Attardons-nous aujourd’hui sur le premier album de Gérard Manset, paru en 1968. Autant vous prévenir, cela va être un peu long, un rien compliqué. Prenez un xanax, un rail de coke ou rouler votre moquette pour la fumer avant toute immersion dans le texte qui suit ...
Bien sûr je connaissais comme tout le monde LE tube de 1975 Il Voyage En Solitaire mais à 11 ou 12 ans c’était une chanson comme une autre qui passait à la radio, devenue un chef d’oeuvre intemporel par la suite, inscrit au patrimoine de la chanson française à mon avis.
Ce n’est qu’une nuit de 1989, un lundi vers 2h30, désolé je n’ai plus la date exacte, alors que j’attendais mon train hebdomadaire pour la capitale que, grâce à l’auto-radio de ma petite Seat Ibiza branché sur RTL, j’ai eu LE déclic, LE choc ! On y passait Matrice : whaouh quelles guitares, quels rythmes ! Pouvait-ce vraiment être le même auteur que cette chanson mélancolique et désespérée 14 ans plus tôt ?
Le soir même, bravant le sommeil, je me tapais Créteil Préfecture-Opera (ligne 8) en métro et achetais l’album sur les Champs, vous savez, au Megastore, album qui aujourd’hui est toujours un des 10 que j’emmènerais sur une île déserte … en ayant quand même pris soin d’emmener aussi un panneau solaire pour alimenter mon lecteur parce que bon, il ne me servirait pas à grand-chose dans le cas contraire ! Je le connais par coeur mais le réécoute régulièrement, juste pour vérifier le bien qu’il fait par où ça passe !
A partir de ce moment la passion pour le bonhomme m’a prise et j’ai décidé de remonter la piste. Du moins j’ai essayé … parce que je me suis très vite rendu compte que, où des milliers d’artistes se plaignent que leur répertoire leur échappe et se retrouve exploité et éparpillé un peu partout à l’insu de leur plein gré, Manset lui n’a strictement besoin de personne pour foutre un boxon sans nom dans sa discographie : tout seul comme un grand il réédite à gogo en changeant des chansons d’album (!?!) et d’année, fait des impasses sur certains, charcute des titres ou à l’inverse leur fait subir une élongation, remixe à bon escient ou un peu moins … On ne compte plus les interventions chirurgicales, jusqu’aux pochettes retouchées pour ne pas laisser son visage apparaître en entier, et franchement ça casse un peu les nougats !
Bref, si vous n’avez pas les vinyles d’avant Matrice, c’est-à-dire avant l’ère du cd, vous n’avez pas la VRAIE discographie de Manset. Vos vinyles croustillent pire qu’un paquet de biscottes que l’on écrase consciencieusement à la main, enrobées dans une feuille de papier alu ? Tant pis pour vous ! Résultat : établir aujourd’hui sa discographie exhaustive nécessite un emploi à temps plein !
Mais revenons à ce premier album. Le concernant c’est (presque) plus simple : il ne veut plus en entendre parler ! Il ne le republiera jamais et en a détruit les masters. Mais on a déjà entendu le même discours pour d’autres albums et/ou titres qui ont finalement eu un retour en grâce aux oreilles du Maître et refait surface au cours de la cinquante-douzième réédition. Ou était-ce la quarante-treize ?... Il a d’ailleurs réenregistré le titre Animal On Est Mal en 2014 avec le groupe deUs sur la trente-seizième compilation ! Donc tout revirement n’est pas à exclure.

Musicalement je ne parlerais pas comme certains de rock progressif, déjà ce n’est pas particulièrement « rock » (mais le rock progressif non plus à vrai dire, il progresse, voire régresse parfois, plus qu’il ne rocke !). Je qualifierais cet opus de pop baroque, un rien psychédélique, à l’instrumentation déjà très très riche et soignée et aux textes parfois totalement hallucinés (On Ne Tue Pas Son Prochain, Animal On Est Mal, La Femme Fusée …).
Pour le progressif je pense qu’il faut plutôt regarder du côté de l’album suivant, La Mort D’Orion, paru en 1970, album que beaucoup considèrent comme un chef d’oeuvre, Manset lui-même apparemment car il ne l’a jamais (trop) retouché au gré des diverses rééditions. Personnellement son côté narratif et sentencieux me prend le chou mais bon, les goûts et les couleurs … Il en est tout autrement du fabuleux 2870 paru en 1978 que l’on peut lui aussi éventuellement cataloguer dans le progressif. Il se murmure qu’il sera réédité le 1er janvier 2870 au format mp69 (un format qui sera créé à l’époque permettant de lire les fichiers dans les 2 sens) avec 2864 titres en plus pour faire le compte rond, chacun étant une nouvelle version du précédent avec racine carrée de 12 secondes en plus ou en moins selon l’humeur de l’artiste. Mais chut, je ne vous ai rien dit.
Probablement parallèlement à la parution de La Mort D’Orion, l’album éponyme de 1968 a lui aussi été réédité en 1970. Et comme (déjà) rien n’est simple chez Manset, la pochette est différente et le track-listing totalement bouleversé, les gars ont dû faire tomber les fichiers et mélanger les numéros. De plus, exit « Pas De Pain », bonjour « l’Arc-En-Ciel » et « La Dernière Symphonie », 2 titres qui figuraient à l’origine uniquement en face B du super 45 tours Animal On Est Mal paru avant l’album en 1968. Et, cherry on the cake comme ils disent en Laponie méridionale, ajout d’un titre totalement inédit, apparemment issu des mêmes sessions : Golgotha. Bref, déjà un bel aperçu du désordre à venir à partir de 1988 avec les rééditions cd et qui n’a jamais cessé depuis.
L’album sous cette forme a fait l’objet de plusieurs rééditions au fil des ans mais une seule en cd, totalement illicite en 2010 avec la mention « Gérard Manset 1968 », nom que du coup beaucoup donnent à tort aujourd’hui à cet album.
Ce n’est qu’en 2019 qu’une édition vinyle, elle-même pirate, verra le jour sous la pochette d’origine (Manset fumant un cigare) avec l’intégralité des titres de l’album originel et de sa réédition 1970, mais dont la source reste douteuse (à partir de mp3 peut-on lire sur le net).
Vous êtes toujours là ? Oui, parce que je me rends bien compte qu’à l’issue de ce long texte rébarbatif vous n’avez rien compris à mon blabla , je vous ai perdus, vous pioncez ou êtes passés à la chro (kro?) suivante ! Donc place à ce pourquoi vous êtes là, un ovni du paysage musical francophone de plus dans votre escarcelle, dans un petit paquet qui contient tout :
- l’album éponyme 10 titres de 1968, Pas De Pain inclus (si vous comprenez le sens de cette formule faites-moi signe ! )
- les 2 titres de la face B du super 45 tours Animal On Est Mal
- l’inédit des mêmes sessions : Golgotha.
Donc si tout se passe bien vous devriez être en possession des 13 titres millésimés 1968. Et si vous m’en trouvez d’autres ou dans des versions différentes, alors là je ne réponds plus de rien et je deviens carrément un chat méchant !
En extrait, le titre ayant justement subi les coups de sécateurs de l’artiste lors de la réédition 1970 (une des rares officielles si j’ai tout bien suivi … mais rien n’est moins sûr, je me dilue moi-même dans ce foutoir !) : Pas De Pain (pas encore cuit d’après la femme du boulanger, du coup elle m’a proposé des miches toutes chaudes !)
2ni The Cat







