Au Québec en février 1974 sortait un album simplement intitulé « Harmonium ». Ne pas se fier au titre du LP, il n’y a pas d’harmonium sur ce disque, juste un soupçon de piano et d’orgue Hammond. Par contre cet album folk à saveur progressive offre un son totalement dominé par les guitares acoustiques (les fameuses guitares Norman fabriquées au ‘Kébec’).
Quoi ? Encore un groupe qui se la joue à la Crosby Stills Nash & Young !
Ben oui, c’est pas d’ma faute si le leader du groupe fait ce qu’il veut de sa douze cordes pendant que sa voix s’accorde si bien avec celles de ses p’tits copains.
Le groupe Harmonium est alors constitué de trois musiciens : Serge Fiori (guitare, flûte et chant), Michel Normandeau (guitare et vocaux) et Louis Valois (basse, piano et vocaux).
Quelques musiciens additionnels participent à l’enregistrement dont Réjean Emond à la batterie et Alan Penfold au bugle (ou flügelhorn, sorte de trompette).
3Finalement c’est avec Quality Records, une maison de disque de Toronto, que les membres d’Harmonium ont réussi à signer un contrat après n’avoir essuyé que des refus des compagnies du Québec.
Apparemment, les anglophones de l’Ontario ont été moins effrayés par les compositions originales et complexes du groupe que les francophones de Montréal bien que, chez Quality Records également, on aurait préféré des titres plus courts (pour les radios) et chantés en anglais.
En tout cas, avec ses neuf plages d’une durée assez conséquente où l’on note l’absence de toute amplification électrique ou autre sonorité synthétique, l’album rencontre très rapidement un succès considérable au Québec (plus de 100 000 ventes en quelques mois). Changement de statut : de petit groupe favori de l’underground montréalais, Harmonium devient un groupe très populaire dans la province où les concerts vont se multiplier.
Guitariste, chanteur, compositeur de l’essentiel des chansons, Serge Fiori apparaît rapidement comme le pilier du groupe. De sa première rencontre avec celui-ci, l’ingénieur du son Michel Lachance dira : « J’ai tout de suite vu qu’il y avait quelque chose d’inusité en lui. Tout d’abord, il avait toujours l’air épuisé, fatigué, sans que personne ne sache pourquoi. Il était transparent, disait tout ce qu’il pensait, mais surtout, il était particulièrement talentueux. Il avait un contrôle de son falsetto* (* voix de tête haut perchée) complètement ahurissant. Je n’avais jamais entendu ça. Et comme guitariste, il était exceptionnel. »
Effectivement l’une des forces de ce disque est la voix de Fiori qui vous prend aux tripes et dont le lyrisme et l’émotion se marient fort bien avec la fragilité, la délicatesse des arrangements acoustiques.
Comme si cela ne suffisait pas, des paroles que chante Fiori se dégage une poésie entêtante, tour à tour paisible ou soucieuse, parfois un peu confuse mais toujours en adéquation parfaite avec la suavité des harmonies.
« Il est trop tard / pour comprendre / Il fait trop noir / pour attendre »
(Aujourd’hui je dis bonjour à la vie)
« Un vieux attend / délaissé sur un banc du quartier
plié par le vent / habillé par ses sentiments / oublié par le temps.. »
(Vieilles courroies)
Le titre éponyme qui ouvre l’album (en écoute en fin de chronique) dépasse les 6 minutes. Les musiciens y varient les tempos passant d’un folk calme et désenchanté à des passages plus énergiques avant de faire appel à une batterie et de conclure avec un superbe solo de trompette (bugle).
Des voix d’enfants jouant dans une cour de récréation introduisent « Aujourd’hui je dis bonjour à la vie » avant de resurgir pour clore cette plage et annoncer la suivante « Vieilles courroies » parcourue par un piano mélancolique et une flûte atmosphérique.
A noter que certaines paroles évoquent les aspirations souverainistes du Québec de l’époque :
« Des inconnus vivent en rois chez moi / Moi qui avais accepté leurs lois » (Pour un instant)
En effet, très vite le groupe s’avérera être un fervent soutien du Parti québécois prônant l’indépendance du Québec.
L’album se conclut avec les 7 minutes de « Un musicien parmi tant d’autres » où les chœurs sont assurés par une dizaine de passants ramenés au studio par Fiori et Normandeau qui étaient allés les solliciter dans la rue.
L’histoire de cet album ne s’arrête pas là puisqu’en décembre 2019, à l’occasion du 45ème anniversaire de la parution de celui-ci, sous l’intitulé « Harmonium XLV » (soit Harmonium 45) une version remixée par Fiori et Valois voit le jour. On y trouve une version alternative de « Pour un instant » renommée « Pour un instant XLV » comportant un solo inédit de Normandeau à l’harmonica ainsi que de subtiles modifications sur d’autres titres .
Si vous voulez en savoir plus sur ce groupe québécois (et indépendantiste) à qui, ironiquement, des anglophones auront donné l’opportunité de faire ses débuts discographiques, je vous invite à parcourir leur bio sur Wikipédia :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Harmonium (groupe)
Si le lien se plante, faites une recherche avec « harmonium groupe »
De plus les abonnés du blog auront droit à la passionnante « histoire d’Harmonium racontée par Marie-Christine Blais » sur Radio-Canada (durée 23mn) à laquelle j’ai joint deux titres inédits en CD : « Un refrain parmi tant d’autres » et « C’est dans le noir ».
( à la version vinyle j’ai ajouté la face B du premier 45T d’Harmonium qui comportait un inédit intitulé « 100 000 raisons » et qui réapparut sur la première réédition CD non remastérisée de l’album).
Titre en écoute : Harmonium (titre éponyme)
par Crapou
(à suivre)







