Aujourd’hui je lance un appel aux visiteurs du blog de la région de Bordeaux (ou d’ailleurs) susceptibles de me donner des informations sur le groupe Chemin Blanc dont je sais peu de choses (c’est l’occasion de me laisser des commentaires, ils sont là pour ça).
Dans l’immédiat, je vais proposer à ceux et celles qui ne connaissent pas Chemin Blanc son deuxième et dernier album que l’on pourrait peut-être qualifier de folk-rock progressif un tantinet psychédélique.
Les membres de Chemin Blanc sont Gérard Hello (guitares, basse, vocal), Marie Hello (chant, petites percussions), Xavier Jouvelet (percussions, batterie) et Didier Blanc (piano). Pour cet album éponyme de 1977, ils ont fait appel à Jean-Paul Dedieu (synthétiseur), Michel Dedieu (guitare électrique) et Jacques Gouadin (saxophone).
Avec sa voix magnifique, Marie Hello est à Chemin Blanc ce qu’est Annie Haslam à Renaissance : l’incarnation, l’âme du groupe.
Dès à présent découvrons ce qui disaient Francis Grosse et Bernard Guefier dans leur « Discographie du rock français » à propos de Chemin Blanc :« De jolies mélodies, parfaitement interprétées construites, arrangées et très travaillées, superbement mises en valeur par le travail tout en finesse d’excellents musiciens et par les vocaux clairs et soignés de leur chanteuse Marie dotée d’une voix cristalline très pure. Une musique intelligente et raffinée. »
Procédons à un rapide balayage des faces A et B.
« Matin d’automne », petite ballade folk aux allures de comptine aurait pu être chantée par les québécois Marie-Claire et Richard Séguin :« Une feuille morte sur le gazon / Une feuille morte c’est la saison / Ferme pas la porte il fait si bon / Trois oiseaux volent vers l’horizon... ».
Lorsqu’on entend dans « Intermédiaires » (autre plage avec un chant facile à attribuer à un duo de folkeux) « … Nous on passe trop de temps à rêver / Nous on passe trop de temps à regarder les aigles voler... » on se dit que jusque là tout va bien. Mais lorsque nos folkeux poursuivent avec « Des fleurs poussent sur le fumier / Beau le fumier belle la fleur.. » là, on est en droit de se demander ce qu’ils ont fumé….( ça me fait penser à Béranger et son crottin de cheval dans « Y’a qu’la foi qui sauve »).
A tort ou à raison, l’interprétation de Gérard et Marie Hello dans « J’ai perdu la mémoire » m’évoquent à chaque écoute l’univers de Troisième Rive. Impossible de m’en défaire ! Ce morceau est un petit bijou, un régal pour nos oreilles…
Le propos de Chemin Blanc peut s’avérer parfois plutôt énigmatique. C’est le cas dans le titre légèrement jazzy « Tant qu’il nous reste le temps ». Mais après tout n’est-il pas dit sur la face B qu’une chanson ce n’est que « Des paroles en l’air » « C’est une chanson des paroles en l’air / Une chanson bouteille à la mer / Tu l’écoutes ou tu l’oublies... ».
« Au fond des mers il y a des marins qui dorment / Sur des lits de goémon / Au fond des mers bougent d’étranges formes / Ni hommes ni poissons / ... » : longue plage progressive avec saxo baryton et synthétiseurs se terminant par une laconique interrogation d’où toute poésie est exclue : « Moi qui marche sur la plage / Du goudron sur mes souliers / Du plastique sur le sable / Je ne sais plus quoi penser ».
Guitare acoustique, guitare basse et synthétiseur accompagnent une complainte pleine de rancoeur sur nous, les « Hommes du XXème siècle » : « … / Au coeur de chaque cathédrale était une chasse de plomb / Où reposait la très sainte relique du Dieu Uranium / ... ». Dix ans avant la catastrophe de Tchernobyl, cette 2ème longue plage de l’album imagine le regard bien amer que les générations futures risquent de porter un jour sur l’héritage que nous leur laissons : « Des siècles ont passé / Et nous gardiens du temple /...Parfois autour du feu nous chantons cette ancienne légende / Et maudissons les pères de nos pères / Hommes du vingtième siècle... ».
Si l’on excepte le seul instrumental de l’album « Tzi tzi ka » (petite improvisation du percussionniste Xavier Jouvelet), « Les champs de béton » est la seule plage de l’album à ne pas avoir été écrite et composée par Gérard Hello (aidé de Marie Hello pour deux titres). Il s’agit d’un titre du musicien américain Allen Finney que celui-ci enregistrera trois ans plus tard et qui figurera dans le Top 40 des titres les diffusés à la radio française en 1980.
Tel un hymne adressé aux enfants batifolant sur la pochette de l’album, celui-ci se clôt avec « Nous aurons franchi la barrière », envol plein d’espoir vers un monde meilleur : «...Nous serons tout vêtus de blanc / Et tes yeux seront bien plus clairs alors / Mon enfant /... Au-delà du soleil perdus entre ciel et ciel / Au-delà du soleil nous partirons / Nous aurons des ailes aux couleurs de l’arc en ciel / Comme l’hirondelle nous volerons... ».
titre en écoute : « J’ai perdu la mémoire »
par Crapou







