Ce qui se passe dans le monde des vivants
laissent les morts
laissent les anges
indifférents….
Quand on veut souligner la justesse et la beauté d’harmonies vocales d’un album, les
références qui s’imposent à nous sont évidemment Crosby Stills & Nash , les Beatles
voire les Beach Boys ou Simon & Garfunkel.
Et la France alors ? Ben...pour évoquer de superbes parties vocales « à la
française », nous avons aussi nos références : c’est Ilous &Decuyper ou encore
Darras & Desumeur.
Pour le moment laissons de côté les deux ex-Présence et intéressons-nous aux deux
musiciens de l’écurie Flamophone de Claude Puterflam.
De plus,Ilous &Decuyper, ce ne sont pas seulement deux voix qui s’harmonisent à la
perfection, ce sont aussi deux guitaristes qui vont nous livrer en décembre 71 un petit
bijou de raffinement, de beauté mélodique et de subtilité dans les arrangements.
Nuit de glace un désert de neige
Neige de glace dans un désert de nuit
Leurs amis du Système Crapoutchik sont présents sur cet opus : Christian Padovan à
la basse, André Sitbon à la batterie et Jean-Pierre Alarcen à la guitare (sur un
fameux titre que nous évoquerons tout à l’heure).
L’enregistrement de leur unique LP s’est étalé sur un an entre 1970 et 1971 en
fonction des disponibilités du studio auquel ils avaient accès (notamment la nuit ou
encore en utilisant les « trous » de quelques heures entre deux séances).
Ne pouvant planifier leurs propres séances d’enregistrement, leurs copains musiciens
n’étant pas toujours disponibles, ils durent bien souvent s’accommoder de la
situation. Ainsi, ils ont été amenés à interpréter des lignes de basse avec une guitare
accordée sur sa tonalité la plus basse ou encore avec un orgue employé de façon
peu académique (Decuyper s’occupant du clavier pendant qu’ Ilous, accroupi à ses
pieds manipulait les pédales de l’orgue avec les mains ! ).
De même, le duo recourait parfois à des instruments laissés dans le studio par un
groupe en cours d’enregistrement.
Toujours à la recherche de sons et d’effets nouveaux pour accompagner leurs
élégantes guitares acoustiques, en abusant de la technique du re-recording et avec
moult rajouts d’instruments et de voix, ils parvinrent à obtenir ce qu’ils voulaient : un
album sage, feutré, délicat, tout en finesse et en nuance où les choeurs subtilement travaillés se fondent avec les instruments.
L’album s’ouvre et se referme avec l’unique phrase de« Indifférents ».
« Ce qui se passe dans le monde des vivants
laissent les morts
laissent les anges
indifférents…. »
Si des chansons mélodieuses aux superbes parties vocales rarement égalées
(« Vous mourrez demain », « Non », « L’élu », « Mélancolie ») font le charme
exceptionnel de cet album, des plages instrumentales complexes et précieuses
(« Cor bucolique», «Cyclothymie », « Hawaï», «Berceuse ») soulignent son
esthétique rare dans le milieu de la pop francophone.
De plus deux titres en langue anglaise méritent qu’on s’y arrête.
Tout d’abord leur reprise d’ «Eleonor Rigby » des Beatles où Alarcen nous gratifie
d’un chorus de guitare absolument époustouflant de brio et de feeling quipropulse ce
titre vers des sommets d’intensité et de lyrisme inattendus.La légende veut que la
prise de ce solo ait été faite pendant qu’ Alarcen travaillait son chorus tout en
s’accordant…
Quant à « Beurk », titre à la manière des Rolling Stones, il a davantage été perçu
comme une critique acerbe de ceux-ci plutôt que comme un clin d’oeil en raison de
ses paroles sordides (voir articles reproduits ci-dessous) et surtout à cause des
propos d’ Ilous et de Decuyper lors d’une émission de radio avec J.B. Hebey sur RTL
où ils avouaient leur déception devant le dernier album des Stones (en 71).
Toujours est-il qu’ Ilous rendra un hommage plus clair aux Stones avec la pochette de
son album solo de 75 illustrée par une sculpture représentant un concert des Rolling
Stones (œuvre de Patrice Alexandre, célèbre pour ses sculptures en terre) .
S’il y a une autre bizarrerie sur le LP d’ Ilous et Decuyper, c’est peut-être le morceau
intitulé «Cor bucolique ».Ça commence par une comptine norvégienne avant de
céder la place à un cor français joué sur le fil du rasoir par Jean-Jacques Justafré
(futur Alan Stivell). Réminiscence d’un séjour d’ Ilous en Norvège comme le suggère
le texte de Jukebox Magazine reproduit en fin de chronique ?
Ci-dessous, un article de R&F où s’expriment Patrice Decuyper et Bernard Ilous.
Un 45T sera extrait de cet album avec les titres « L’élu » et une version légèrement
différente de « Non ».
Il existe également une version italienne de ce 45T. Sur YT, on peut en découvrir la
face A «Se Sapessi».
Au final, malgré ses indéniables qualités, cet album,authentique chef d’œuvre de pop
classieuse à la française,sortira dans l’indifférence générale (comme d’ailleurs bien
d’autres opus épatants chroniqués sur ce blog).
La discographie de ce duo n’est malheureusement pas bien épaisse : deux 45T et un
33T auxquels il faut ajouter un 45T pour Edeline la compagne de Decuyper.
En outre, sous son propre nom, Ilous sortira trois 45T et un unique 33T.
Dorénavant, avec ce post, la totalité des productions d’Ilous (avec ou sans Decuyper)
a fait l’objet d’une chronique sur votre blog préféré.
Retrouvez également Ilous en 1968 au sein du groupe Les Rover sur le blog de
Gaby :
https://la-caverne-des-oublies.blogspot.com/2020/01/les-egares-volume-4.html
Par la suite, Bernard Ilous accompagnera de nombreux artistes sur scène ou en
studio comme choriste, guitariste ou clavier et travaillera également pour la pub ou le
cinéma (doublage de chansons de dessins animés en VF).
Quant à Patrice Decuyper, il disparaîtra de la scène musicale devenant antiquaire-
libraire
Il est vraiment désolant de savoir qu’ Ilous a enregistré un second album solo en
1980 resté inédit à ce jour (refus des maisons de disque).
Telle une infime lueur au milieu des ténèbres, cet unique LP d’ Ilous & Decuyper sera
réédité en CD chez Magic Records et chez Musea en 1996 suivi d'une réédition
vinyle en 2011 chez Wah Wah Records.
titre en écoute :« Eleonor Rigby »
par Crapou







