En 1978, après plusieurs albums avec Malicorne, le violoniste Laurent Vercambre rejoint La Chifonnie le temps d’un album avant de fonder La Confrérie des Fous.
Plutôt qu’un groupe de folk tradi, La Confrérie des Fous s’avère être (comme son nom l’indique) une troupe délirante à géométrie variable où se mêlent musiciens et comédiens sans frontière bien définie entre eux. Le projet de Laurent Vercambre est de proposer un véritable spectacle vivant revisitant les fêtes des fous du Moyen-Age durant lesquelles la folie était non seulement légale mais aussi la norme.
On ne sera pas étonné de retrouver dans le line-up de La Confrérie des Fous, outre Laurent Vercambre, toute une pléiade de musiciens flirtant avec le mouvement folk : Gérard Lavigne (Pierre de Grenoble, Connection, Gentiane, La Chifonnie), Patrick le Mercier (Malicorne), Valérie Terrell (Equinoxe, L’Echo du Bayou), Jean-François Leroi (Martin Circus, La Chifonnie, Tribu), Emmanuelle Parrenin (Gentiane) ainsi que Jean-Yves Lacombe (contrebassiste de Maxime Leforestier) et Pierrot Ganem (violoniste).
Seront invités lors des sessions d’enregistrement : Hugues de Courson (Pierre de Grenoble, Malicorne), Jacky Bardot (La Bamboche) et Evelyne Girardon (La Bamboche) et Serge Desaunay (accordéon).
Au final on se retrouve avec un album de folk plutôt original offert par un collectif de 12 musiciens chevronnés ayant pas moins de 26 instruments différents à leur disposition. Et bien sûr, un coup par ci, un coup par là, tout le monde chante (sauf Jean-François Leroi qui a droit à la mention « refuse de chanter » dans les crédits de l’album).
À la fois sombre et révolté, le disque évoque tout au long des plages et des chansons, une société où l'homme n'est rien d'autre qu'un pion.
Dans l'ensemble, paroles et musiques sont signées Laurent Vercambre, exception faite de quelques morceaux traditionnels ou quelques emprunts à la musique classique.
C’est notamment le cas dans « Danse des Fous (1ère partie) » qui ouvre l’album où se côtoient une composition de Vercambre, un traditionnel italien (ballo milanese), Camille Saint-Saëns (la danse macabre) et pour finir une petite ritournelle de Vercambre. En outre ce titre comporte des tirades théâtrales (étonnamment difficiles à saisir si on n’a pas le texte sous les yeux….ne vous inquiétez pas, il y a tout ce qu’il faut dans le zip). Le tout en 5’40…
S’en suit un instrumental « Il est bel et bon » (traditionnel de La Renaissance) rattaché à « On m’appelle fou » (de Vercambre).
Comme c’est souvent le cas sur ce vinyle, de nombreux titres s’enchaînent sans interruption. Ainsi le traditionnel « La part à Dieu », très proche de Malicorne, se conclut par le magnifique « Le cri du gueux », un instrumental que n’aurait pas renié Dan Ar Bras.
Lors du rip de mon vinyle, j’ai pris soin de conserver les liaisons présentes sur l’album (enchaînements que l’on devait probablement retrouver lors des prestations de La Confrérie des Fous sur scène où tout ce petit monde apparaissait à grand renfort de costumes et de maquillages).
Le traditionnel « Le diable », sérieusement réactualisé par Gérard Lavigne (paroles et musique) reflète parfaitement l’esprit moqueur et libertaire de ces fêtes médiévales avec « Le diable » qui invite banquiers, juges, avocats, procureurs et docteurs en médecine à monter dans sa voiture !
Trop difficile à gérer, cette troupe d'une douzaine de personnes finit par éclater en 1980. Mais l’histoire n’est pas finie pour autant car très vite, Laurent Vercambre, Pierre Ganem et Jean-Yves Lacombe rejoints par le violoniste Jean-Claude Camors forment un groupe à cordes qui continue à mêler musique classique, jazz, et humour, avec des performances mêlant chant, danse, et sketches : ce sera Le Quatuor.
Déroutant pour certains au premier abord, le disque de La Confrérie des Fous demande à être apprivoisé... A vous de voir !
titre en écoute : « Le diable / L’entrée du Titanic dans le port de New-York »
par Crapou










