Cette chronique fait suite aux chroniques du blog consacrées à Séguin et à Harmonium (notamment à l’album « L’heptade » d’Harmonium).
Pourquoi rédiger une chronique sur le duo québécois Fiori-Séguin alors que la Toile regorge d’infos et de documents sur leur unique album de 1978 ? Tout simplement parce que nous sommes en France et que leur LP y passa relativement inaperçu alors qu’il cartonnait dans la belle Province.
En effet, très vite, dès sa parution, leur opus s'y vend à plus de 200 000 exemplaires et est certifié double platine.
Et en 1979, lors du premier gala de l’ADISQ (Association Québécoise de l'Industrie du Disque et du Spectacle) l’album fait un tabac et remporte trois Félix : disque de l'année (catégorie auteur-compositeur-interprète), groupe de l’année et microsillon de l’année (ils étaient même un peu gênés d’être passés à deux reprises devant Félix Leclerc qu’ils admiraient tant).
En mai 2018, à l’occasion du 40e anniversaire de « Deux cents nuits à l’heure », parution d’une nouvelle version remastérisée intitulée « Deux cents nuits à l’heure XL».
Je ne vais pas vous conter l’histoire de cet album, Serge Fiori et Richard Séguin la racontent eux-mêmes ici et ici
Pour ceux qui parmi vous n’auraient pas le courage de lire ces longues interviews réalisées en 2018, je vous en livre quelques éléments.
Au départ ils sont trois : Serge Fiori, Richard Séguin et Michel Rivard. Leurs groupes respectifs (Harmonium, les Séguin, Beau Dommage) viennent de s’arrêter ou vivent leurs derniers moments.
L’idée initiale des trois amis est un album acoustique avec des compos perso et des titres écrits en commun : juste un disque à la Crosby Stills and Nash version québécoise, aucune tournée n’étant envisagée.
Lorsque Rivard part conter fleurette en Europe, Fiori et Séguin décident de poursuivre l’écriture à deux. Et lorsqu’ils entrent en studio, plusieurs musiciens d’Harmonium, sans y être invités, rappliquent les uns après les autres.
Bien qu’il n’ait jamais été question de former un nouvel Harmonium, l’arrivée successive des anciens (Libert Subirana, Monique Fauteux, Neil Chotem, Robert Stanley, Denis Farmer puis Jeff Fisher qui avait remplacé Serge Locat depuis son départ d’Harmonium fin 1977 ) va amener un projet initialement intimiste vers un projet collectif où les chansons ne vont pas rester acoustiques bien longtemps.
Plutôt déconcerté et déstabilisé par la complexité des arrangements, Séguin, le folkeux de la bande, quitte le studio au moment du mixage pour revenir écouter (et valider) le résultat final.
Au départ de l’aventure en 1977, il y a un titre écrit à quatre mains par Fiori et Séguin « Ça fait du bien » qui traduit le sentiment d’amitié qui anime le trio originel. Il y a aussi « Chanson pour Marthe » de Richard Séguin pour Marthe sa bien-aimée. Il y a également « Le vent du fleuve » de Michel Rivard (qui se retrouvera finalement sur l’album Passagers de Beau Dommage). Il y a enfin le titre solo de Serge Fiori « La moitié du monde » qui sonnera comme la piste la plus prog de l’album avec ses performances au saxo et aux synthés (titre dont le texte portant sur les fausses apparences aurait pu être écrit en 2018 à l’ère des réseaux sociaux).
Le trio devenu duo compose ensuite « Deux cents nuits à l’heure » drôle de chanson en deux tableaux où ils se succèdent au chant « ...les deux inconnus au bout de deux cents nuits se sont mis à chanter une drôle de chanson / On s’est fermé les yeux pour mieux les écouter / ils racontaient l’histoire d’un drôle de camion... ».
Puis c’est « La guitare des pays d’en haut » où ils évoquent leur amour commun pour la guitare « ...Tu connais bien la sueur de ma main qui cherche l’accord final qui n’aura jamais de fin / un son qui remplace tous les mots pour aller te rejoindre au pays d’en haut... ».
C’est en composant « Viens danser » que Fiori découvre son agilité au piano qui est pourtant loin d’être son instrument de prédilection.
Loin d’effrayer les programmateurs, ses 6’01 feront le bonheur des radios FM francophones canadiennes qui les diffuseront à ‘outrance’.
De son côté Séguin propose avec son second titre perso « illusion » une plongée au sein d’un dialogue intérieur qui nous mène de l’angoisse vers un apaisement plein d’espoir « J’vas passer la nuit blanche à chercher d’où tu viens /…./ Pour une fois...j’peux marcher sans tomber même si j’traîne avec moi tout mon passé /…. / C’que j’ai senti j’peux pas l’décrire mais j’veux l’partager avec vous ».
L’album ne compte que sept longues plages (de 6’00 à 8’30 hormis un titre de 4’20).
Avec sa base folk, ce disque où se mêlent et se fondent harmonies vocales, guitares acoustiques, saxophone, synthétiseurs et autres éléments de rock progressif, s’avère au final plus accessible, plus mélodique que le fameux « Heptade » d’Harmonium auquel on le raccroche bien souvent.
Peut-on pour autant considérer alors Fiori-Séguin comme un nouvel Harmonium, un "Harmonium 2" ? Voire un "Harmonium 4" sachant qu’à chaque nouvel album (très différent du précédent) de nouveaux musiciens intègrent le groupe ? La question se pose peut-être parce que, la tournée de « L’heptade » n’étant pas terminée, Fiori en profite pour tester en public des chansons de « Deux cents nuits à l’heure » avec parfois la présence à ses côtés de Séguin (qui fait de même en intégrant le titre « Chanson pour Marthe » dans ses concerts solo).
En fait, sous le nom « Fiori-Séguin », les deux musiciens ne donneront que deux concerts : l’un dans une petite salle du Québec et un second dans le sud de la France.
Malgré les attentes du public et la pression de CBS, les deux musiciens ne céderont pas : comme prévu initialement, il n’y aura pas d’autre spectacle ni de tournée. « Deux cents nuits à l’heure » demeurera le témoignage de la rencontre de deux musiciens passionnés qui ont utilisé la musique comme langage du partage.
Vous pouvez visionner sur la vidéo YT ci-dessous, trois titres de « Deux cents nuits à l’heure » inclus dans des concerts d’Harmonium (avec la participation de Séguin pour « illusion »).
titre en écoute : les 5 premières minutes de « Deux cents nuits à l’heure »
par Crapou








