Comme promis voici l’histoire du groupe Français « ROCK N’ROLLER » racontée par Serge Doudou .
Pour vous faciliter la lecture l’article a été découpé en deux parties.
Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par les remerciements.
Très grand merci à Serge pour m’avoir envoyé son manuscrit, les documents et pour sa gentillesse naturelle.
Un grand merci à Hélène D. pour son aide très précieuse (relecture etc,,,)
Un grand merci à Danzik du forum rock6070pour m’avoir envoyé le 1er 45 tours de rock n’roller (un 45 tours difficile à trouver).
Un grand merci à Karine Doudou (fille de Serge) pour son aide.
Un grand merci à Gaby pour les vidéos.
Un grand merci à Chatrick pour la remasterisation.
Voilà c’est fait, désormais je vous laisse en compagnie de Serge Doudou, un vrai rocker comme on en fait plus pour la première partie de :
L’histoire de ROCK N’ROLLER,
Le dernier groupe qui joua au Golf Drouot.
« Cette épopée est dédiée à la mémoire de mon ami et frère d’arme du Rock’n’roll Yves Thépaut dit « Pipo » décédé le 5 octobre 2008 »
Mars 1974 : Daniel Baudon, batteur ex "Frogeaters " m'appelle pour me proposer avec "Pipo" l'enregistrement de 3 albums de 36 classiques du rock. Produits par Jean Pierre Rawson sur label "les Trétaux" distribués par Musidisc, intitulés "The fantastic rock n'roll story". Ces enregistrements se déroulèrent aux studios Wagram pour les parties instrumentales, puis aux studios "Europa Sonor" pour les vocaux et mixages.
Le staff était composé d' Erick Bamy (chant), Alain Crépin (guitares), Yvan Charrier (claviers), Yves Thépaut dit" Pipo" (guitares et chant), Serge Doudou (basse et chant), Philippe Sarive (percussions) et Daniel Baudon (batterie). Ce groupe éphémère s'appelait "Show Orchestral" et donna quelques représentations avant qu' Eric Bamy ne devienne le choriste attitré de Johnny.
Alors que Quo Vadis agonisait dans les bals avec Hubert Frouin (claviers), Gérard Coulondre (batterie), Pipo et moi, on décida de se métamorphoser en un trio de choc que l'on baptisa "Rock n’Roller".
Immédiatement, notre répertoire s'orienta vers les classiques du rock mais sous forme de medleys que nous puisions dans les standards des années 50-60.
Notre premier concert eut lieu au club "la Taupe" près d'Angers. Viviane Tasca (du groupe les Garçons Bouchers), copine de Gérald, assurait la sono du groupe sur une magnifique "golden sound".
Le public réserva un bon accueil aux classiques du rock n'roll, sous l'œil amusé de Louis le Prince Ringuet, présent à cette soirée. L'ami Jean-Louis Rancurel réalisa un excellent reportage photo, une affiche, une bio afin de lancer la promotion du groupe.
Après les différents échecs discographiques et les démêlés en tout genre pour rompre les contrats (Les Gypsys, Quo Vadis), il n'était plus question de présenter notre nouveau groupe à une maison de disques.
Nus avons donc décidé de produire à compte d'auteur un 45 tours, pressé à 500 exemplaires, uniquement pour démarcher des engagements scéniques.
Ce 45 tours était composé de 2 titres originaux : "Mama Rock n'Roll" très classique, et “Tatiana" un peu disco pour les clubs.
L'enregistrement eut lieu aux Studios Davout avec l'aide de notre ami clavériste Hubert Frouin et de Bernard Lemaire, un pote chanteur guitariste.
Cette démarche s'avéra finalement concluante car, dès l'été 74, nous étions engagés pour un contrat d'une semaine au "Bateau Ivre" à Collioure (66) avant de nous produire à "L'Alexandra" près de Valras.
Nous dormions dans un camping à Argelès-Plage ou dans les camions près des boîtes, réveillés par le ramassage des poubelles à 7h du matin.
Les contrats se poursuivirent sur Paris pour le bal de l'école Centrale avec Claude Nougaro et "Au bonheur des dames" puis à Angers pour l'école des Arts & Métiers avec Rachid Bahri qui chantait à l'époque avec Jacques Hélian.
Etant les propriétaires de la bande sonore du 45 tours , Jean-Pierre Millers, rencontré sur une scène, nous proposa de faire une version française des deux titres ; le nom du groupe devint alors "AD LIBITUM" et les titres furent rebaptisés "Miranella" et "Fille aux cheveux d'or".
Nous répétions alors à la maison pour tous de Fontenay s/Bois, dans la salle de spectacle qui était dotée d'une belle scène avec un matériel complet à disposition. En contrepartie, nous nous produisions gratuitement pour la fête annuelle. Parallèlement nous avons accompagné l'ami Jacques Barsamian qui tâtait de la scène notamment dans l'est avec le tourneur Michel Thorney.
Le 17 décembre 1974, à Clermont-Ferrand "Rock n'Roller" déclencha une hystérie collective avec en première partie "Au Bonheur des Dames " et en vedette Dick Rivers.
Henry Leproux décida de nous engager pour le réveillon du Golf Drouot.
Robert Amsalem s'occupait de nos spectacles. Nous avons participé à un grand festival de rock à Reims. La programmation annonçait : Rock n' Roller- Burt Blanca- ZOO- Dick Rivers et Eddy Mitchell. Mais il y eut des problèmes d'organisation incroyables : la scène, pas plus grande qu'un mouchoir de poche, ne pouvait contenir le matériel et les équipes techniques se battaient pour un bout de place. Il n'y avait pas de loges pour nous, ni pour "Burt", seulement deux petites caravanes à l'extérieur pour les stars. De plus, les organisateurs qui avaient des dettes, ont vu filer la caisse du côté des créanciers et devenaient introuvables pour payer les artistes. Heureusement j'avais flairé le coup et exigé d'être payé d'avance. Eddy Mitchell ne fit d'ailleurs pas son spectacle ce soir-là.
C'est également à cette époque que nous avons eu le privilège de nous produire à l'Olympia où Vince Taylor donnait un concert exceptionnel pour son come-back. Moustique était prévu en première partie, mais étant finalement indisponible il fut remplacé au pied levé par Sidney, personnage jovial et débonnaire, pilier du Golf et du Gibus.
Nous l’avons accompagné au lever de rideau sur 3 titres classiques du rock. Vince n’étant pas prêt, la direction nous demanda de passer seuls sur scène : se succédèrent les titres Rock around the clock, Blue suede shoes, C’mon everybody, Lucille qui ont mis le feu dans le public, l’ambiance était survoltée! José Publicol qui avait assisté à notre prestation nous proposa alors d’accompagner Vince. Nous étions d’accord, à condition que l’on puisse inclure au moins une partie de notre propre spectacle, ce qu’il accepta.
Nous avons ensuite rejoint l’Auvergne pour participer à une émission de télé régionale et se produire au “Moulin de Fontête” près de Riom, où les musiciens locaux avaient leurs habitudes, notamment l’excellent groupe S.O.S. et leur chanteur Boudu. La soirée fut extraordinaire, on détenait dans ce club le record d’entrées!
A la soirée Rock n’Roll à la maison pour tous de Fontenay sous Bois, nous avons fait passer le groupe “Bocal” avec les frères Bonnel et un jeune chanteur habillé comme Elvis à Las Vegas, Serge Samséau. Nous avions commencé les répétitions avec Vince dans cette salle, avec un saxophoniste d’origine américaine Leroy Gomez qui deviendra plus tard “Santa Esméralda”.
C’était José Publicol qui emmenait Vince en début d’après-midi et revenait le chercher le soir, car il ne fallait pas le lâcher d’une semelle sinon il disparaissait…
Daniel Perraud, du magazine “Rock N’ Roll Musique”, réalisa notre première véritable interview. Nous entretenions de très bonnes relations avec ce sympathique journaliste qui nous défendait souvent contre les "pisse-froid" journaleux qui n’appréciaient pas le rock n’roll.
Bernard Blanger, légendaire manager de Dick Rivers, nous trouvait des prestations. Il nous envoya au “Cannik Club” de Landivisiau, club qui pouvait accueillir jusqu’à 2000 personnes mais réputé pour la froideur de son public…
Nous avions emmené avec nous une jeune et jolie chanteuse de rock n’roll appelée “Vicky Fury”. Elle était dingue d’Elvis et passait et repassait durant tout le voyage “Stuck on You”. Elle avait enregistré deux 45 tours et adorait aussi notre groupe. Elle nous accompagnait sur deux titres au milieu de notre passage. Nous lui avions composé un titre rock d’enfer “Dragster Lady” mais elle n'arriva pas à trouver son propre producteur.
Pour en revenir à cette soirée au Cannik Club, l’ambiance fut tellement chaude que le patron de la boîte vint lui-même nous présenter sur scène au final.
Nous avions également été engagés par Bernardin de “Wha Wha music” pour assurer la première partie de “Little Richard” au hall de la foire d’exposition de Marseille. Il devait chanter sur notre sono, aussi nous devions arriver très tôt pour installer le matériel, dont la console de Viviane.
La soirée démarra avec le groupe “Destroy Karma”, puis vint notre tour. Le public était assez réceptif et au final de notre show, je vis “Little Richard” derrière son ampli, qui nous observait avec un air satisfait de notre façon de chauffer la salle. Dans les coulisses, il nous serra d’ailleurs la main en nous disant “Ok boys, very very good!”. Depuis que je joue de la musique, j’ai toujours pensé que Little Richard était vraiment au dessus du panier parmi tous les interprètes de rock, j’en ai acquis la certitude ce soir-là.
Faute de public, le concert de Paris fut malheureusement annulé à notre plus grand regret.
Le premier gala estival de Vince Taylor en 75 se déroulait dans le Var, au Bausset. Les amateurs de rock qui s’étaient déplacés, satisfaits de leur soirée, nous firent une "aubade" de motos devant l’hôtel à 4h du matin ainsi que la fanfare locale!
Nous étions engagés sans Vince deux jours plus tard à la Seyne sur Mer en compagnie de Linda Keel. Il n’était pas au programme mais nous fit la surprise de venir chanter au cours du show trois morceaux pour le plus grand plaisir des spectateurs et des organisateurs.
On termina la soirée en leur compagnie avec Linda et quelques bouteilles de champagne ! On se produisit avec Vince à St Tropez puis à "l’Ambassy" au Lavandou.
Yves Mourousi nous invita à participer à son émission de radio sur France Inter entre 17 et 19h et nous jouions à chaque fois deux classiques du rock en live total.
Nous allions quelquefois avec Yves et nos amis du Rock n’Roll notamment "Mark Robson et le Poing" boire un verre au Gibus ou dans une boîte à la mode. On repassait un week-end de plus au Golf Drouot. Notre ami Henri Leproux considérait que nous faisions partie des meubles, et il me suffisait de lui téléphoner et quelques instants plus tard nous étions sur scène.
Début janvier 1976, nous attaquions avec Vince une mini-tournée dans le nord de la France: Loos, Tourcoing, Lille… A la fin, nous sommes restés 3 jours au Macumba de Lille. Vince manqua de se noyer dans la piscine de l’hôtel : le voyant en difficulté, Pipo et moi avons plongé pour le secourir et le ramener sur le bord, il ne se sentait vraiment pas bien.
Sur scène, il fallait veiller au grain car il déviait facilement de ce qui était prévu.
Comme nous chantions tous les 4, les vocaux le poussaient, et en nous voyant nous démener sur scène, cela l’entraînait et lui redonnait une seconde jeunesse afin qu’il puisse sortir le grand jeu. En effet, on courait sur scène, jouait de la guitare sur le dos, sur le ventre ou sur le côté, sur les baffles, sur des motos ou debout sur les amplis !
Vince adorait l’aviation. Il avait un semblant de carnet de vol et un jour, pour lui faire plaisir, nous avons loué un mono-moteur 4 places à l’aéroclub de Poitiers où l’on jouait le soir.
Un pilote confirmé assura le décollage puis il passa les manettes à Vince qui s’amusait comme un gamin à faire des piqués vers des moutons, des virages serrés sur l’aile.. Pipo et moi étions à l’arrière, pas trop rassurés… De retour à l’aéroclub, le pilote laissa Vince s’occuper de l’atterrissage qui fut impeccable! Il était aux anges d’avoir pu voler et en parla toute la soirée!
Rock n’Roller fut engagé pour une grande tournée de 2 mois en Bretagne en compagnie du "Boogaloo Band" de Mike Lester. le premier soir fut annulé pour une question d’autorisation, le deuxième jour le chapiteau fut monté à St Cast. Cette fois pas de problème mais sans aucune publicité il y eut peu de monde.
Le troisième jour devait avoir lieu à Cancale, nous étions partis tôt de St Cast pour installer le matos et pouvoir ensuite aller se baigner. Mais pas de chapiteau, tout le monde avait disparu! Il ne restait plus que nous et le “Boogaloo band” sur cette fameuse place, à dire adieu à 2 mois de tournée…
Heureusement Vince avait des engagements à Collioure et au casino d’Argelès. Mais arrivés sur place, Vince était introuvable. José Publicol le cherchait partout dans les bars. Pour ne pas affoler le patron, nous avions convenu de commencer le spectacle avec notre répertoire, Vince nous rejoindrait quand José l’aurait retrouvé…
On commence par un medley de Bill Haley, j’attaque “Lucille”, Pipo enchaîne “Blue suede shoes” puis “Great ball of fire”, je reprends “Maybellene” quand enfin, il apparaît derrière les amplis…ouf ! On a eu chaud ! Au “Spychédélic” casino d’Argelès, le patron, grand fan de rock, déroula le tapis rouge à Vince qui, quelque peu éméché ce soir-là, eut des difficultés à assurer le show. Tout le personnel nous parlait en anglais, et nous avions beau leur dire que nous étions des français, ils ne voulaient pas en démordre et restaient persuadés que nous étions british!
En septembre nous reprenons le chemin de Fontenay sous Bois. José me rappela pour me dire qu’il avait eu une super idée pour le spectacle de Vince et qu’il était maintenant associé avec Jean-Quentin Gérard (des magazines Photos, Fleur bleue et Stéphanie). Il voulait faire une mini-comédie musicale, basée sur les chansons de Vince, sans vrai scénario mais plutôt une mise en scène : cela se passait dans un décor de café dans lequel nous jouions, une bande de garçons et de filles plutôt “yéyé” qui dansaient le rock entre les tables du café. Arrivait une bande de loubards à motos qui forçait les filles à danser le rock avec eux. S’en suivait une bagarre, le déshabillage d’une fille, son fiancé qui défiait le chef des loubards, une nouvelle bagarre, puis des couteaux, puis des "nunchaku". Arrivaient ensuite les policiers, bagarre avec la police, puis bagarre générale !
C’était mon frère, Claude Doudou, 7ème dan de karaté, 4ème dan d’aïkido, 4ème dan de judo qui chorégraphiait les combats avec les élèves de son dojo. Nous, nous faisions 12 titres avec Vince dont “Trouble” moitié anglais, moitié français. Cela faisait en tout 16 personnes sur scène et on travailla la coordination de ce spectacle pendant un mois tous les jours. La première représentation de ce “Karaté Rock” devait avoir lieu au Bataclan. Une fois la pub faite, le matériel installé, le sound check prêt, la direction vint nous faire savoir que la soirée serait annulée car un coup de fil anonyme avait prévenu la préfecture qu’une bombe était cachée et qu’elle allait exploser…
On partit présenter ce spectacle au “Macumba” de Bordeaux avec la projection du film “ Les années 60”.
En revenant d’un concert au “Moulin de Fontête” de Gimeaux et alors qu’on se rendait à un festival de rock à Mâcon, en co-vedette avec “Mark Robson et le Poing”, peu après Vichy, la panne… On avait cassé la boite de vitesse du J7. Il fallait faire vite pour louer un véhicule, transférer le matos et laisser notre J7 sur place pour le faire réparer plus tard. Il finit d’ailleurs à la casse, les réparations prévues étant trop onéreuses. L’estafette louée tomba elle aussi en panne du côté de Montargis ! C’est mon ami Michel Eragne qui vint nous chercher avec son camion, pour le gala suivant qui avait lieu au “Melody club” en Belgique.
Ce club, où le patron nous signa des traites de banque, impayées bien sûr, il avait fait le coup à d’autres groupes dont “Shaking Street”... D'ailleurs un soir, on entreprit une opération commando depuis Paris via la Belgique en le menaçant avec un pistolet d’alarme pour récupérer notre dû.
J’essayais d’aider Vince, à l’instar de José, et je lui trouvai des spectacles ce qui lui permettait de récupérer l’agent qu’il avait gagné. Michel, le boss d’une boîte “Le people” à Rennes, me faisait confiance, et lorsque nous allions jouer là-bas, je gardais Vince chez moi pour 2 ou 3 jours car parfois il partait dans des délires des plus extravagants…
J’avais été invité à voir les Sex Pistols au chalet du lac du bois de Vincennes, l’ère punk déboulait en France, dont le représentant le plus authentique était Patrick Eudeline. Sa sincérité dans son expression musicale et scénique passait bien aux yeux du public.
Rock n’Roller fit des spectacles au côté d’ “Asphat Jungle”, que nous avons d’ailleurs un peu aidé au Havre car des organisateurs peu scrupuleux voulaient leur casser la gueule et ne pas les payer…
L’agence artistique de “Chouchou” nous représentait à cette époque, associé à “Danny Dan”, personnage légendaire de la magie, qui avait créé une revue appelée “Disco Box” à laquelle participaient des copains comme Richard Adaridi, Daniel Lesueur, Jacques Barsamian et François Jouffa.
Nous avons participé à des soirées mémorables avec Danny à la “Selle-Club” du Mans ou à la “Clocharde” de Verteillac. Nous avons participé au mini-album de Jacques Barsamian sur lequel j’avais fait des arrangements pour 2 titres. C’est au cours de cet enregistrement que je fis la connaissance du groupe “Bijou” managé par le non moins célèbre Jean-William Thoury, qui commençait à faire parler de lui dans le microcosme du rock français.
A la Chartre sur Loir, nous fûmes payés sans avoir joué ! Nous avions un contrat en bonne et due forme, mais le maire avait interdit cette manifestation dont l’organisateur était son fils. Il nous paya le montant du cachet pour éviter des problèmes dans sa famille.
Nous commencions à être un peu fatigués du répertoire et pensions qu’il pourrait être judicieux d’ajouter une seconde guitare afin de renforcer le son et d’alléger le travail de Pipo. Lors de son passage au Golf Drouot, Patrick Eudeline avait derrière lui un guitariste, fine lame. C’était surtout sa personnalité que je trouvais intéressante car il était presque aussi gros que Demis Roussos.
On lui proposa de faire un bout d’essai avec nous, puis un premier spectacle dans le bar de la mutuelle des marins pêcheurs de Dunkerque, “Le Jovial”. Puis on partit jouer en Bretagne et en Ardèche à Vals-les-Bains, Nasbinal à “La Rosée du matin” qui nous engageait périodiquement.
Au “Watson CLub” de Privas, la boîte était construite à flancs de coteau, très escarpé, il fallait crapahuter sur au moins 100m avec le matos, sur un chemin empierré, la boîte étant en contrebas. En remontant le matériel, Pipo senti un craquement sous ses baskets… il venait d’écraser un scorpion ! Le camion étant resté là toute la nuit, on se demandait si l’une de ses charmantes petites bêtes n’était pas venu nicher sous les sièges…
On retourna jouer à Epernay où le patron de la boîte nous versait du champagne dans le gosier pendant que nous chantions. Puis nous devions jouer la semaine suivante à “La Péniche” de Château-Thierry. Pipo avait prévu de nous rejoindre sur le site directement en moto car il partait pour la semaine en escalade dans le Vercors. On ne le revit qu’un an plus tard finalement, car il convolait en justes noces avec la montagne. Du coup, nous avons dû faire le spectacle à trois, on était dans la mouise… Heureusement pour nous, le public changeait au cours de la soirée, ce qui nous permit de rejouer plusieurs fois les mêmes morceaux.
Quelques jours plus tard, Henri Leproux nous mit sur le coup d’une émission de télé produite par Albert Raisner intitulée “Point chaud”. Henri nous présenta, il avait dit à Albert que nous étions 4. Pipo étant toujours introuvable dans la montagne, notre copain Hubert Frouin, dernier pianiste de “Quo Vadis”, fut métamorphosé en rocker guitariste. Nous avions 12 titres à interpréter en semi-direct, préalablement enregistrés en bande, le tournage avait lieu au Golf Drouot sur le Tremplin et Albert Raisner passait deux titres tous les mercredis, pendant 6 semaines.
Ces passages télé nous redonnèrent la pêche. “Bijou” puis “Téléphone” sortaient leur premier album, Plastic Bertrand sortait “ça plane pour moi”, le rock d’ici sortait du creux de la vague, il ne fallait pas, cette fois encore, louper le train!
On se mit à composer et à donner une couleur plus d’actualité à notre musique que le rock n’roll.
Lorsque le squelette de l’album fut prêt, on entreprit le démarchage auprès des maisons de disques tout en continuant les prestations scéniques. WEA, Barclay, Vogue étaient intéressés par notre bande. Vogue qui nous avait demandé de refaire dans leur propre studio 2 titres en maquette, sous la direction artistique de Christian Chartier ne nous donnait pas de réponse alors que Jean Fernandez de Barclay nous avait reçu dans son bureau pour discuter des modalités et conditions de l’enregistrement, et nous étions prêts à accepter.
Un soir, je reçus un coup de fil d’Henri Leproux qui m’expliqua qu’une personne importante du show-biz cherchait à nous joindre et qu’il lui avait donné nos coordonnées.
Le lendemain matin, je reçus un télégramme qui me demandait d’appeler d’urgence un numéro de téléphone, ce que je fis, et nous eûmes un rendez-vous sur le champ.
Il s’agissait de Jacques Wolfsohn , vice-président de Vogue, qui avait écouté notre bande par l’intermédiaire de son assistant, François Surmomt, qui avait écouté lui-même en espion cette bande par l’intermédiaire d’un de ses amis travaillant chez Barclay, et qui venait de s’apercevoir que cette bande existait depuis 2 mois chez Vogue. Notre entrevue se déroula de façon très agréable "drinks" et tout le tin-touin à l’appui: nous étions très impressionnés par le personnage de Jacques Wolfsohn, découvreur producteur de Johnny Hallyday, Françoise Hardy, Jacques Dutronc.
Il accepta nos conditions à savoir : studios illimités, affiches 80x120, 40x60, cartes postales, photos de presse, bios pour la pub, une avance sur royalties de 30 000 Frs et un pourcentage sur la vente. Nous donnions l’édition de nos titres à Alpha Music et les contrats furent signés. Nous avions carte blanche et on restait quelquefois jusqu’à 8h du mat aux studios à peaufiner des sons. Le midi, nous allions manger à la cantine de Vogue où on retrouvait les artistes maison: Aimable, Paul Personne, Patrick Sébastien et Séverine, les Charlots, Martin Circus, Micheline Dax, Jacques Lantier, Plastic Bertrand etc. Nous y avons même croisé le groupe Kiss et Ian Dury lors de leur venue en France. En juin, l’album était terminé et mixé et devait sortir début juillet.
Je partis en vacances dans le midi, Gérald et Yoyo sont restés à Paris: ils n’étaient pas très satisfaits des mixages et ils obtinrent de Wolfsohn de retarder la sortie de l’album pour refaire des mix. Malheureusement les studios n’étaient pas disponibles avant septembre et on commit là notre première erreur commerciale, car l’album de “Starshooter”, dans le même esprit que nous, sortit à cette période nous devançant pour la promo.
par Serge Doudou
Fin de la première partie,
La suite la semaine prochaine,,,,,,,,,,,,,,,,
Pour illustrer musicalement l’article
En écoute : Rock dans la rue











