer et d’enregistrer la musique qu’il a en tête. Appréciant beaucoup le rock mâtiné de soul et de blues du groupe liégeois, Raepsaet contacte les membres de Sincerity pour leur proposer de ne plus faire de reprises mais d’enregistrer ses propres compositions en vue d’un album qui serait produit par son ami Eric Vion. Ceux-ci acceptent le deal d’autant plus qu’ils sont à la recherche d’un bassiste.
Le groupe prend le nom de Laurélie. Ses membres sont Francis Dozin (chant et flûte), Christian Boissart (guitare), Yvon Hubert (claviers), André Marquet (batterie) et Pierre Raepsaet (basse et compositions).
Eric Vion (directeur artistique du jeune label Triangle chez Barclay) et Raepsaet optent pour la sortie directe d’un 33-tours. A la trappe le passage obligé par le format 45-tours trop associé à la variété et à la vague yéyé. Pas de gazouillis de trois minutes chrono calibrés pour les radios mais de longues plages souvent planantes...et en anglais of course.
L’album de Laurelie.
Le disque ne comporte que des compositions de Raepsaet tandis qu’Eric Vion (de son vrai nom Eric Van Hulse) et le belgo-anglais Michel Haertert se partagent l’écriture des textes. La musique de Laurelie s'inspire à la fois de la grande époque Beatles ainsi que de groupes plus progressifs tels : Moody Blues, Procol Harum ou Traffic, sans oublier quelques passages aux allures psychédéliques.
Un titre de près de dix minutes « Sad stone » ouvre l’album de Laurélie. Avec sa longue introduction, ses variations de climat, ses passages chantés, ses différents solos où chacun est amené à s’exprimer, on se retrouve indéniablement en pleine vague progressive, celle-là même qui sévit alors en Angleterre.
L’instrumental « Remember Ronny » est une combinaison entre une flûte traversière et des arpèges de douze cordes vite rejoints par des percussions puis par une basse. Un zeste de piano clôt cette mélodie mélancolique.
« Dracula’s way of makin’love » est un petit intermède instrumental expérimental que je qualifierais de bruitages.
On rentre enfin dans le vif du sujet avec les deux titres indissociables « Have a coke » et « Ugly dirty man » qui sont plus pop, plus nerveux avec leurs recherches sonores.
La face A se termine avec l’anecdotique et sirupeuse mélodie « Tower of illusion » signée et chantée par Eric Vion himself. Un caprice de producteur ?
La face B s’ouvre avec « Spiders in your hair » et la flûte de Francis Dozin qui n’est pas sans rappeler celle de Ian Anderson.
Le reste du disque est occupé par « Deborah, Jane & Laurelie » suite de dix-sept minutes découpée en cinq chapitres conceptuels.
Avec ses attributs de slow, le 3ème chapitre intitulé « Days, dreams, hopes » nous rappelle qu’à la fin des année soixante les concerts de rock n’étaient pas populaires comme aujourd’hui et que Laurelie, comme bien des groupes de l’époque, assurait ses fins de mois avec les thés dansants et les bals du week-end. Découvrons ce que disait Jo Vanesse, agent incontournable dans le milieu de l’animation : « Je m’occupais de la majorité des groupes wallons de bals et d’attractions. Je les plaçais à leur demande car ça rapportait gros contrairement aux concerts. C’était deux économies parallèles avec les mêmes acteurs ».
Et alors ?
Malgré ses indéniables qualités, l'album ne connaîtra pas le succès escompté (cinq cents ventes sur les deux mille pressés). Si on y ajoute la redoutable ‘Différence d’Opinion Musicale’ et le fait que Raepsaet commençait à assurer des remplacements sur scène comme bassiste intérimaire pour les copains du Jenghiz Khan, l’avenir semble s’assombrir. Et effectivement celui-ci finit par quitter le groupe pour intégrer le Jenghiz Khan sous le nom de Peter Raepsaet.
Et après ?
Après le départ de son bassiste-fondateur et son remplacement par Christian Wagemans, Laurélie survivra très peu de temps. En effet la ‘Différence d’Opinion Musicale’ reprenant le dessus, l’on splita pour de bon.
Francis Dozin et Christian Boissart rejoindront Mariavah le temps d’un album. Yvon Hubert tiendra les claviers du groupe Sway tandis qu’André Marquet accompagnera Frédéric François.
Et ensuite ?
Un peu plus tard Christian Boissart (après un passage chez les Serpents Noirs) retrouvera Rapsat à partir de l’album « Je suis moi » (considéré encore aujourd’hui comme l’un de ses meilleurs albums). De même, l’éphémère second bassiste de Laurelie, Christian Wagemans, rejoindra le band de Rapsat (à partir de l’album « Gémeaux »).
Fin de chronique.
Ambitieux, sophistiqué mais aussi expérimental, l’album de Laurelie souffre d’une production approximative qui n’a pas su corriger les nombreux déséquilibres et temps morts. Son petit côté foutraque n’élude pas sa démarche novatrice (premier album concept réalisé en Belgique), pas de 45-tours, pas de ritournelle destinée au succès mais des mélodies loin d’être inintéressantes.
A l’état brut, sans remixage qui aurait pourtant été bienvenu, ce disque de 1970 préfigure ce rock progressif qui va déferler de ce côté-ci de la Manche dans la première moitié des années 70.
Retrouvez l’histoire de Laurelie sur le net ici
titre en écoute : « Spiders in your hair »
par Crapou






