JACK O'DIAMONDS - Janet KERR & Didier POURSAIN
Un mail est arrivé il y a quelques mois dans la boîte aux lettres de Francerock70, agréable surprise, c'était une lettre de Didier Poursain qui me remerciait chaleureusement d'avoir consacré un article à "Didier et Janett" un duo inconnu qui avait enregistré un unique album dans les 70s.
Ca ne vous dit rien ? Si rappelez vous c'était " cette chronique " .
C'est toujours un grand plaisir pour moi quand un artiste vous contacte pour vous remercier. En contrepartie je lui ai proposé une interview pour en savoir un peu plus sur l'ensemble de sa carrière musicale.
D'un naturel plutôt réservé il m'a donné au départ le téléphone de Janet Kerr.
Janet une fille étonnante et pétillante, Janet j'adore ton accent et ta joie de vivre !
Elle m'indique finalement que Didier était sans aucun doute la personne la plus à même de me donner des renseignements sur le duo "Didier et Janett".
De ce fait avec Didier nous avons convenu d'un entretien concernant l'histoire de Didier Poursain et de Janet Kerr. Un parcours musical qui somme toute est plutôt bien rempli.
Donc tout ça pour vous dire que voici la très intéressante interview de Didier Poursain pour Francerock70.
Une fois encore un moment d'exception que j'ai envie de vous faire partager.
Une immersion originale dans le milieu musical des années insouciantes, les fabuleuses années 70.
-------------------------------------------------------------------
Mister Pat : Salut Didier En premier lieu je te remercie beaucoup pour l'entretien accordé à FR70
Didier Poursain : Je suis très content de le faire mais je te préviens après toutes ces années (plus de 50 ans) parfois ma mémoire me fait défaut
MP : Ok Didier ce n'est pas très grave ! Alors si tu es d'accord on rentre de suite dans le vif du sujet.
Que s'est-il passé avant Didier et Janett ?
DP : Tout a commencé dans les années 60 avec mon frère Frédéric Poursain, il gratouillait sur sa guitare et écrivait des chansons mais c'était vraiment en amateur, moi je jouais de la guitare classique. Il a fait un voyage aux USA en 1966 de 2 mois à New York.
Il est revenu il écrivait toujours des chansons mais cette fois ci elles étaient bonnes, il chantait et jouait de la guitare et moi derrière je l'accompagnais à la guitare solo et je faisais la deuxième voix .
D"ailleurs la majorité des chansons écrites par mon frère pour le disque " Jade " de Didier et Janett date des années 60.
On habitait St Denis et un jour il a passé une audition pour la comédie musicale " HAIR ", il a été retenu.
A partir de là chacun a fait son parcours.
MP : Quand et comment as tu rencontré Janet?
DP : Heu ! la on va rentrer dans le personnel.......
MP : (Rires) Je veux dire la rencontre dans le domaine musical !
DP : Ben, c'était en 1969 Janet est américaine et originaire de Seattle , elle était à Paris à l'époque, elle cherchait un guitariste, elle avait un répertoire folk . Ca s'est fait tout simplement par l'intermédiaire d'un copain commun, cela a été assez vite.
Au départ c'était elle la dynamique du groupe , elle s'accompagnait avec son instrument de prédilection "l'autoharpe", moi j'étais à la guitare, on a commencé à tourner dans les maisons de la culture,
Ensuite dans les années 70 (73 ou 75) on a monté notre premier groupe "Jack O Diamonds" avec Eric Sirkel (Eric Ter) à la guitare que tu connais puisque FR70 lui a consacré un article.
MP : Oui effectivement un excellent musicien !
DP : Il y avait aussi Roger Secco à la batterie (que l'on retrouvera plus tard avec Francis Cabrel ) par contre on a eu successivement deux bassistes mais ma mémoire me fait défaut, je ne me souviens plus des noms, il y avait bien sur aussi Janet.
Je pense que l'on s'est orienté studio, car je ne me rappelle pas avoir fait de concerts, .
On a enregistré quelques titres mais ensuite le groupe a explosé en vol, on avait un manager "trompe la mort" et c'est parti en live..
Eric Sirkel (Eric ter) a continue de son côté et moi j'ai repris seul avec Janet.
MP : Comment avez vous fait pour signer un contrat avec RCA ?
DP : Alors là tu me poses une colle car je ne sais plus du tout comment ça c'est passé, apparemment ce serait je pense Denis Pépin et Michel Bernard qui nous ont contacté après c'est par leur intermédiaire que le contrat a été signé avec RCA, ils étaient également producteurs.
MP : comment c'est passé l'enregistrement du disque ?
DP : Dans un studio pas loin des Champs-Elysées, dix jours de séances avec des musicos de studio il y avait , Alain Labacci à la guitare, Dany Darras.....
MP : Excuse-moi je te coupe mais je le savais pour Dany Darras, et pour être tout a fait honnête avec toi c'est pour cela que j'ai acheté ton disque sur discogs.
C'était un peu au feeling, car en voyant le nom des musicos et étant un fan de Darras et Desumeur du groupe " Présence", j'ai été intrigué.
Il faut l'avouer Didier et Janett c'était complètement inconnu.
DP : Oui tu as tout a fait raison . D'après mes souvenirs Jean-louis Desumeur a également fait la réalisation, il n' a pas joué d'instruments mais était présent aux choeurs.
En fait il y avait une équipe permanente avec Darras aux claviers, Jean-pierre Pourret à la basse et Jean-marie Hauser à la batterie.
J'aime d'ailleurs beaucoup ce que fait Dany Darras sur le titre "turbo réacteur", également son break clavier sur "10 doigts fatigués" qui n'était pas prévu au départ, c'est lui qui l'a apporté sur la chanson.
C'était vraiment des pros. Il y a aussi des intervenants extérieurs entre autre Eric Sirkel (ex Jack O' Diamonds), j'ai proposé qu'il vienne car il connaissait déjà très bien les chansons, et Jean-pierre Castelain qui fait le chorus sur le titre Jack O Diamonds, je ne le connaissais pas, c'était un musicien à la séance mais un super pro.
MP : A l'issue de l'enregistrement qu'est-ce que vous faites ?
DP : Ben écoute ça merdouille un peu ! on se prend un peu le bec ! car on sortait d'une expérience plus rock avec notre ex groupe "Jack O' Diamonds", on voulait faire un truc moins variété et on trouve que ça s'oriente un peu trop la dedans.
Peut être qu'on s'y croit un peu également, donc après c'est des histoires de contrats de groupes qui merdent !
MP : Votre maison de disque RCA n'a fait aucun effort de promotion non plus, donc on ne peut pas dire que cela vous a aidé !
DP : Non il n'y a rien eu, on nous a proposé de faire une émission de télé avec Danielle Gilbert le midi mais on s'est dit ça rime à quoi?
On a senti que ça basculait vraiment dans la variété, mais ce n'était pas ce qu'on cherchait.
MP : Janet que j'ai eu longuement au téléphone m'a dit qu'il voulait vous donner un autre nom ?
DP : Oui il voulait absolument nous affubler du nom de Paul et Virginie (rires), mais on l'a pas très bien senti, ça tournait un petit peu tarte, on ne sait pas qui avait raison ou tort mais c'est parti en sucette.
MP : Vous étiez jeune aussi à l'époque !
DP : Oui c'est vrai, on était déjà très content d'avoir enregistré un 33 tours
MP : Qu'est-ce qu'il vous arrive après !
DP : On avait enregistré en mars 1976 et le disque est sorti bien plus tard, tu vois, on était plus du tout sur le coup.
Pendant quelques mois on a joué chez un copain américain qui avait un bar à paris rue Pernety (on avait déjà joué chez lui avec le groupe Jack O Diamonds), on a fait un festival d' Avignon mais je ne me rappelle plus en quelle année, je pense que c'était en 1976.
On a fait aussi pas mal la manche et on jouaitdans les restos. d'ailleurs on a joué au Pont du Gard, un endroit que tu dois connaître non ! (rires)
MP : Tout à fait j'habite juste à coté (rires) ! mais chut c'est confidentiel.
Maintenant Didier tu ne le sais sans doute pas mais lors d'une interview, j'aime bien que l'artiste me raconte une anecdote, un truc invraisemblable qui lui est arrivé ,c'est un petit rituel que j'ai instauré .
DP : Ok patrick, je pense que Janet a du t'en parler mais c'était dans la période " Jack O' Diamonds" avant le duo " Didier et Janett ", ils nous est arrivé une histoire vraiment " ouf" !
On avait un manager à l'époque complètement allumé qui avait réussi à nous dégoter des séances d'enregistrements pendant plusieurs mois au château d' Hérouville.
MP : le mythique château d' Hérouville ?
DP : Oui ne me demande pas comment il a fait c'est un mystère.
C'était en hiver, on arrive là-bas super content, la fleur aux dents, mais ce que nous ne savions pas c'est que c'était une période de flottement pour le studio car Michel Magne l'avait vendu.
Tout le groupe "Jack O' Diamonds" s'est retrouvé coincé pendant trois mois dans le château.
Le plus fort dans tout ça c'est qu' il n'y avait plus rien pour enregistrer, le matériel avait été déménagé. Il restait une console mais il n'y avait plus les fils, c'était une vraie folie !
Il restait quand même dans un coin un orgue et un Revox et on a pu sortir un ou deux morceaux.
Mais le pire reste à venir , il n'y avait également aucune intendance, rien dans les placards, rien à manger, rien de rien ! On avait juste notre chambre qui était glacial et un studio vide pour répéter.
On crevait littéralement la dalle, alors on a été obligé d'aller piquer des légumes (des choux et des patates) dans les champs d'à coté, heureusement il y avait une friteuse, ça nous a sauvé, on a mangé en trois mois énormément de frites. (rires)
MP : Incroyable cette aventure !
DP : Pendant cette période on était complètement en dehors du temps, c'était un univers communautaire, c'était les années 70s quoi !!!!!
MP : Didier encore une précision, pourquoi avoir appeler l'album "Jade " ?
DP : Comme ça parce que l'on aimait bien le prénom.
MP : En parlant de prénom , il y a une chose qui m'intrigue pourquoi avoir mis deux t à Janet ?
DP : C'est les types de chez RCA, on a jamais compris leur décision.
MP : Tu n'as rien à rajouter concernant cette période !
DP : Ah si j'oubliais un truc important, on a joué en trio avec Didier Lockwood, il avait 16 ans à l'époque il venait d'obtenir le premier prix du conservatoire, je me souviens d’un gig à “la Ferme de Mougins”… Avec lui, nous avons également joué au Centre Américain à Paris. Ca s'est passé après l'épisode du château, également au Caf’ Conc’ Camelia sur la Cote d’Azur.
Je me rappelle aussi d’avoir fait la manche tous les trois en acoustique devant le port de St. Raphael. Ca faisait un bel ensemble et nous jouions une musique très planante.
MP : Merci Didier pour ces nouvelles précisions, si tu le veux on va faire une pose et clôturer la première partie de l'interview, nous aborderons ensuite la carrière du groupe " Belle Star" avec votre aventure américaine.
DP : Oui c'est vrai là aussi il y a beaucoup à dire.....
---------------------------------------------------------------------
La deuxième partie de l'interview consacré à " Belle Star " sera chroniqué au mois d'avril pour faciliter la lecture des articles.
Maintenant revenons un peu sur le disque que je vous propose de Janet KERR et Didier POURSAIN.
En première partie : Didier et Janett "Jade" (version remasterisée)
Je réécoute actuellement en boucle l'album en version optimale remasterisée par notre ami Makhno, et je m'aperçois que c'est un disque vraiment lumineux d'une exceptionnelle qualité musicale.
Ecoutez-moi ces guitares et ces voix dans "10 doigts fatigués" un must !
"Estelle" un titre acoustique que j'apprécie beaucoup,tout en finesse et délicatesse.
"Rockn'roll docteur" un rock au refrain imparable qui devait faire carrière sur les radios.
Tout l'album mérite une écoute attentive car la production était excellente, les musiciens également et bien entendu les guitares et vocaux de Janet et Didier.
Pour la seconde partie : Jack O' Diamonds ( Mini album Vinyle remasterisé)
Didier Poursain nous a fait parvenir 4 titres inédits de "Jack O' Diamonds" le groupe composé de Didier, Janet, Eric Sirkel et Roger Secco.
Bien sur la production n'est pas la même que celui de chez RCA loin de là, mais ce disque méritait un autre destin.
Ca débute fort avec le très tonique "Géronimo", on note déjà que le groupe naviguait dans des eaux beaucoup plus rock.
Second morceau "Old man candy " une chanson très cool de Eric Sirkel qui chante et aborde le style folk-rock. Un titre carrément indispensable.
"Quelle belle est-elle" troisième titre , on y retrouve déjà l'univers de Didier et Janett, écoutez les vocaux !
Et pour finir "She had a habit" la reprise épatante d'un traditionnel façon Didier et Janett.
Un vinyle que Didier Poursain a bien voulu exhumer de ses archives sonores personnelles.
Makhno que je félicite s'est arraché pour donner un son correct à ces inédits.
N'oubliez pas que c'était un acétate, l'état du disque était très loin d'être satisfaisant.
Titre en écoute : Mes dix doigts fatigués
Remerciements chaleureux à Didier pour l'interview, pour sa gentillesse, sa patience, ses recherches, photos et documents sonores.
Remerciements amicaux à la pétulante Janet pleine de joie de vivre et qui malgré tous ses problèmes perso m'a fourni de précieuses indications complémentaires.
Remerciements à mon ami Makhno Erudit Francerock70 pour le long travail d'orfèvre effectué (remasterisation des disques).
Le disque est une réalisation Francerock70 - élaboré avec l'aimable autorisation de Didier Poursain et Janet Kerr - Art : Mister PAT
Francerock70 Mars 2022
par Mister PAT
(The Boss)









