Ça les faisait bien rire Tai-Luc, Jean-Pierre, Rico, et Jean-Claude, de penser que l’acronyme avec lequel ils venaient de baptiser leur groupe revêtaient plusieurs sens, dont un hommage à la célèbre invention du chimiste Albert Hofmann.
Ils avaient grandi sur les pavés versaillais et parisien, enfants du rock, du punk et de la chance.
La place qu’ils occuperaient sur la scène française, ils allaient la conquérir à la force de leurs poignets cloutés, sans dévier jamais du sillon tracé par les Pères fondateurs : Hank Williams, Eddie Cochran, Gene Vincent, Slade, Ramones…
Ce merveilleux melting-pot rock’n’roll où le visionnaire côtoie l’imposteur. Leurs erreurs en matière de business confineraient à la naïveté. Mais où auraient-ils pu apprendre le sens du mot « compromis » ? Pas en écoutant Gene Vincent ou Clash.
Dès 1979, la rumeur se propagea : il y avait un nouveau gang en ville et ce serait sans doute le dernier que nous connaîtrions avant que les chevaux de l’apocalypse ne répandent le feu nucléaire sur nos vieilles capitales polluées. Nous attendions cette fin avec le sourire car les périodes de chaos furent toujours synonymes de bon rock’n’roll.
La Souris allait croiser lors de ses premières aventures scéniques nombre de groupes dont il est question ici : Bijou, Starshooter, Little Bob Story, Suicide Roméo, Stinky Toys, Dogs… La plupart, prématurément fatigués et usés, n’iraient guère plus loin.
Durant son long parcours, La Souris verra souvent l’aide surgir de là où elle ne l’attendait pas : Daniel Guichard les signera sur son label, Jacques Martin leur offrira une télé nationale un dimanche après-midi au milieu de monstrueux petits clones de Chantal Goya ou d’Annie Cordy.
Leurs cheveux trop courts et leur allure martiale créera parfois le quiproquo : on s’interrogera dans les chaumières sur leur appartenance politique. Comme si Kim Fowley ou Vince Taylor allaient voter !
Dans le doute, certains organisateurs de concerts les boycotteront, de même que certaines maisons de disques.
Ils n’y prêteront guère attention, comprenant que la voie qu’ils avaient choisie serait un peu plus longue.
La vie sur la route et les habitudes que chacun contracte pour décompresser apporteront quelques modifications au line up original, mais l’esprit sera préservé. Tai Luc, le vieux sage punk de la montagne Sainte-Geneviève, y veillait.
Pierre Mikaïloff
(Extrait de Kick out the Jams Motherfuckers) Camion Blanc.
En écoute : Varsovienne



