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Chroniques

ECLATS (biographie complète)

francerock7029 janvier 2021

Retour sur le groupe "Eclats', pour un éclairage beaucoup plus précis sur la carrière du groupe. Ayant très peu d'infos lors de mes précédentes chroniques, j'avais essayé de faire…

ECLATS (biographie complète)

Retour sur le groupe "Eclats', pour un éclairage beaucoup plus précis sur la carrière du groupe. Ayant très peu d'infos lors de mes précédentes chroniques, j'avais essayé de faire avec les éléments en ma possession mais il y avait de nombreuses lacunes.

Laurent un fan du groupe qui les a suivi régulièrement à l'époque m'a contacté pour m'indiquer qu'il y avait pas mal d'erreurs concernant Eclats.

Au vu de la multitude d'éléments fournis, je lui ai tout simplement demandé de refaire une chronique complète sur la carrière du groupe.

Ca tombe bien , il est journaliste dans le bimestriel " Batteur Magazine ", c'est également un amateur de hard et de heavy métal.

Laurent c'est donc beaucoup investi pour FRANCEROCK70, de plus, il n'a pas hésité à contacter le groupe "lazuli" pour compléter son travail.

il nous délivre la genèse du groupe, le déroulement complet de sa carrière et récapitule la discographie du combo.

L'article très fouillé est accompagné de photos personnels et d'une photo inédite d'éclats (fournie par LAZULI).

Je vous invite donc à lire la très belle chronique de Laurent Bendahan, histoire de remettre les pendules à l'heure.

J'en ai profité pour vous ripper le 45 tours de dominique léonetti sorti en 1988 (mets du bleu - message), un bon single musicalement  bien ancré dans le style de l'époque.

- Merci à MAKHNO pour le nettoyage numérique.

- Un grand merci à laurent pour son implication,

- merci également au groupe LAZULI pour sa gentillesse.

Attention, je vous incite vivement à revenir demain sur FRANCEROCK70 car il y aura une belle surprise !

LE SINGLE

Titre en écoute : message


Musicamicalement

PAT

Rédac' chef FR70


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" Mémoires Eclatantes "

Lorsqu’on est un jeune metalleux de la région de Nîmes dans les années 80, on ne peut pas dire que l’on ait été gâté au niveau des concerts. Les groupes internationaux n’y passaient pour ainsi dire jamais, préférant privilégier Montpellier. Du côté des disquaires, la pénurie était très similaire, surtout lorsqu’on s’intéressait aux LP importés des formations underground.

Tous les mois, il était certes possible de lire dans Enfer Magazine et Metal Attack de super chroniques de concerts et de disques difficiles à dénicher. Mais à une époque où internet n’était qu’au stade de « rêve scientifique », l’extase de la lecture laissait immanquablement sa place à la frustration. Face à ce désert metallico-culturel, il était naturel de s’intéresser à la scène locale.

Quelques décennies plus tard, nostalgie oblige, je me souviens avec tendresse de ces combos qui ont jalonné mon adolescence comme Synthèse (Heavy mélodique avignonnais tendance « Van Halen », rapidement renommé Sultans’ Seed), Angel Dust (Speed Metal dans le style « Venom/Motörhead » d’Avignon, à la réputation sulfureuse, connu pour ses idées punk anarchistes et ses méfaits scéniques comme la découpe de lapins vivants), Vitriol (Quartet montpelliérain au style heavy « manowarien »), les nîmois d’H And H (Évoluant dans le même registre que Sortilège) ou bien Bromothymol d'Arles (Attaché aux (déjà) vieilles racines Led Zep et autres Purple).

Parmi les groupes marquants du milieu des années 80, Eclats figure en bonne place. Mais pour une raison inconnue, alors que les groupes précités sont correctement référencés sur internet, Eclats est quasiment invisible de la toile, d’où l’envie de poser ici quelques souvenirs afin qu’ils ne s’envolent jamais...

Le groupe est né en 1983 mais je l’ai découvert en 1984 grâce au disquaire indépendant nîmois « 340ms », tenu par un baba cool, véritable sosie de Jesus Christ la couronne d’épines en moins, et totalement ouvert à la scène metal. Ce dernier a eu la bonne idée de mettre en évidence le premier « 45 tours » éponyme, enregistré en Mai 1984 au Studio De L’Hirondelle à Lattes. Ce disque « fait maison » a une pochette très fun en noir et blanc, représentant les quatre membres dont les têtes photographiées avaient soigneusement été découpées et assemblées à des corps dessinés façon « cartoon », avec une apparition incongrue du Capitaine Caverne.

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À moins que ce ne soit l’un des frères Tête-Dure, Roc ou Gravillon, les personnages des Fous Du Volant ? Et pour couronner le tout, l’intégralité des notes et crédits avaient été écrits à la plume à l’encre noir. Effet cahier d’écolier garanti ! Sur la face A figure « Bonhomme De Cire », un morceau lent avec des accords lâchés, surplombé par la voix déjà surprenante du jeune Dominique Léonetti, chaleureuse, émotionnelle et haut perchée, dont la seule référence venant spontanément à l’esprit est Daniel Balavoine.

Ce titre évoque une personne âgée, seule, se consumant au fil des ans. En bref, une chanson sur la condition humaine, sujet étonnamment mature de la part d’un adolescent. Ici, point de double grosse caisse et d’exubérance à l’horizon. La section rythmique, composée de Florian Pétrier (Batterie) et de Georges Martorell (Basse), préfère se concentrer sur le groove. Point de solos torturés non plus. Le guitariste Claude Léonetti (le frangin) est adepte de mélodies facilement accessibles, loin de l’esprit « shredder ». À noter aussi une tendance à jongler avec les changements de rythmes et de tempos, un côté « progressif » qui ne quittera jamais les frères Léonetti. Sur la face B figure une ballade dont le titre parle de lui-même, « Les Chemins De La Liberté ». La production est peu puissante mais très clean et organique. En bref un enregistrement authentique !

De la même façon que Def Leppard a fait parler de lui grâce à la sortie de son premier Single, un buzz a commencé à se construire autours d’Eclats. À l’époque les groupes arrivant à sortir du cadre des démos en cassette n’étaient pas légion, et la sortie d’un vinyle était déjà un aboutissement.


Ce « 45 tours » a servi de carte visite vis-à-vis des promoteurs puisque le groupe réussira à se greffer à la plupart des scènes en plein air de Nîmes comme l’inévitable Féria. Il sera même invité par certaines radios locales. On se souvient notamment de leur passage dans l’émission « Metal Maniac » sur Radio Typ. En 1984, le hard rock et le heavy metal étaient empreints de clichés, à commencer par des paroles sauvages et sexistes. Les protagonistes de la scène se devaient d’apparaitre comme de gros méchants, bardés de clous et de cuir, prêts à en découdre. Eclats n’adhérait en rien à ce comportement, se présentant plus comme l’enfant improbable et illégitime de Francis Cabrel et d’Iron Maiden. C’est la raison pour laquelle l’avis du public était partagé. Les irréductibles ne les aimaient pas, les trouvant trop cool et naïfs dans leur approche des paroles. Les autres les adoraient pour leur approche mélodique, leur énergie positive et leur convivialité.


Je me souviens avoir assisté à une balance durant laquelle Dominique testait sa voix. L’ingé son, considérant qu’un chanteur de hard rock devait forcément s’égosiller, lui a demandé d’un air taquin de pousser des cris ; mais le chanteur a refusé, affirmant qu’il ne savait pas crier. Un comportement de prime abord anecdotique mais dévoilant un trait de caractère qui animera le chanteur durant toute sa carrière, écrire sa musique à sa façon en ignorant les codes préétablis, les modes et les critiques.


En Novembre 1985, le groupe entre au studio Métropole à Nîmes afin de sortir son second « 45 tours » éponyme. Cette fois l’artwork se veut plus professionnel. Le logo a été complètement revu. Par ses lettres rouges et anguleuses (dans un esprit gothique), il se veut plus proche de l’esthétique « Metal ». Le groupe y apparait cette fois en chair et en os, surplombé par un dessin de démon aux yeux menaçants. L’autre nouveauté est l’engagement d’un claviériste, Christophe Leporatti (qui mènera par la suite une carrière artistique honorable, accompagnant notamment Serge Lama). À l’image de la pochette, la musique s’est endurcie, s’inscrivant dans une lignée plus heavy. Sur la face A figure « La Peur », un mid-tempo énergique au riff « maidenien » parlant du sentiment de peur face à la mort, d’un motard roulant à vitesse grand V. Sur la face B figure une « power ballad progressive » du nom de « La Dernière Baleine », dénonçant les massacres d’animaux commis par l’homme au nom du profit. Pas de doute, Eclats est bel et bien animé par un sentiment humaniste. Il dénoncera en effet au travers de ses textes les guerres, l’esclavage, le racisme, la pollution, et tout comportement merdique dont l’homme s’est fait la spécialité. Comme dirait le poète : « Y’a beaucoup à dire et à faire ! ».

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Afin de promouvoir cette nouvelle sortie, le quintet s’est produit le 21 décembre 1985 au centre Pablo Neruda de Nîmes avec en première partie les sauvages d’Angel Dust. L’affiche était pour le moins contrastée, mais que voulez-vous, la sphère metal locale étant très restreinte, il fallait bien que les groupes unissent leurs forces. Ce concert fut un vrai moment de joie. Dominique et ses compères dégageaient une énergie chaleureuse communicatrice qui a enflammé toute la salle. On se souvient notamment du final aux allures de gigue généralisée, une ambiance peu commune pour un groupe de metal.

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La formation était désormais rôdée à la scène, présentant une bonne cohésion, avec un répertoire bien étoffé. Il était temps d’envisager l’enregistrement d’un album.

Malheureusement, le destin en a décidé autrement puisqu’en 1986, sa carrière est stoppée nette suite à un terrible accident de moto privant Claude de l’usage de son bras gauche. Nous n’entendrons plus parler d’Eclats durant plusieurs mois. À défaut d’album, il ne reste de la période 1983-1986 qu’un recueil de démos diffusé en cassette audio à quelques exemplaires au stand de merch du groupe :

- La Dernière Baleine (Novembre 85) – Même version que celle du second 45 tours
- Des Milliers De Bottes (Février 86 – Inédit)
- La Peur (Novembre 85) – Même version que celle du second 45 tours
- Fasho (Janvier 1985 – Inédit)
- Instrumental (Octobre 1985 – Inédit)
- Les Enfants De La Planète Bleue (Aout 1985)
- A tous Ceux Qui Sont Morts (Octobre 1983 – Inédit)
- L'homme Et L'Enfant (Avril 1986 – Inédit)
- Les Chemins De La Liberté (Aout 1983) – Même version que celle du premier 45 tours
- Bonhomme De Cire (Mars 1984) – Même version que celle du premier 45 tours


Malgré la situation, les frangins unis à la vie à la mort, n’ont jamais songé à abandonner la musique. Dominique, principal compositeur, a continué à écrire de nouvelles chansons. Deux d’entre elles se sont retrouvées sur la compilation Tremplin Sud sortie en 1987, sponsorisée par le même studio Métropole qui avait accueilli le groupe deux ans plus tôt. Nous avons ainsi sous le nom d’Eclats « Les Enfants De La Planète Bleu », très écolo dans l’âme, dont le refrain accrocheur est chanté par une chorale d’enfants. Le line up a été remanié pour l’occasion puisque le batteur d’origine a été remplacé Stephan Gaubiac ; quant à Claude, il occupe désormais le poste de claviériste ; et c’est Jean-Pierre Laval qui le remplace à la guitare. Contre toute attente, nous retrouvons aussi sur ce disque un morceau de Dominique en solo, « Elyse », très orienté « synthés pop/rock » et typé années 80. Nul doute que Dominique et Claude se détachaient progressivement d’Eclats.

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Les deux frères ont sorti effectivement en 1988 un 45 tours sous le nom de Dominique Léonetti, contenant deux titres pop/rock dans la lignée d’« Elyse », « Mets Du Bleu » et « Message ».

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Ce changement de cap s’est confirmé en 1989 lors de Féria de Pentecôte à Nîmes. Eclats y a en effet donné un super concert sur une immense scène sponsorisée par Ricard (la marque de pastis), le Dimanche 14 mai, sur le grand parking de la Porte De France, en première partie du groupe de fusion Fishbone. Il ne subsistait alors de la formation originale que les deux frères. La set-list en pleine mutation se situait à mi-chemin entre Eclats et Dominique en solo :
- Message (La face B du « 45 tours » solo de Dominique)
- Travail mauvais (Inédit paru sur aucun support officiel, parlant de l'exploitation par le travail des très jeunes enfants).
- La Dernière Baleine (Issu du second 45 tours)
- Mon Chemin (inédit ne figurant sur aucun support officiel)
- Elyse (Figurant sur la compil Tremplin Sud)
- Sous Les Miradors (Inédit ne figurant sur aucun support officiel, parlant du mur de Berlin)
- Solo de batterie de Stephan Gaubiac
- Les Enfants De La Planète Bleue (Figurant sur la compil Tremplin Sud)
- Mets Du Bleu (La face A du « 45tours » de Dominique)

Le groupe s’est montré une fois de plus chaleureux avec le public, en incitant ce dernier à chanter et s’amuser. Dominique n’était pas en grande forme ce jour-là, étant victime d’un rhume carabiné, mais il arrivait à atteindre les notes requises, même les plus hautes. Sa voix parlée était sacrément enrouée mais sa voix chantée était intacte, ce qui en disait long sur sa technique vocale et sa marge de manœuvre. Les guitares saturées étaient toujours présentes, mais elles devaient désormais côtoyer des synthés ultra-présents. Le futur d’Eclats serait donc rock « moderne » ou ne serait pas…


À la suite de ce concert, le groupe s’est de nouveau terré dans sa caverne. Était-il mort ? Préparait-il un retour en force ? Connaissant la flamme animant les frangins, on les imaginait mal en rester là. Bingo ! c’est en 1991 qu’Eclats fait un retour en force avec son tout premier (et unique) album pressé en CD. Il s’agit d’un « opéra rock » répondant au nom d’Addilélo Roi De Dikotome, réparti sur dix-huit pistes :
• Au Premier Temps (intro/Narration)
• Virevolter
• La Loi Métronome
• Au deuxième Temps (intermède/Narration)
• Poupée
• Addilélo
• Nous Partons Demain
• Au Troisième Temps (intermède/Narration)
• Hissez
• Au Quatrième Temps (intermède/Narration)
• L’Arbre De Vie
• Eilonda
• Au Cinquième Temps (intermède/Narration)
• Si La Terre Est Ronde
• Addilélo Est Fou
• Quand L’Empire Se Déchire
• Reflets D’Opale
• Après La Tempête

6_eclats_Addilelo

À l’écoute de ce petit bijou du rock progressif, on reste encore aujourd’hui subjugué par l’ampleur et la beauté du travail. Le line up (le même qu’en 1988) a été complété par quatorze musiciens classiques et choristes, effet grandiose garanti ! La musique est jalonnée des mélodies vocales et de guitares toutes plus belles les unes que les autres. Les changements de tempos et autres rebondissements y sont légion, mais ils sont gérés intelligemment, la fluidité de l’écoute étant toujours de mise. Côté paroles, nous avons affaire à un conte poétique aux allures enfantines évoquant un sujet récurrent, le temps qui passe irrémédiablement.

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L’œuvre a été jouée deux fois sur scène, une date au théâtre de Saint-Christol-Lez-Alès et une au théâtre de Saint-Martin-De-Crau. Le succès fut au rendez-vous, ces concerts étant ultra-complets. Malheureusement, la portée médiatique n’a pas dépassé la région du Gard. Il faut dire que le groupe était toujours en mode « autoproduction ». Son infrastructure n’était visiblement pas à même de passer au stade supérieur.

Ainsi disparut Eclats...
Les frangins décidèrent alors de former un nouveau groupe simplement appelé Léonetti. Ces habitués de l’autoprod en ont profité pour construire leur propre studio, l’Abeille Rôde, dans lequel ils ont enregistré en 1995 un mini CD nommé Premier Pas Sur Le Soleil. Cette fois, la musique est clairement éloignée du trip « progressif » (peut-être en réaction contre l’effort précédent ?). Les chansons sont plus courtes et on nage dans des structures plus classiques. Mais elle n’en est pas moins complexe par la richesse de ses arrangements synthétiques (qui conférent à l’ensemble une saveur électro) :
• Premier Pas Sur Le Soleil
• Adélie
• Eléfantome
• Mal de Chien
• 13 Mai (Arachnoïde)

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Ici, les paroles révèlent une tendance initiée sur Addilélo et que Dominique développera tout au long de sa carrière, l’usage de jeux de mots non dénués d’humour et de subtilité, ainsi que de métaphores délivrées sous forme poétique. Maturité oblige, les thèmes qui lui tiennent à cœur resteront sensiblement les mêmes, mais la forme sera moins directe.


1995 reste une année charnière pour Claude qui après deux ans de travail avec la société Lag, quitte enfin ses claviers pour la Léode (Contraction de « Léonetti » et « Claude »), un prototype à mi-chemin entre la guitare, le synthé et la scie musicale, permettant de contrôler tous les samples possibles et imaginables par simple glisse des doigts sur un manche.


Cet instrument merveilleux, expérimenté pour la première fois en studio sur le mini CD précité, est le point de départ d’un nouveau groupe formé par les frangins en 1998, Lazuli, aujourd’hui reconnu internationalement comme une figure de proue du prog’ rock. Mais ceci est une autre histoire…


Laurent Bendahan

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