En novembre 1976 sort « L’Heptade », le troisième et dernier album studio d’Harmonium. Il s’agit d’une œuvre musicale imposante s’étalant sur deux vinyles. Son concept plutôt étrange et complètement ésotérique s’articule autour du chiffre 7 ou plus exactement autour du nombre 7 : sept thématiques, sept états d’âme, sept chansons...sept musiciens.
Dorénavant Harmonium compte en effet sept membres. Au fil de la tournée des « Cinq saisons » et de l’enregistrement de « L’Heptade », quatre musiciens ont rejoint le groupe alors que Pierre Daigneault et Michel Normandeau le quittaient. Parmi les petits nouveaux, deux ex-membres de Contraction et de Ville Emard Blues Band (Denis Farmer et Robert Stanley) auxquels s’ajoutent Libert Subirana (accompagnateur d’Yvon Deschamps) et la choriste Monique Fauteux.
Fiori fait également appel pour les choeurs à Richard Seguin (les Seguin), Pierre Bertrand (Beau Dommage) et Estelle Ste-Croix (Ville Emard Blues Band).
Afin d’ajouter une texture symphonique à l’album, Fiori demande au pianiste Neil Chotem de composer des intermèdes classiques. Interprétés par l’Orchestre Symphonique de Montréal sous la direction du compositeur, ces interludes musicaux seront rajoutés lors du mixage final,
Ce double album-concept, qui marque l'apogée d'Harmonium, illustre les sept niveaux de conscience vécus par un personnage à travers son quotidien. Du matin au soir … de la folie à la sagesse … de la naissance au sommeil définitif … autant d’interprétations, de perceptions que d’auditeurs. Ce contenu plutôt nébuleux est d’ailleurs suggéré avec tous ces nuages illustrant la pochette.
Et qu’en est-il de l’illustration musicale de cet ambitieux projet ?
Après un prologue symphonique de Neil Chotem, l’album démarre pour de bon avec « Comme un fou » premier acte de ce voyage fascinant.
Cette pièce majestueuse et obsédante va nous donner le ton pour le reste de l’album. On se rend compte très rapidement que le groupe ne va pas se contenter du folk prog de l’album précédent. L’ambiance de ce titre ne cesse d’osciller entre douceurs mélancoliques et moments nettement plus soutenus. Et il en sera de même pour les titres suivants où l’intégration bienvenue d’une batterie, les interventions d’une guitare électrique, les parties orchestrées à la Alan Parsons Project nous obligent à reconnaître que le groupe a encore franchi une étape.
De même que l’on ne pouvait reprocher aux « Cinq saisons » d’être un copier/coller de son prédécesseur, on doit reconnaître que « L’Heptade » nous offre à son tour une nouvelle texture, un son différent de tout ce qui a précédé.
L’extraordinaire charisme vocal de Fiori amorce tous les titres avant de les entraîner dans une explosion d’orchestrations, d’intermèdes, d’harmonies vocales, d’improvisations qui doivent tout à la sensibilité et au talent cumulés des musiciens d’Harmonium. Il en est de même pour « Le corridor » chanté par Monique Fauteux.
Cet opus qui avait débuté avec « Comme un fou » se clôt avec son pendant, son miroir inversé, « Comme un sage ».
De la folie à la sagesse, tel était le propos de Fiori auquel finalement on se dit qu’on n’a pas compris grand-chose pendant que le final aux arrangements classiques de Neil Chotem livre ses dernières notes…
Pas d’importance, la musique parle d’elle-même. La tournée qui suit et qui va durer plus de deux ans va le prouver. En effet, après avoir sillonné le Québec, la tournée de l’Heptade remportera un immense succès dans les provinces anglaises.
C’est d’ailleurs à Vancouver que, en une seule prise, sera enregistré « En tournée » l’unique enregistrement live de l’Heptade. Publié en 1980 par la Société Radio-Canada sans le consentement d’Harmonium, le double vinyle est rapidement retiré du marché (j’m’en foutais parce qu’entre-temps j’avais pu m’en procurer un exemplaire). Il faudra attendre 2002 pour une parution officielle.
« En tournée » est une époustouflante version de L’Heptade « dans son entièreté » (comme le dit Fiori). Si certaines chansons restent assez fidèles à la version studio, d’autres sont totalement transfigurées telles « Premier ciel » ou « Lumière de vie » où, en l’absence d’orchestre symphonique, le mellotron de Serge Locat et la guitare électrique de Robert Stanley sont davantage mis à contribution.
Mais l’histoire de L’Heptade n’est pas terminée pour autant. En 2016, à l’occasion du 40ème anniversaire de la parution de « L’Heptade », celui-ci sera profondément remixé par Fiori et Valois sous le nom de « L’Heptade XL » (soit L’Heptade 40). Les deux vétérans d’Harmonium en profiteront pour remettre au premier plan les voix et les instruments du groupe qui avaient été un peu écrasés lors des apports de l’orchestre symphonique. De plus, d’autres subtiles modifications seront apportées au mixage.
Nouveau succès et au final, en un peu plus de 40 ans, L’Heptade aura dépassé les 400 000 exemplaires.
Retrouvez sur le blog les deux chroniques précédentes consacrées à Harmonium ICI et ICI.
Pour en savoir plus sur « L’Heptade » je vous convie à jeter un œil sur la page Wikipédia qui lui est consacrée ici
Pour une biographie du « groupe Harmonium », c'est ici
Je ne vais pas terminer mon post sans signaler que l’on peut trouver sur la toile un article formidable où chaque titre de « L’Heptade » est remarquablement commenté ICI
(merci à Makhno pour l’article de Rock en Stock)
par Crapou
titre en écoute : « Comme un fou » (extrait)









