Après avoir disparu des radars, Castelain refait discrètement surface en 2004 avec un album édité à compte d’auteur et intitulé « Citoyen du monde ».
Revenu dans son pays natal (le Pas-De-Calais) et souhaitant faire partager son expérience aux gosses de la région, Castelain ouvre une école d’initiation à la musique, à la danse au théâtre et à la poésie appelée la « Ch’ti Academy ». Afin de récolter des fonds pour celle-ci, il sélectionne quelques compositions parmi toutes celles qui dorment au fond de ses tiroirs et enregistre donc un nouveau CD.
Lorgnant vers le blues, jamais la voix de Castelain n’aura été aussi rauque, aussi éraillée que sur des titres comme « Oh pourquoi » , « Gisèle » ou encore le slow bluesy « Si la nuit tombe ».
Castelain accentue même le trait dans « Don’t get back » , seul titre en anglais de sa discographie, où il semble exagérer (avec succès) sa façon de chanter la soul à la James Brown.
En outre, comme il l’avait fait pour son premier album De mes yeux vu (1972), Castelain joue de tous les instruments sur quasiment tous les titres(hormis 3 plages).
C’est ainsi que sur la piste 5, Castelain est accompagné de Bernard Paganotti (basse) et de Roland Romanelli (claviers). Il s’agit de « Je donnerai ma voix » dont une première version était sortie sur un 45T en 1981 (et avait failli être retenue par le Parti Socialiste pour agrémenter les meetings électoraux de François Mitterrand).
De même sur les titres 1 et 12 Castelain est épaulé par Yann Benoist (guitare électrique), Stéphane Véra (batterie), Laurent Cokelaere (basse) et Klaus Blasquiz (voix). Ces deux titres ont la même bande-son, seules diffèrent les paroles. Chacun de ces deux titres est le miroir inversé, le faux jumeau, la face B de l’autre. Ainsi sur la piste 1 « C’est naze » tandis que sur la piste 12 « C’est top ». De plus, les fidèles visiteurs de Francerock70 ne manquant pas d’écouter le titre proposé en écoute à chaque nouvelle chronique vont aisément reconnaître le titre « J’m’emmerde » de P’tit Louis (Louis Coppaloni à retrouverICI). Vous l’avez compris « C’est naze » est l’alter ego de « J’m’emmerde » (même thème, mêmes arrangements).
Sur le CD on retrouve également à côté de Castelain notre P’it Louis Coppaloni pour l’écriture de deux textes. Tout d’abord « Cocaïne Marlène » qui fait écho au recto de la pochette de l’unique 33T de Coppaloni et « Vivre aujourd’hui » composé avec Castelain pour un LP de Nicoletta intitulé d’ailleurs « Vivre aujourd’hui » (1987).
Jetons une petite oreille sur d’autres titres de ce CD.
« Perdu dans la mer des bagnoles / qui croisent rue des Batignoles / une île bleue somnole... » Dès les premiers mots de « L’île bleue » on retrouve un Castelain au volant de sa voiture plongé dans ses rêveries, dans ses souvenirs. Les visiteurs de Francerock70 qui ont du Castelain niché quelque part dans un petit recoin de leur cerveau se souviennent peut-être d’Albert s’imaginant musicien dans sa « Petite auto » (album Albéria) ou encore d’un Castelain grisé par la vitesse se remémorant ses 16 ans jouant du Gene Vincent dans « Tu veux j’te chante quelque chose » (45 tours de 1986). Cette fois-ci dans « L’île bleue » les rêveries de Castelain nous amènent dans le Pas-De-Calais de son enfance, pays de la guipure (la dentelle) «...et des aiguilles à tricoter comme celles que ta maman tenait rien que pour toi les soirs d’hiver rappelle-toi c’était hier. »
Ce thème de l’enfance a de nombreuses fois inspiré des textes à Castelain notamment dans Albéria et bien sûr le titre « Faut rien regretter » (album De bric et de broc ).
Dans « Rivière » ce retour au pays de son enfance qu’il ne reconnaît plus est douloureux « Rivière j’te reconnais pas / est-ce bien toi celle que je vois / Rivière raconte-moi / qu’est-ce qui t’a fait mal comme ça... ». C’est avec une voix de plus en plus usée, abîmée par les années et la désillusion que Castelain termine cette plainte « ...rivière que de béton / que de maisons autour de toi / rivière j’te sens mourir / et mon enfance avec toi ». Quel constat bien amer 30 ans après son album de chansons écologiques « La souris s'en va en guerre » paru en 1975 !
Et lorsque dans « J’me balance sur mon sofa » Castelain chante « C’est bon de ne rien faire / j’rêve le nez en l’air / j’ai plus les pieds sur terre... » on retrouve un thème récurrent sur quasiment tous ses albums : le lâcher-prise de « Assis sur un nuage » (album De mes yeux vu), « Va doucement tout doucement » (album Le miroir), « Tout doucement » et « Je plane » (album Le funambule).
Ainsi se termine tout doucement ma dernière chronique sur Castelain truffée de liens vers mes chroniques précédentes (auxquelles il faut ajouter « Ce jour là»).
Il existe un dernier CD autoproduit de Castelain comportant deux instrumentaux, un titre chanté par Castelain et un autre par Miguel Flores (CD que je n’ai jamais réussi à me procurer et dont le titre « Les bulles d’antan » est en écoute sur YT).
titre en écoute : « Vivre aujourd’hui »
par Crapou









