Nous sommes au début des 80’s. Les auditeurs de « Y a d’la chanson dans l’air » à la recherche d’un album plus ou moins introuvable sont invités à envoyer une petite annonce à France Inter, petite annonce que Jean-Louis Foulquier lira à l’antenne.
Via France Inter, ces auditeurs reçoivent alors un enregistrement sur K7 du LP transmis par un sympathique auditeur ayant entendu le message de Jean-Louis Foulquier.
Suite à deux demandes (Alice et Système Crapoutchik), je reçois donc deux K7. Génial ! J’adresse alors un nouveau courrier à l’émission concernant le premier enregistrement d’un certain Hugues Ométaxalia que je venais de découvrir avec son album « Antilope 1 ».
Quelle est ma surprise quelques semaines plus tard de recevoir non pas une K7 mais carrément le double album d’Ométaxalia.
Au LP est joint un courrier de l’équipe de « Y a d’la chanson dans l’air » m’expliquant que, n’ayant pas eu de réponse d’auditeur suite à la diffusion de ma recherche, la station me prête son exemplaire estampillé France Inter, charge à moi d’en faire une copie avant de lui retourner.
Marque de confiance qui honore Foulquier et son équipe. Quelle belle conception du service public !
Ce double album « Lettre d’ocre », paru en 1977, est le fruit de la collaboration entre le poète Hugues Ométaxalia, auteur-compositeur-interprète plutôt obscur et allumé, et le musicien Jean-Louis Bucchi qui venait de participer en tant que claviériste aux deux albums de jazz-rock-fusion de « Speed Limit » (disponibles chez Musea).
Sur « Lettre d’ocre », Ométaxalia est à la manœuvre pour les paroles, les musiques et les vocaux tandis que Bucchi est crédité pour la direction musicale et le piano.
Est-ce imprudent de faire un parallèle avec la démarche de Léo Ferré enregistrant avec Zoo des titres comme « Le chien » ou « The nana » ?
Plutôt que m’aventurer sur le terrain glissant des similitudes qui dépend trop des habitudes d’écoute et du ressenti de chacun, je me contenterai d’affirmer, sans risque de dire une bêtise, que cet opus préfigure « Antilope 1 » l’album suivant d’Ométaxalia avec toujours Bucchi pour les arrangements.
Second album nettement plus facile d’accès et qui est en fait l’objet de cette chronique.
D’emblée sur la pochette de ce LP de 1979, on remarque la disparition de « OMETAXALIA et BUCCHI » au profit de « HUGUES O. » Mais c’est bien la même équipe qui est à la manœuvre : le poète et le musicien.
Par contre, les deux macarons A et B portent bien l’indication « Hugues Ométaxalia ».
Le verso nous apprend qu’Ométaxalia nous propose ce qui semble être la première partie d’un long poème intitulé « Chant perpétuel ».
Effectivement, les différentes plages forment un tout. D’ailleurs, elles ne sont pas listées sur la pochette mais uniquement sur les macarons du vinyle.
D’autre part nous sommes avertis : « Antilope. Chanson sans fin. Suite en quatre parties. Ce disque est le premier. »
Au fait, pourquoi cette information nous est-elle donnée en anglais ?
Le texte de ce long poème….de ce chant perpétuel...figure sur la pochette et c’est heureux.
Loin de moi l’idée de vous le commenter. Mais je vous assure que se plonger dans la simple lecture de ce texte (après malgré tout de nombreuses écoutes du disque) finit par être un régal (et c’est pourtant quelqu’un habituellement rétif à la lecture de la poésie qui vous le dit).
Si vous préférez la poésie en langue anglaise, libre à vous, la traduction en anglais de ce chant d’amour figure également sur la pochette !!!.
Pour cette seconde collaboration avec Ométaxalia, Jean-Louis Bucchi (arrangements, piano et synthétiseurs) s’est entouré de Joe Hammer (batterie), Bernard Paganotti (basse), Paul Breslin (guitares) et de Patrice Tison (guitares).
A noter que ce dernier faisait partie de la petite vingtaine de musiciens qui avaient accompagné Jean-Louis Bucchi sur son album « Sunflower » enregistré l’année précédente (en écoute sur les plateformes).
Le titre « Rivière » qui ouvre l’album et plus loin « Antilope » sont les seules chansons, disons « traditionnelles », de l’album.
Pour le reste nous avons affaire à un disque de « spoken word » ou plus précisément de « parlé chanté poétique » sublimé par des arrangements et des improvisations dus à des musiciens particulièrement inspirés par les délires du poète transi d’amour.
Cet écrin aux accents acoustiques, rock prog, expérimental, un peu jazzy, rend cet opus (pas franchement calibré pour le top 50) tout à fait intéressant pour qui n’est pas effrayé par les incantations, les confidences, les textes plus ou moins hallucinés de l’auteur.
Si habituellement prélude rime avec début, ici avec la plage « Prélude » ce n’est pas le cas. Et de même le titre intitulé « Final » ne clôture pasl’album puisqu’il est suivi d’un instrumental planant de Jean-Louis Bucchi intitulé « Pourpre »
Le titre « Ellipse » est le premier de ces textes déclamés dans l’urgence soutenus par une rythmique implacable.
Parfois, tels dans « Lona » ou « Spirale », un accompagnement minimal illustre un propos plus apaisé.
Le tout est plutôt original, pas vraiment commercial.
Ce bel album, qui je l’admets peut être déroutant pour certains, ne connaîtra pas son épilogue puisque, contrairement à ce qui était indiqué sur la pochette « le premier disque d’Antilope » n’aura pas de suite.
Et après ?
Par la suite, outre de multiples incursions dans le jazz, la musique de chambre, l’électronique, l’opéra, les bibliothèques sonores, etc….on retrouvera Jean-Louis Bucchi participant également à divers enregistrements (Christophe, « Emilie Jolie » pour Philippe Chatel, Christine Corda, Françoise Marie-Vigne, etc.…….et même un certain...Claude Jacquin bien connu dorénavant des visiteurs du blog).
Par contre, malgré mes recherches sur internet, je n’ai rien trouvé sur Hugues Ométaxalia. Si quelqu’un a des infos sur cet artiste, je suis preneur.
par Crapou
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titre en écoute : « Rivière »










