Voilà déjà le sixième article consacré à Claude Jacquin et je l'avoue je n'ai pas vu le temps passé.
Ces "bavardages" sont vraiment passionnants.
Et avec ce nouvel entretien, vous n'allez pas être déçu. Claude nous confie une fois de plus quelques anecdotes qui ne sont pas piquées des vers.
C'était encore dans les années 80, sa période faste en compagnie d'un gros Label EMI.
Malheureusement pour nous cela s'est terminé un peu en queue de poisson.
Claude n'a pas de regrets mais il faut l'avouer (vous le découvrirez en fin d'interview) à l'époque il a fait les mauvais choix.
C'est bien dommage mais c'est comme ça, la vie d'un artiste n'est jamais lisse.
Tout n'est pourtant pas perdu car après une longue période de silence, il a repris le flambeau musical, mais ça on en parlera avec lui plus tard dans de prochains bavardages, la saga est loin d'être terminée car pour Claude la musique c'est sa vie.
En attendant la suite du feuilleton, voici le nouvel épisode des "bavardages" avec Claude Jacquin.
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L'interview :
Mister Pat : Salut Claude, nouvelle interview la sixième!
Claude Jacquin: Oui on remets le couvert, c'est toujours aussi bon.
MP: Allez c'est parti! Pour ce 4ème album studio « Fric Frac », ton label c'est toujours Pathé Marconi?
CJ: Oui C’est celà même! C’est « EMI » mais c’est pareil, ce sont les anglais qui ont racheté Pathé Marconi.
MP: Cette fois-ci c’est un mini album, pourquoi pas un album complet?
CJ: C’est un album concept, c’est ce que j’avais envie de faire, c’est un petit road movie, un peu surréaliste dans le genre « Bonnie and Clyde »…
MP: Oui, je vois, tu t’es basé un peu sur des films?
CJ: Non pas du tout, je ne me suis pas inspiré de films pour raconter l’histoire, mais c’est l’idée du road movie que j'avais en tête! Ecrire une histoire, qui pourrait être réaliste, et ensuite, pendant l’écriture des chansons, plonger dans un récit plus surréaliste, plus cinématographique, dans laquelle tout peut arriver, surtout l’improbable.
MP: Sur la pochette de l’album, je vois que l'histoire est co-écrite avec Pierre Dérat, C’est qui Pierre Dérat?
CJ: C’est un vieux pote qui était correcteur professionnel, avec lui j’ai beaucoup appris, le travail de l’orthographe et le choix des mots dans l’écriture, des mots qui portent et qui emportent, il a vraiment remis à plat pas mal d’erreurs. Il m’a également appris les possibles façons de tourner les phrases, de synthétiser, d’aller à l’essentiel. Mais pas dans les chansons, l’écriture reste trop personnelle. C’est surtout dans l’écriture de nouvelles, où dans « Les caramels à 1F », et aussi dans cette histoire-là.
MP: Est-ce que tu peux m’expliquer brièvement l’histoire? Les chansons c’est le suivi de l’histoire?
CJ: Comme je te l'ai dis, c’est un album concept road movie surréaliste, je l'ai écrit en un mois, seul. Je me suis enfermé dans mon studio pour composer toutes les chansons.
MP: À l’époque t’étais toujours dans le gers aussi?
CJ: Oui je vivais dans les deux endroits! Mais c’est à Paris que j'ai bossé sur cet album. Franchement, pour mon meilleur album! J’ai retrouvé Denys Lable qui avait déjà travaillé sur « générations ».
MP: Une fois de plus tu as changé de musiciens, pourquoi tu n’as pas gardé les autres?
CJ: Comme pour mon précédent disque, c’est pareil, j’avais besoin d’avoir des musiciens qui apporteraient de nouveaux sons, une direction musicale qui correspondrait à l’écriture de mon récit. C'est Michel Cœuriot, qui a fait beaucoup d’arrangements pour Michel Jonasz, qu’on a choisi comme arrangeur. J’avais écouté ce qu’il faisait, son travail m’intéressait vraiment, et puis j'ai voulu que Denys Lable fasse partie de cette aventure.
MP: Justement parce qu’il a beaucoup d’importance sur ce disque, tu le connaissais bien, Denys Lable?
CJ: je le connaissais depuis "générations », disque dans lequel il était intervenu comme musicien et arrangeur. Cœuriot et Denys Lable ont fait un travail remarquable. De superbes arrangements, inspirés, avec un style qui met bien en valeur mes chansons, c’est cohérent, tout est bien pensé avec une vraie qualité de son!
L’enregistrement s’est fait à « + 30 », c’était le studio « branché », et dans ce studio, il y avait claude Grillis qui a réalisé tout le travail de prise de son. Claude Grillis, c’est lui qui avait mixé « la boite de Jazz » de JONASZ. Il avait une « oreille d’éléphant »… Voilà je suis tombé sur lui après l’avoir connu aux studios Ferber comme assistant sur mon disque « Générations ». c’était vraiment cool, et après on a réalisé le mixage au studio Pathé à Boulogne avec Claude Wagner qui était l’ingé-son en titre de Pathé.
On retrouve certains musiciens qui avaient joué dans l'album « Générations », avec Clément Bailly à la batterie, Guy Delacroix à la basse et Lable aux guitares. Richard Prézelin a fait une apparition à la guitare dans « Il faut toujours rêver à la belle bavaroise ».
MP: Je voulais te parler des chœurs, parce qu’apparemment tu avais de superbes choristes?
CJ: Oui j’avais les meilleures, c’était vraiment le top du top. Il y avait Anne Calvert, Carole frédéricks qui travaillait beaucoup avec Goldmann à l’époque et Maria Popkiewicz.
MP: Maria Popkiewicz, il me semble qu’elle a fait partie de Magma, est-ce que c’est vrai ou pas?
CJ: C’est possible, je ne sais pas. Les trois faisaient pas mal de studio, et quand on avait besoin de chœurs féminins, on appelait souvent ces trois chanteuses, d’ailleurs Anne Calvert, elle a un petit rôle, comme un duo avec moi dans « ça vole bas ».
J'étais vraiment très content de ce disque, de l’ensemble, l’ambiance pendant l’enregistrement et le mix, le son global, la pochette, le fait d’avoir réalisé un album concept, avec en bonus, l’histoire imprimée au verso de la pochette.
MP: la pochette c’était ton frère le créateur?
CJ: Non, c’est EMI avec son studio de création, mais c’est Jean Lebreton qui a réalisé la photo dans la voiture. C'était mon pote, il était le photographe attitré de Claude François. Mon frangin a créé la fonte de mon nom.
MP: Ah, d’accord, c’est lui qui a créé le logo!
CJ: Si on veut, comme un logo.
MP: On va commencer par le premier titre, « la belle bavaroise », tu parles de qui dans ce titre?
CJ: Ce titre, « La belle bavaroise », est une histoire improbable, mais qui pourrait se réaliser si tout ce qu’on vit actuellement dans ce beau monde tournait vraiment mal. Tu sais c’est un peu le dernier train du dernier voyage de la dernière guerre, où le héros se prend pour un dieu, mais comprend au fil du voyage qu’il n’est qu’un pion, dans un monde où le totalitarisme fait loi, mais avec une dose de surréalisme.
C’est-ce qui se vit actuellement en Ukraine! C’est l’aboutissement d’un régime autocrate et sans concession! Mon train de la mort ressemble un petit peu à cette ambiance, ce fameux train de « La belle bavaroise! » Alors « La belle bavaroise », pourquoi la belle bavaroise? J’étais invité en Allemagne à participer à une émission de radio avec quelques chanteurs et chanteuses, et notamment avec Cora Vaucaire.
Après l’émission, on s’est tous retrouvé dans une immense brasserie bavaroise tu vois, où il y avait 300 à 400 personnes qui buvaient de la bière, de la bière et encore de la bière, des tonneaux de bière et on a passé la soirée avec Cora Vaucaire, on a chanté « la dame blanche de St Germain des prés », du Prévert, de l’Aragon, déjà bien avancés!
MP: Oui c’était son style de chansons.
CJ: Donc on s’est retrouvé dans cette fameuse brasserie bavaroise, et naturellement, dans ce temple de la « bibine », on a commandé de la bière… Ils nous on amené des bocks d’un litre, qu’on a vidés, mais on en pouvait plus, un litre en quelques minutes… Alors on s’est mis à boire du schnaps. On a enchaîné les tournées, poire et prune, et après deux heures à lever allègrement le coude, on a tous fini complètement bourrés, mais complètement bourrés, avec un groupe de bretons assez connus à l’époque…
MP: Tri Yann?
CJ: Oui voilà, Tri Yann, et en bons bretons ils tenaient bien la barre. Ce sont eux qui m’ont ramené dans leur camion. Ils m’ont déposé devant l’hôtel, j’étais dans un état second, et quand je suis rentré dans le hall de l’hôtel, il y avait un buveur de bière, un mec qui faisait des concours, là ça a chaviré, « rock and roll », écoeuré total! Il avait un bock de 2/3 litres dans les bras, énorme, et lui devait peser dans les 150 kgs.
Donc, le lendemain, je me suis réveillé avec un barre énorme, le casque intégral, et j’ai failli manquer mon avion pour rentrer sur Paris!
Pourquoi la belle bavaroise? Parce que dans cette brasserie il y avait une serveuse, qui était vraiment hors proportions, et qui arrivait avec 3 ou 5 bocks d’un litre dans les bras, et qui distribuait la bière à tout le monde comme du bon pain.
Ca m’a tellement impressionné que ces images sont revenues comme ça dans ma tête, et je me suis dit je vais me servir de ce tableau hyperréaliste pour écrire cette chanson sur ce train fantôme avec une belle bavaroise, une serveuse tellement disproportionnée qu’elle collait parfaitement à mon histoire.
Tu vois, ce sont des liaisons comme ça, des ramifications qui n'ont pas l’air évidentes au départ, qui finalement te percutent le cerveau, t’embarquent dans un au-delà vaporeux, éthéré, quand t’écris des chansons!
MP: Alors au niveau musical, c’est un peu différent de ce que tu as fait quand même avant, il y a toujours ces changements de rythmes, tu passes d’un rythme à l’autre, c’est un peu ta marque de fabrique, c’est un choix que tu fais ou alors c’est…
CJ: Non non, c’est pas un choix, ça se fait naturellement. Je ne me dis pas « tiens là, je vais changer de rythme, et là je vais faire un autre truc », non, non, c’est instinctif, et puis après des années d’expériences diverses, on se laisse porter par son imagination, ses aspirations, ses respirations! Pas de systématisme!
MP: Tu aimes bien que les morceaux ne soient pas linéaires!
CJ: C’est ça, je ne pars pas avec une batterie qui commence par « tcac boom, tchac boom boom », et je finis avec « tchac boom, tchac boom boom », non, il y a souvent des reprises, ou des petits breaks. J’aime bien que ça respire en milieu de morceau, en réalité, le tempo ne bouge pas, c’est l’impression que ça donne, mais le tempo restera toujours le même.
MP: oui, mais ça passe d’un style à un autre!
CJ: Ca peut se dédoubler, oui exactement, notamment dans « On peut soulever des montagnes », le refrain se dédouble. « On peut soulever des montagnes » est une chanson que je vais reprendre, que je vais ré-enregistrer bientôt, avec mon fils Arthur comme arrangeur! C’est une chanson qui donne de l’espoir.
MP: Mais c’est ce qu’il faut, il faut donner de l’espoir parce que s'il n'y a pas d’espoir, avec tout ce qui se passe en ce moment, tu n'as plus qu’une envie c’est de te flinguer.
CJ: Oui, il faut se remonter les manches et s’engager dans un changement d'état d'esprit, pour aller, même si c’est utopique, vers un monde de partage, de fraternité, parce-que nous sommes tous sur le même bateau, et ce beau navire interstellaire est en train de couler. Bien sûr, ce n’est pas une chanson, ni dix mille qui vont changer littéralement les choses, mais les petites graines semées peuvent apporter une compréhension, une lucidité, un éveil vers un futur plus juste… Si futur il y a?
MP: Ca risque d'être compliqué, parce que ceux qui ont le plus d’argent, ils ne vont pas vouloir le partager à mon avis!
CJ: J’en ai conscience! Mais ce qui est intéressant dans cette chanson « On peut soulever des montagnes », en dehors même du discours ou des messages qu’elle véhicule, c’est peut-être une des premières chansons en France, nous sommes en 81, j’en sais trop rien, qui a été entièrement réalisée avec des synthés! Ca c’est l’œuvre de Cœuriot.
MP: Oui, dans cette chanson, les claviers sont très présents, c’est même synthétique par moment, c’est de la new wave!
CJ: C’est totalement synthétique, on a même utilisé le vocodeur pour les doublages de voix, ce qui ne se faisait pas encore à l’époque!
MP:C’est évident, c'est tout a fait le son de l’époque, ça n’a vraiment rien à voir avec ce que tu faisais avant, c’est une évolution très nette.
CJ: On avait passé un cap, parce qu’on travaillait, pour ce titre, avec des synthés, une technologie nouvelle qui venait d’arriver sur le marché de la musique, au service de l’inspiration, il y a eu un travail remarquable sur les arrangements.
MP: Je reviens sur ton texte de « on peut soulever les montagnes » parce que c’est vrai, dans la plupart de tes textes tu n'es pas très optimiste, t’es même plutôt pessimiste, mais là j’ai trouvé qu’il y avait quand même une sorte d’espoir.
CJ: Oui, après « l’espoir » est souvent en demi-teinte ou caché, ce sont des petits messages un peu comme ça planqués derrière les mots.
MP: Des messages subliminaux?
CJ: Voilà exactement, comme les images subliminales dans les vidéos tu vois! Une image sur 25, tu ne l’aperçois pas mais elle est là!
MP: Sur ton titre « Ca vole bas » c’est quand même un titre qui est fait pour passer en radio non?
CJ: C’est très « slow », très bien pour danser, tu danses dessus, tu te laisses aller et puis d’un coup, ça change de rythme… Alors, pour passer ça en radio, c’était compliqué j’imagine pour les programmateurs radio de l’époque. La chanson qui passait le plus, c’était pas celle-là, c’était
« le cow-boy de la ville fantôme !»
MP: Sur « ça vole bas », la chanteuse Anne calvert, tu la connaissais?
CJ: Pas du tout, ni les autres choristes, je ne les connaissais pas personnellement, c’est surtout les directeurs artistiques qui les connaissaient. Elles étaient tellement cool, Carole Frédéricks, elle avait des bracelets, des machins, des boucles d’oreilles, c’était vraiment sympa car ça faisait « ding ding ding » en rythme dans l’enregistrement, et ça apportait une autre dimension, vivante!
MP: « le cow-boy de la ville fantôme », c’est un titre fait pour le top 50!
CJ: Oui, j’ai fait pas mal de télés avec, ce morceau il aurait fallu que je le propose à Johnny, il aurait pu chanter cette chanson.
MP: Oui, en plus le titre « le cow-boy de la ville fantôme », je pense que ça lui aurait plus, à mon avis.
CJ: « le cow-boy de la ville fantôme », c’est le héros de l’album. Il est pas bien dans ses pompes, mais il ne baisse pas la garde pour autant, il est en train de sombrer mais il reste fier!
MP: Alors justement avec ce texte là, je reprend: « j’suis jamais du bon côté d’là rive, je tire les mauvaises cartes », est-ce que c’est autobiographique un peu par rapport à toi, par rapport à ton évolution de carrière?
CJ: Oui oui, y a un peu de ça!
MP: Ca m’a fait penser à ça , quand j’ai entendu ce titre, je me suis dit peut-être que s’est pour lui une façon de le dire
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CJ: C’est tombé pile pendant la transition entre les deux univers tu vois! Tu prends des coups, tu prends des bleus, il faut rester fort malgré tout, quoiqu’il en coûte, « le cow-boy d’la ville fantôme » c’est un peu tout ça! Sauf que dans le road movie, c’est lui le héros, avec sa mimi Marlène, il fait tout pour essayer de sortir de ce marasme compliqué à gérer, il faut absolument qu’il ramasse du fric, sinon il va la perdre et en même temps il sait très bien que c’est pas une histoire qui va durer éternellement. C’est un peu compliqué!
MP: Oui, c’est compliqué parce que toi dans tes chansons tu mets tellement de choses que des fois c'est dur à décoder!
CJ: Exact, j’en mets beaucoup. Mes chansons, c’est vrai, sont assez denses, ce ne sont pas des textes très aérés on va dire…
MP: C’est pas les textes « nunuches » qu’on entendait à la radio!
CJ: Voilà, c’est ça!
MP: Le titre « Fric-frasques », c’est la fin de l’enquête?
CJ: Oui, pour le cow-boy et sa complice mimi Marlène. Lui fait le casse, se tire, et cache, si t’as bien compris l’histoire de « fric-frac », tous les diam’s dans le sexe de sa petite nana! On s’aperçoit que le vrai coupable, c’est le commissaire qui court toujours après les coupables quand même parce qu’il recherche surtout les diam’s, et eux ils se sont barrés avec.
MP: Le commissaire il n'a rien récupéré?
CJ: Non, c’est eux et ils partent pour de nouvelles aventures! Ils roulent dans une « Versailles », si je me souviens bien, une 8 cylindre, une grosse bagnole style américaine, décapotable en plus, mais ça s’est une pure invention!
MP: Tu as quand même une imagination débordante, parce que planquer des diam’s dans le sexe d’une femme…
CJ: Si tu écoutes bien la chanson, tu le comprends, je ne le dis pas exactement comme ça, je me sers d’une métaphore. Tu as entendu qu’à la fin aussi ça repart dans un rythme complètement différent.
Mp: C'est un peu ta marque de fabrique, c’est souvent comme ça dans tes chansons.
CJ: Oui, mais j’adore les débuts du titre « fric-frasques », tout le travail qui a été fait, c’est super beau, il y a les cuivres, mais des faux cuivres, c’est ça l’intérêt des synthés, quand on les fait sonner, presque comme des vrais.
MP: C’est vrai qu’avec les synthés, tu peux imiter toute sorte d’instrument?
CJ: Surtout maintenant, mais à l’époque c’était un plus complexe, mais ça marchait déjà. Les musiciens ont fait un super travail, j’adore cet album.
MP: Ensuite « Bébée », c’est une déclaration d’amour?
CJ: Oui mais c’est l’amour impossible.
MP: Mais c’est toi? T’étais amoureux, dans ta vie personnelle ça avait changé?
CJ: Non il n'y avait rien de changé, ça allait venir mais pas encore! Non « Bébée », c’est l’amour impossible, on sent que le cow-boy, malgré le bonheur qui l’effleure, va partir dans le fameux train de « la belle bavaroise ».
MP: C’est la fin du film!
CJ: Voilà c’est ça, c’est terminé, d’ailleurs, il le dit dans la chanson, c’est explicite, « un jour je partirai, pour l’instant tout va bien, mais un jour je serai ailleurs » Dans l’histoire, Mimi est est un peu dingue d'un chanteur des année 80. Tu as constaté que mon nom était en verlan!
MP: Oui j’ai vu que c’était inversé.
CJ: C’est l’histoire dans l’histoire.
MP: C’est vrai qu’il faut décrypter, c’est pas toujours simple, mais là j’avais bien vu que c’était « claude jacquin » quand même. Dans ce titre, musicalement, il y a un super solo de guitare…
CJ: Oui, c’est un chorus de Denys Lable. Il ne fait pas les choses à moitié. Pas d’impro, il a travaillé vraiment son chorus, c’est un super musicien, et quand tu l’écoutes, tu t’aperçois que pour reproduire ce chorus, c’est extrêmement compliqué, même pour un grand guitariste.
MP: Les titres « studio » c’est difficile de les refaire sur scène?
CJ: Bien sûr, parce que sur scène tu n’as pas 36 musiciens. C’est vrai que si tu peux avoir des cuivres c’est mieux, mais il fallait s'appeler Hallyday, du coup j’avais pas tout ce que j’aurais souhaité sur scène, mais ce sont d’autres arrangements, plus bruts, « frontaux », qui permettent de s’exprimer autrement en live.
MP: Mais après il faut que cela soit différent, parce il y a certains disques, c’est du live mais t’as l’impression que c’est le même disque qui a été enregistré en studio, j’aime bien tes live parce qu'ils sont complètement différents de tes albums studio
CJ: C’est exactement ça. Maintenant je vais te raconter une anecdote, tu te rappelles les radios libres ?
MP: Oui ça a débuté en 1981 avec Mitterrand.
CJ: Voilà, les radios émergeaient de partout, elles poussaient comme des champignons, donc je suis allé voir la section marketing, les gens qui s’occupaient du commercial. Je leur ai dit, écoutez, plutôt que de s’acharner à faire de la promo à tout va dans les médias, moi ce que je voudrais organiser, c’est une tournée des radios libres en France. Alors ils ont discuté et ont dit oui c’est pas con! C’est vrai que ça permettait d'avoir une visibilité localisée, de la promo sur le terrain, enfin du live avec interview personnalisée. J’avais ma guitare avec moi et je chantais en direct. Topissime!
Ils m'ont dit « c’est ok, pas de problème ». Donc on a organisé cette tournée dans une trentaine de radios peut-être. J’avais un jeune attaché de presse, qui m’accompagnait, très sympa, très cool et on est partis tous les deux en bagnole. On a commencé à faire la tournée des radios libres, ça se passait super bien partout, et puis à un moment, on s’est retrouvés sans tunes, plus un radis, plus de pépète, plus d’oseille - le nerf de la guerre - Alors on s’est dit: il faut en parler à la maison de disques.
J’appelle le directeur du marketing: « Voilà, on est dans la merde, on a plus de fric, on a pas terminé la tournée, ils nous reste une dizaine de radios à faire, il faut qu’on paye les hôtels, les restos, l’essence, etc… » Il me répond « non, vous avez déjà dépensé assez d’argent, ça dépasse mon budget, maintenant ça suffit, vous vous débrouillez pour terminer la tournée ». « Bon ok, je lui dit, tu veux vraiment pas nous envoyer d’argent, alors on rentre sur Paris! » Mais il insiste « non non démerdez-vous ».
Du coup, légèrement énervé, voir choqué par sa réaction, j’ai eu « l’idée démoniaque » de la tournée. J’ai dis à mon attaché de presse, viens on va trouvé un banc publique, je crois qu’on était à Clermont-ferrand… Je me suis assis sur ce banc, j’ai mis mon album à côté de moi, sur ma droite, avec le prix 20 Francs, en bas j’avais un écriteau sur lequel j’avais écrit « j’ai faim » et à ma gauche, il y avait marqué promotion Pathé Marconi. On a fait cette photo et je l’ai envoyée « directos » à mon directeur du marketing. Ca a été vite fait, 48 heures après - malheureusement à l’époque il n'y avait pas de portables comme maintenant - je l’ai rappelé. Je lui ai dit, vénère, « Je te préviens, je fais publier la photo dans les journaux, dans toutes les régions où j’ai des rencards! Qu’est-ce qu’on fait, on se barre, on continue ou on attend le fric? » Il m’a répondu, gentiment « non non, on va vous envoyer de l’argent ». J’avais employé les grands moyens, pas de fric mais des idées.
Tu pourras montrer cette photo à nos amis…
MP: Oh la mauvaise pub pour eux! C’est bien, des fois faut les booster parce que derrière…
CJ ; Je n'avais pas le choix, c’est vrai que le « dirlomark » il était pas chaud, mais franchement on ne dépensait pas des masses de fric, quand je voyais ce qu'ils investissaient en pub, parce que souvent ils achetaient des espaces pour les radios, et là franchement on était pas des flambeurs, c’était une belle promo, 30 radios partout en france!
MP: Avec les radios, vous étiez bien accueillis?
CJ: Oui, à bras ouverts, j’étais dans les premiers artistes à me déplacer dans leurs locaux, les gars étaient contents. C’était des radios nouvelles, qui démarraient pour la plupart, ils n’avaient pas reçu beaucoup d’artistes, c’était les débuts quoi!
MP: Tu jouais des fois en live sur les radios ou c’était des interview?
CJ: Ça dépendait, oui, ça arrivait, j’avais toujours ma guitare avec moi, quoiqu’il arrive, parce que je pouvais très bien faire un titre en live sans problème, et souvent même des titres uniques. Je ne faisais pas forcément un titre de l’album en live, parce-qu’ils diffusaient les chansons de l’album.
MP: Oui avec ta guitare, mais tu ne manquais jamais de morceaux de musique, tu écrivais toujours!
CJ: Oui bien sûr c’est sans fin!
MP: Après cette histoire, ils ne t’en on pas voulu chez Pathé Marconi, parce que justement cet album a été ton dernier disque pour eux.
CJ: Oui, ça c'est terminé là, j’ai tout rompu, cassé, Champs Elysées, Pathé Marconi… Terminados amigos!
MP: Après tu as quand même continué les tournées?
CJ: Oui, bien sûr, j’ai continué les tournées, mais j’ai pratiquement tout arrêté après, mais je te raconterai la suite plus tard. Je te raconte quand même une dernière anecdote, je ne me rappelle pas vraiment comment ça s’est trouvé, mais ça s’est passé comme ça: on m’a demandé un truc dingue à l'époque… Chez « pathé marconi », je passe voir le directeur qui me dit: « Jacquin, tu voudrais pas faire une version française de ce titre-là, ça va faire un gros carton, c’est sûr! Ecoute-le, c’est de la bombe! » Je lui réponds « non moi je n'ai pas du tout envie de faire l’adaptation de ce morceau en français. Ca ne m’intéresse pas!» le titre c'était « Hotel California » des Eagles. À pleurer de rire!
MP: Incroyable c'est un tube mondial!
CJ: Oui, je suis passé complètement à côté!
MP: C’est là que tu aurais pu faire un énorme tube! Ce titre aurait pu te permettre de te faire connaître.
CJ: Oui c’était énorme, je ne sais pas ce que ça aurait donné car il n'y a jamais eu de version faite en français, à ma connaissance.
MP: Merci Claude pour cette anecdote incroyable, j'aurais bien aimé écouter ta version. Je te donne rendez-vous le mois prochain pour un autre « bavardage ».
CJ: Je te laisse le mot de la fin…
MP : Hasta la próxima mi amigo
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Chronique de " Fric Frac"
Claude nous emmène une fois encore dans son univers très personnel, mais cette fois ci c'est un concept album.
Une intrigue policière romanesque. Pas toujours simple à suivre cette histoire, j'avoue que j'ai eu du mal à suivre le film.
Les textes de Claude étant comme d'habitude à double sens, il faut chercher les indices. Ce n'est pas moi le spécialiste de la chose c'est mon ami "Crapou".
Ca commence par " la belle bavaroise " un délire sur une plantureuse serveuse allemande, côté musique c'est un peu l'auberge espagnole, des breaks, des cassures , un peu surpris par le début je me réconcilie avec le titre en écoutant des moments de guitares particulièrement inspirés.
Second titre "ca vole bas" alors la c'est la claque, une belle chanson avec un final jazzy aux claviers tourbillonnants, Claude nous déroule le tapis rouge avec son savoir faire habituel.
Le tube du disque "le cow-boy", un titre superbe fait pour les radios, un morceau autobiographique. Claude s'interroge sur sa carrière "j'suis du mauvais côté de la rive, j'tire les mauvaises cartes", un morceau typé FM (claviers) mais pas que, écoutez les guitares avec attention c'est du grand art.
Une plongée dans la new wave avec "on peut soulever des montagnes", des claviers en veux tu en voilà sur un texte d'intro déclamé façon Ferré. Les mots interpellent car les maux peuvent être surmontés par la volonté de l'homme, c'est une vision nouvelle de l'artiste qui me surprend, Claude n'étant pas généralement optimiste sur l'avenir du genre humain. Une belle chanson au texte fort.
"Fric Frasques" débute avec un tempo très jazzy avec cuivres (synthé), mais Claude change de rythme, brouillant une fois de plus les pistes.
L'album se termine en douceur avec "Bébée" un titre très Fm (claviers - guitares), une chanson parsemée d'images sensuelles. La fin d'une histoire d'amour ? Sans doute. Puisque dans la réalité Claude Jacquin va réussir à prendre ce train, la conséquence étant une longue période d'absence avec son public.
"Fric Frac" restera finalement un très bon album ou Claude a su prendre le virage de la modernité du début des années 80.
Avec ce disque Claude a réussi, tout en gardant un style très personnel, à sublimer ses influences.
Mais c'est aussi à ce moment là que sa carrière s'arrête. C'est regrettable car après une longue maturation artistique le chanteur auteur-compositeur était arrivé à se hisser aux niveaux des références de la chanson française les Josnaz, Lavilliers etc...
C'était la période la plus passionnante de sa déjà longue carrière.
Pour tout vous dire, cet album me laissera quand même dans les oreilles un sentiment d'inachevé, un goût amer dans la bouche, vous savez, comme un feuilleton que l'on adore qui se termine avant la fin.....
Titre en écoute "ça vole bas "
Claude Jacquin (souvenirs - photos - articles de presse)
Makhno (remasterisation vinyle)
par Mister PAT










