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Francerock70 — Le blog du rock français
Chroniques

JEAN-PIERRE CASTELAIN (2)

francerock707 juin 2022

Nous sommes en 1974. Heureuse surprise ! En survolant la rubrique disque de Rock&Folk, j’apprends la sortie d’un nouvel album de Castelain « Albéria ». Je m’empresse de lire la tr…

JEAN-PIERRE CASTELAIN (2)

Nous sommes en 1974. Heureuse surprise ! En survolant la rubrique disque de Rock&Folk, j’apprends la sortie d’un nouvel album de Castelain « Albéria ».

Je m’empresse de lire la trop courte présentation de l’album (voir l’article ci-dessous). Wouah ! La douche froide !

La critique est acerbe et se termine par l’implacable appréciation « Peut mieux faire ! » (que les chroniqueurs de FranceRock70 qui n’ont jamais eu droit à cette sentence sur leurs bulletins de note lèvent la main).

Apparemment les paroles des chansons ont fortement déplu à ce journaliste. Et quant à la musique, il l’élude quasiment...(un comble pour le chroniqueur d’une revue musicale).

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Un peu plus tard, mon disquaire me fera écouter le début de chaque titre d’une face d’« Albéria » (méthode de vente un tantinet rudimentaire...). Ce n’est pas l’idéal pour découvrir un album, mais le son, la voix, les guitares sont là. Ça sonne bien comme du Castelain ! Et je repars donc avec « Albéria » sous le bras.

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Ce n’est jamais lors des premières écoutes que je fais attention aux paroles d’une chanson. Mais lorsque je me rends compte que celles-ci me plaisent, de « pas mal » un enregistrement peut devenir « putain, j’adore.. ». Ce sera le cas pour « Albéria », cet album-concept où Castelain, à travers une suite de tableaux, nous raconte la vie d’un personnage prénommé Albert.


Notons au passage que les musiciens du Système Crapoutchik qui l’accompagnent sur ce disque avaient enregistré en 1969 « Aussi loin que je me souvienne », un des premiers albums-concept français qui évoquait déjà l’histoire d’une vie de la naissance à la mort.


Revenons à « Albéria ». Avant même d’extraire le vinyle de sa pochette, on est averti :

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Tout au long de cet album, Castelain nous propose simplement un petit miroir où chacun peut parfois se reconnaître lors de telle ou telle étape de sa propre vie.

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L’image du miroir où se superposent celui qu’on est, celui qu’on a été et celui qu’on aurait aimé être, Castelain la reprendra l’année suivante dans son splendide double album intitulé d’ailleurs ….. « le miroir ».
La vie d’Albert, c’est un peu la vie à laquelle Castelain a lui-même échappé grâce à la musique.


Et ce n’est pas parce qu’Albert rêve dans sa « Petite auto » qu’il est une pop star « C’est moi l’idole qui fait vibrer vos coeurs…Et si tu veux vraiment faire mon bonheur « redis-le-me-le » que j’ai du talent...»  qu’il faut en conclure que l’auteur de cet opus est un prétentieux qui méprise celui qui mène une vie plus ordinaire.

D’ailleurs dans le premier titre « La naissance », c’est sa propre naissance un 20 décembre 46 par moins vingt degrés centigrades qu’il raconte. De même le texte humoristique mais plein de tendresse qui décrit « La communion » d’Albert est probablement autobiographique tellement elle semble avoir été vécue.


Bien que non créditée comme choriste sur la pochette, on reconnaît Jeanne-Marie Sens incarnant avec délicatesse « Elisabeth » le grand amour d’Albert dans un titre couronné de magnifiques harmonies vocales.


De plage en plage, les arrangements se renouvellent sans cesse, chaque chanson a son univers. Par moments jaillissent de nouveaux instruments, des solos inspirés, des fulgurances, des passages planants… C’est ce que le journaleux de R&F appelle « l’emballage sonore » !


Oublions !


Après un tel disque il n’est pas difficile de comprendre pourquoi Castelain sera très sollicité par la profession et on le retrouvera comme guitariste, auteur, compositeur, arrangeur et/ou producteur sur de multiples productions (Christine Corda, Jeanne-Marie Sens, Ganaël, Denis Pépin, Nicoletta, Patricia Lay, Françoise Hardy, Emmanuel Booz , Maxime Piolot et bien d’autres…..).

Retour à Albéria :

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Bien que tout soit suggéré et que rien ne soit clairement dit, on peut imaginer que dans le dernier titre, « Dernières impressions »,  Albert nous parle étant quelques mètres sous terre dans une ambiance très feu-follet  « ...j’ai des amis et on se retrouve la nuit… et on rit...je danse comme un enfant... ». Etait-ce une raison supplémentaire pour affirmer comme le journaliste de Rock&Folk qu’un malaise général se dégage des paroles de ce disque de Castelain ?


Il est temps de vous faire une opinion maintenant : Jean-Pierre Castelain serait-il ce musicien prétentieux se moquant d’un pauvre type affublé du même prénom que son père ? Méprise-t-il cet Albert obligé de faire sa communion, puis de pointer et de mener une vie sinistre de petit fonctionnaire ?


Pour vous aider, découvrons ce que nous dit Castelain dans son émouvante chanson autobiographique « » de 1983 (album « De bric et de broc ») :


« J'ai grandi dans un p'tit coin du Pas de Calais
Au pied des grands moulins sous le ciel déprimé
Au pays des jours de brume entre les cheminées d'usine
L'accordéon, l'café qui fume
J’allais à l’église tous les dimanche matin
………………………………………………...
Et mon père et ma mère n’avaient pour bien
que l’amour dans leur bonheur misère
………………………………………………….
on cavalait dans les ruines de l’après-guerre
et j’étais bien content d’mon temps sur cette terre…. »

Petit bonus FranceRock70 : sachez qu’en 1976, le groupe Connection (ex New Bluegrass Connection) avait déjà enregistré une chanson autobiographique (mais inédite) de Castelain, «  » que l’on peut considérer comme un rappel, un condensé d’«Albéria » dont voici un extrait :

« Mon père travaillait à l’usine
ouvrier courageux qui ne buvait pas
tandis que ma mère comptait dans sa cuisine
les poissons qui lui restaient pour finir le mois... »

Alors, qu’en pensez-vous ? Le journaleux de R&F a-t-il eu la main lourde ? De celui-ci ou du musicien, qui méritait l’annotation « Peut mieux faire » ?


Nous attendons vos commentaires.

Titre en écoute : " Elisabeth "

par CRAPOU

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