Aujourd'hui il est temps de reprendre le cours de mes bavardages avec mon ami Claude Jacquin, nous en étions restés fin 1990 ICI
En 1991, Claude Jacquin devient père pour la deuxième fois d'un garçon, aujourd'hui lui même musicien etenregistre un nouvel album « Va et vient » produit par Di Dou Dam prod.
La pochette est signée de Christine Leyat (sa deuxième compagne), l'album est réalisé et mixé par Claude Grillis au Couleurs studio , enregistré au studio Papaye, le disque est arrangé par Philippe Walter et Claude Jacquin. Programmation de Philippe Walter.
Nous retrouvons son acolyte Richard Prézelin à la guitare acoustique, Claude se partageant les claviers avec Philippe Walter. Claude est également accompagné de Christophe Nègre au saxophone, Etienne Brachet à la batterie, la majorité des textes sont signés d'Antoine Sire et Jean-François Leyat. Claude compose toutes les musiques.
Cette même année, il réalise en animation (papier découpé), image par image, une série de 36 comptines traditionnelles etoriginales« Chantons avec Babouille », sur des scénarios et des illustrations de Christine Leyat.
La série sera diffusée sur TF1.
Sa carrière redémarrant après une longue période d'inactivité, il continuera ensuite son parcours musical avec des projets très différents les uns des autres. Mais nous y reviendront ensemble cette année, car la série "Bavardages" devrait continuer encore un certain temps.
Voici donc la suite des "Bavardages", des entretiens toujours aussi passionnants qui nous permettent d'en savoir un peu plus sur les rouages du Show-biz et sur la carrière d'un artiste engagé mésestimé.
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L'Interview
Mister Pat : Salut Claude, reprenons le cours de nos conversations et revenons sur la suite de ta carrière, nous sommes en 1991 et tu sors un nouveau disque "Va et vient”, raconte-moi l'histoire de cet album…
Claude Jacquin : Salut Pat, oui c'est un objet inédit, qui c'est vraiment fait par hasard, grâce à un mécène. J’avais l'idée de faire un album “patchwork”, comme une mosaïque, avec des titres qui auraient individuellement une identité, sans lien particulier les uns avec les autres, sauf une ligne directrice commune, les rapports de couples, les amours décalés, improbables, la sensualité, la perte d’un être cher, une star de cinéma nostalgique, la séparation.
Enfin, un lien amoureux pour la plupart des chansons de ce disque, d’où ce titre “Va et vient” qui peut paraître un “chouilla ambigu”, à double lecture…
MP : Sur la plupart de tes autres disques tu écrivais la totalité des chansons (texte et musique), c’était une nouveauté pour toi de faire appel à un auteur?
CJ: C'est vrai, pour cet album, j'ai demandé à un ami qui s'appelle Antoine Sire de m'écrire cinq chansons. Le père d'Antoine, Gérard Sire, était un animateur, sur radio France, très connu. Il était également auteur et scénariste.
MP: Oui Gérard Sire, je m'en rappelle, il a beaucoup travaillé avec Jean Yann sur ses films.
CJ : D'ailleurs pour l'anecdote, Antoine Sire est le petit garçon qui est dans la voiture avec Jean-Louis Trintignant dans le film de Claude Lelouche "Un homme et une femme" en 1966.
MP: Comment as-tu connu Antoine Sire?
CJ: Je l'ai connu quand je travaillais dans le milieu institutionnel. Antoine, homme de communication, est aussi un grand spécialiste des films Hollywoodiens.
Ecrivain, il a écrit entre autres, “Hollywood, la cité des femmes”, qui est le premier livre à décrire avec précision la trajectoire des femmes qui ont construit le mythe hollywoodien. Il a aussi créé une émission de radio, l'atelier numérique.
C'est un homme complètement à part, génial, avec une grande culture. Il a une forme d'écriture totalement originale qu’il a magistralement mise en œuvre sur cinq chansons de cet album: “les igloos”, “tout l'temps j'fais des enfants”, “l'île du phare”, “la femme aux bas noirs”,et “les frères terrieurs” : une sorte d’ovni, un point final déjanté, qui lui ressemble.
MP: Tu as écris les musiques ?
CJ: Oui j'ai composé toutes les musiques de l'album.
MP: Avec ce disque tu changes de style musical Pourquoi ?
CJ: En réalité, c'est le seul album que j'ai composé entièrement au piano, donc les mélodies, l’inspiration,et l’écriture donnent un résultat différent de mes anciennes chansons. Ça devient plus jazzy, plus cool, mais mon côté rock, est venu me titiller avec "tout l'temps j'fais des enfants" et “Bien frappée”.
MP: C'est étonnant, Il y a également un instrumental, c'est toi qui est au piano?
CJ: Tu parles du morceau "hormières", superbe instrumental composé et interprété par Philippe Walter, un très bon musicien de jazz, qui a co-arrangé tout l’album. C’est le fils de Jimmy Walter, pianiste, compositeur, lui aussi arrangeur, qui a travaillé avec Boris Vian sur une quinzaine de chansons, et notamment le fameux “J’suis snob”, que tout le monde a déjà entendu. Ensuite il a été arrangeur pour Nougaro, Reggiani, Mouloudji, Higelin…
MP: Effectivement pour cet album tu t'es entouré de gens différents
CJ: Oui, il y a Francis Moze – ancien de Magma - à la basse, Etienne Brachet à la batterie, Christophe Nègre au saxo qui viennent du monde du jazz, mais il y a quand même mon vieux pote Richard Prézelin à la guitare.Tout a été enregistré dans le studio de Philippe Walter et le mixage a été fait aux studios couleurs de Laurent Thibault
MP: Laurent Thibault , un garçon très connu dans les 70s ?
CJ: Exact, c'est le co-fondateur de Magma avec Christian Vander.
MP: Oui, ils ont créé Magma en 69, mais il a aussi fait partie du groupe Zorgones avec Francis Moze.
CJ: C'est lui qui avait repris le château d' Hérouville en 74.
MP: Il a enregistré des tas de disques dans ce château.
CJ: C’était un lieu mythique à l’époque, les plus grandes stars du rock et de la scène musicale sont passées par là… Laurent Thibault a enregistré David Bowie, Marvin Gaye, Nina Hagen, les Bee Gees et cie , la liste est vraiment longue.
MP: Parmi les français, il y a eu Higelin, Factory etc...
CJ: Ensuite, il a créé le “studio Couleurs” à Auvers sur oise, où j'ai mixé l'album sur un matériel incroyable, une Nive analogique 32 pistes et des écoutes exceptionnelles. Claude Grillis, ingé-son avec qui j'avais déjà travaillé sur l'album “Générations” aux studio Ferber, a accepté de mixer l’album. C’est lui qui avait mixé “La boîte de jazz” de Michel Jonasz, et bien d’autres disques.
MP: Ce disque il a une superbe pochette, tu peux me donner le nom de l'artiste qui est à l'origine des dessins !
CJ: Pour la pochette, c'est ma compagne Christine Leyat, merci pour elle, elle va être ravie de te lire.
MP: C'est de la peinture ou du dessin?
CJ: C'est dessiné directement au feutre, je la trouve assez rigolote cette pochette, elle m’a représenté assez “balaise” et devant un clavier qui fait des méandres, comme pour les chansons, “méandreuses!” Une rivière à notes si on peut dire…D’ailleurs, je dois lui rendre hommage, pour ce disque, elle m’a soutenu et inspiré. Elle a suivi toute la période de création jusqu’à l’objet final mixé, dupliqué et mis en pochette…
MP: Oui elle sort de l'ordinaire cette pochette, mais ce qui est aussi étonnant, c'est que tu as modifié ton nom d'artiste, tu passes de Claude Jacquin à JAKIN, pourquoi ce changement?
CJ: Je me suis dit, comme cet album ne sera pas dans la même veine que les précédents, composé au clavier, hétéroclite, un peu éloigné de mon univers naturel, surtout avec les textes d’Antoine bien décalés, presque surréalistes, j'ai décidé d'utiliser mon pseudonyme JAKIN.
MP: Tu as fait des radios, des télés avec ce disque ?
CJ: Rien! Rien ! Que dalle! Je l’ai mal défendu. Un producteur m’a téléphoné un jour en me disant qu’il était intéressé pour sortir ce disque, mais j’attends toujours de ses nouvelles…
MP: Il n'a pas eu d'échos dans la presse ?
CJ: Non car finalement on n'a pas réussi à le commercialiser, on a démarché les maisons de disques, mais ça n'a pas marché. C'est resté dans la boîte comme beaucoup d’autres créations.
MP: Donc nous avons l'exclusivité de l'album? Un grand merci Claude, car effectivement, ce disque n'est répertorié nulle part.
CJ: Oui c'est un parfait inédit, mais tu en auras d'autres. Moi ce que j'ai apprécié dans cet album, entre autre, c’est l’apport des textes d'Antoine Sire, vraiment originaux, pleins d’humour. Un titre comme “Les igloos” qui raconte les amours improbables entre une black et un esquimau c'est pas vraiment commun. Et pour moi, le must, la cerise sur ce gâteau musical, c’est le titre “Tout le temps je fais des enfants”, un délire antiraciste, plein d’humanité malgré le “va et vient” continu… Le sexe à tout va qui se raconte jusque au fin fond du cosmos. D’où sortent ses idées? Faudra que je lui demande.
MP: Effectivement c'est étonnant, mais il y a aussi le dernier titre de l'album "Les frères terrieurs", c'est zarbi non?
CJ: C'est une dinguerie!, une sucrerie piquante pour finir l'album. il y a aussi "la femme aux bas noirs" qui parle d'Ava Gardner, car Antoine, fondu de cinéma, a voulu lui rendre hommage. Et “L’île du phare”, qui exprime toute la solitude et la nostalgie qui emportaient sa mère bien au large de la vie…
MP: C'est un bon disque il faut quand même qu'il soit connu.
CJ: Oui c'est dommage qu'il n'ai pas été diffusé.
MP: En 1991, je pense que ce n'était pas dans l'air du temps, ça aurait pu concerner sans doute certaines radios!
CJ: Oui, plutôt les radios périphériques, mais rien n'a fonctionné. Au final le seul support restera le CD, parce que même pas joué sur scène. Mais moi, j'étais assez content de cet album avec les gens qui ont gravité autour. C'est bien qu'il ressorte en 2023, en exclusivité sur Francerock70.
MP: Oui Claude, comme tu le sais ici à Francerock c'est notre leitmotiv, remettre en avant les disques oubliés et inconnus de qualité, ce qui est le cas avec cet album.
Merci Claude pour ce nouvel entretien c'est toujours un plaisir de converser avec toi, prochain rendez vous prochainement pour la suite de la saga "Claude Jacquin"
CJ : Merci Pat, oui on se retrouve sans faute bientôt pour la suite de la saga (rires) !!!!!!
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la chronique de « Va et vient »
Un album inédit et différent. Plus proche du Jazz, Claude s'éloigne du rock mais continue sans fausse note son parcours d'artiste passionné.
Il y a encore une fois différents styles dans cet album, du jazz (surtout), du swing, de la chanson et quelques titres plus rapides qui lorgnent vers le rock (j'fais des enfants tout le temps, bien frappée).
Une des plus belles chansons du disque qui m'a fait craquer c'est "l'île du phare" avec son ambiance si particulière. Une interprétation digne des plus grands qui vous plongera dans un univers poétique gorgé de "spleen".
Bon vous n'allez pas pleurez quand même, il y aussi "j'fais des enfants tout le temps" qui va rapidement vous requinquer, un titre entraînant sur des paroles vraiment originales, un ovni qui vous fera sans aucun doute sourire.
Claude dérive ensuite vers le sensuel avec "les lolos de lola", un univers qu'il aime bien aborder dans ses disques, un beau titre jazzy qui s'écoute et s'apprécie comme un film.
Bon je vais quand même vous dire que je n'aime pas le dernier titre "les frères terrieurs", c'est le genre de bizarrerie qui n'apporte pas grand chose pour clôturer un album de qualité.
En définitive Claude Jacquin nous surprend une fois de plus avec un album à l'ambiance différente, toujours talentueux Claude a su renaître de ses cendres comme le "Phénix " en nous emmenant avec ce disque dans un univers jazzy particulièrement séduisant.
"Titre en écoute : "l'île du phare"
Mister Pat






