Emmanuel Booz est considéré à juste titre comme avant-gardiste ayant traversé les décennies avec toujours cette petite distance d'avance sur ses contemporains. En dehors de sa discographie solo, une multitude de compositions et de projets sont restés inédits, voire secrets.
En 1981, il monte le légendaire groupe FFI et enregistre en pressage privé le fameux «L'ère du nucléaire» qui circule dans les réseaux underground, sera diffusé sur les radios pirates, tout comme «Fils de prolo» en face B, bande FM qui deviendra la même année Radios Libres.
En parallèle, les petits labels et autoproductions ( FLVM Faites Le Vous Même) rivalisent d'ingéniosité pour distraire hors des clous, le dénicheur de raretés, car voyez-vous il y avait pléthore de créativité en ces temps-là. Mais revenons en 1969.
Emmanuel Booz se retrouve en studio en la présence de Arlo Guthrie et enregistre une adaptation de l'album «Alice's Restaurant» sorti en 1967. Il est question de protestation inspirée du réel, en pleine période de conscription militaire.
La version de Emmanuel Booz est fidèle à l'originale, la face A se présente sous la forme d'un ragtime où le sujet principal s'articule autour d'un monticule d'ordures déversées dans une décharge près du restaurant. La situation prend une dimension quasi-métaphysique, la police se rend sur place et procède à l'arrestation d'Arlo et d'un de ses amis.
Subterfuge pour enrôler de force deux Draft Resisters. La version de mister Booz est un argument ajusté à la politique restrictive menée par un gouvernement réactionnaire.
La bande démarre comme la bobine d'un film, 20 minutes grinçantes de critiques acerbes sur les lois complètement absurdes d'une société victime de ses propres contradictions.
La Face B est une série de titres plus courts, entre ballades et chansons amusantes, avec en final un titre psychédélique «Visage». Le disque passe quasi inaperçu et comble de l'histoire, même le 45 tours tiré du 33 tours, connaît la même trajectoire. Emmanuel Booz ne se contente pas de réadapter l'oeuvre de Arlo Guthrie, il compose des titres comme Jean et Jean, assisté de Boris Bergman.
Au restaurant d'Alice est en quelque sorte le menu de délices que seuls ont connus les protagonistes de cette histoire rocambolesque.
En écoute : Visage
Aural Oddities.




