Voici le deuxième article consacré à Jean-Yves Liévaux et cette fois ci nous parlerons en priorité du groupe Alcaz.
Alcaz est un duo formé par le couple Viviane Cayol et Jean-Yves Liévaux. Leur rencontre au début des années 2000, marque la naissance d'un projet artistique "Un concert en d'eux" qui fusionne leurs expériences respectives pour créer une "Chanson d'amour et d'eaux fraîches", à la fois intime et universelle.
Le duo est un heureux fruit de la maturité après des parcours individuels déjà riches :
Jean-Yves Liévaux est une figure importante et complexe de la scène française. Auteur compositeur interprète, il a connu le succès dans les années 80 entre autres avec le tube pop "C'est pas difficile". Avant cela, il s'est illustré dans le rock progressif en étant co-fondateur du groupe Liévaux-Transfo à la fin des années 70.
Viviane Cayol marseillaise d'origine, est musicienne (formée au conservatoire de guitare), auteure-compositrice et interprète. Elle a également une solide expérience du théâtre, comédienne (1er prix de conservatoire de Marseille) et co-fondatrice de la compagnie des Pétroleuses, s'orientant vers le théâtre musical.
Elle apporte au duo une dimension visuelle et plastique, étant également plasticienne (les beaux-arts).
Le nom du duo, ALCAZ, fait référence à l'Alcazar (célèbre music-hall marseillais), soulignant leur attachement à la ville phocéenne. Sachant que Marseille a longtemps été une ville de chanson, l'Alcazar avait une renommée mondiale, ce fut un scandale quand il fut démoli (Théâtre à l'Italienne magnifique avec ses balcons...) pour devenir un immense entrepôt de vêtements. Aussi les multiples salons de thé dansant, notamment sur la canebière devenant des banques ou des kébab shop, le duo a voulu réagir. Ce qui lui permet quand on leur pose la question pourquoi ALCAZ, et bien de parler de cette richesse culturelle profonde, aujourd'hui en partie disparue au profit des affaires et des obus d' pouvoir politique. Alcaz est donc en soi, un acte de résistance.
Pour en revenir au coté artistique, le concept repose sur le "duotisme", un mélange de leurs deux styles, deux écritures, deux sensibilités, deux voix qui s'amusent en l'air. C'est l'espace où la personnalité de l'un s'unit aux convictions et influences de l'autre.
Sur scène, le duo privilégie souvent une formule épurée (deux voix, deux guitares, quelques percussions et divers instruments glanées au cours de leurs nombreuses tournées ), créant une intimité, une proximité et une forte connexion avec le public. Ce qui ne les empêche pas de faire des premières parties conséquentes, bien au contraire. Les stars et leurs régisseurs aiment que l'artiste qui les précèdent soit matériellement simple et facile à installer, désinstaller. ( Charlebois, Lahsa, Louis Chédid,Thomas Fersen ...) ce qui est leur cas !
Le style d'Alcaz est généralement classé dans la Chanson Francophone Pop-Folk-Jazzy. Cependant, au fil des albums, le duo n'a cessé d'explorer, intégrant des sonorités de rock, de blues, voire des touches world "emmièlées" de poésie.
Leur discographie témoigne d'une production régulière et d'une indépendance farouche (souvent en autoproduction via leur association Transformances) :
2003 : La vie va
2006 : Live in Saarbrück (Album Live)
2009 : On se dit tout
2011 : Vent fripon (Album hommage décalé à Georges Brassens)
2013 : Là, sous la lune
2018 : Portés par les vents
2025 : Le Miel des Anges
Alcaz est également un groupe de scène et de voyage. Leur engagement les a conduits en tournée à travers toute la Francophonie : en France, en Europe, au Québec (terre d'accueil), au Canada, aux États-Unis.
Ces voyages sont le terreau de leur inspiration, nourrissant leur blog officiel, les "Carnets Nomades", qui raconte leur vie d'artistes sur la route.
En somme, Alcaz est un duo d'amoureux et d'explorateurs, dont la longévité et la créativité font d'eux des passeurs d'émotions fortes et des défenseurs fervents pour la Paix mondiale d'une Chanson française qui a du sens.
Retrouvons maintenant Jean-Yves Liévaux pour la seconde partie de l'entretien qu'il a bien voulu accorder à Francerock70 et c'est toujours aussi passionnant.
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Interview 2éme partie :
Mister Pat : En 2002 c'est la naissance du groupe Alcaz, avec Viviane Cayol. Comment s'est passée votre rencontre, raconte moi l'histoire du groupe ?
Jean-Yves Liévaux : Ayant retrouvé le goût, le désir, le plaisir, j’étais donc en tournée solo acoustique de villes en villages à laisser le linge de mes émotions sur ce fameux fil qui n’est jamais assez long, et de passage à Marseille pour un concert. J’y ai retrouvé mon grand frère qui habitait là et que je n'avais pas vu depuis des lustres. Je t'en ai parlé, c'est lui qui m'a soutenu, aidé quand j'étais minot mais aussi à diverses périodes, toujours aimant, toujours à croire en moi. Je suis fier d'être son petit frère. Un bel homme engagé, humaniste, un vrai .
Bref, ah oui Marseille, Il était le directeur du Théâtre scène nationale « Le Merlan ». J'en ai profité pour rester quelques jours chez eux, et puis la ville, cette ville me plaisait beaucoup.
Très vite il m'a même trouvé un appart' alors que je ne lui demandais rien, genre restes là, calme-toi tout va bien se passer ! C'était écrit, et c'est vrai, ça a changé le sens de ma vie mine de rien tu vas voir.
Lors d'une virée sympathique, j’y ai retrouvé un vieil ami, un bel homme une belle âme d'artiste que tu connais sans doute, le chanteur Espagnol Pedro Alédo. On ne s’était pas revus depuis les années parisiennes. Il me dit avoir fondé un groupe formidable de plusieurs nationalités « Eurafrisia » tu vois ce que je veux dire. Un "mél’ange" subtil d’artistes de toutes les couleurs.
Fort de nos retrouvailles il voulait que je vienne les voir en répétition. A ma première visite, quand je suis arrivé à son local, j’ai sonné, un peu attendu, puis la porte s’ouvre et là... Coup de foudre c’est une merveilleuse femme qui m’ouvre et qui m’accueille, un tel regard en pleine face, toute la bonté du monde , oui je parle d'un ange qui m'invite à entrer dans sa vie sans le savoir et moi non plus... c’est Viviane Cayol. Je te passe les détails, juste pour dire quand même, à l'époque j'étais en mode, je ne veux plus vivre avec personne, je suis invivable, 2 divorces trois enfants ... Rock'n roll Stop.
Je passais beaucoup de temps à pratiquer le bouddhisme, la méditation les enseignements. L'abstinence de certaines dépendances, m'allait très bien, heureux avec moi-même, enfin m'accueillir !! Quand plus tard...non non, la vérité, juste le lendemain, on s’est revus chez elle et là, on boit le thé on parle de tout puis elle me fait voir des extraits de ses spectacles ses tournées, son théâtre musical, aussi écouter ses morceaux.
Inutile de te dire qu'en même temps j'étais très perturbé, une attirance plus forte que moi me rendait dingue.
A l’écoute de sa première chanson « La vie va » une musique à la Léonard Cohen, une écriture dépouillée joueuse, fine, sa voix, une coulée d'or, je m’entends lui dire : Viviane, hey, on devrait chanter ensemble !
Aussitôt intérieurement je me dis : mais tu es fou, tu ne la connais même pas d’un jour... Ah lala…
ET voilà ...
Les anges mon ami, écouter les anges, les laisser nous guider, vivre et laisser vivre !!! et depuis tu vois…
Cette chanson "La vie va " nous portent bonheur et plus de 2000 concerts après on la chante toujours. En fait à nos débuts, Jean-Louis Foulquier m'appelle pour prendre de mes nouvelles. Je lui dis que je suis sur Marseille, que je travaille l'idée d'un duo. Il me demande de lui envoyer une chanson. Deux jours après il me rappelle et me demande, c'est qui cette femme qui chante avec toi ?
Ben mon amoureuse… Ramenez vous à Paris on fait l'émission .
A partir de là tout a été très vite. D'abord il flashe sur Viviane, sa voix, sa peinture (ils se sont branchés direct ) et trouve le duo formidable frais poétique et engagé à la fois. A l'époque son émission durait 5 minutes par jour le midi et l'artiste passait donc 5 jours d'affilée. On a reçu alors beaucoup d'appels. Il nous a programmé aux Francos, manque de bol ça ne s'est pas fait, le festival a été empêché par les intermittents dont nous sommes... Mais grâce à cela - je te la fais courte- on a rencontré un américain dans un concert guinguette, et de là on se retrouve aux Etats-Unis... puis le Québec, le Canada, le Cercle polaire ...C'est parti comme ça. Merci Jean-Louis là où tu es sache qu'on t'aime fort. Tu as tellement aidé la Chanson Française, la belle équipe avec France Inter.
Ca a bien changé depuis je te le dis. je ne suis pas une balance mais que d'incapables et vendus au système . Même les quotas "Chanson Française" ne sont plus respectés. Une émission comme "Studio de nuit" n'existerait pas aujourd'hui… Il avait un invité de Minuit à 3h du mat, et pendant ce temps là des artistes passaient dire bonjour, en chanter une ... Ce fut ma toute première émission , j'avais 17ans.
MP : Depuis début 2002 vous avez sorti 7 albums dont le dernier "Le miel des anges " comment définirais tu votre musique ?
JYL : C'est délicat, en effet pour chaque album nous souhaitons un concept nouveau avec des artistes musiciens pratiquement à chaque fois différents, dans des studios, des villes au gré des tournées. Pour ce dernier je dirais pour les inspirations, l'état d'être... Très éclectique, plus rock dans l'âme.
Sur scène par contre, je dirais pop folk progressive, planante, jazzifiante, apaisante, heureuse, mélodieuse à souhaits, aérée, avec une grand place pour l'improvisation.
La musique est notre force d’amour. Cette puissance de lumière entre nous, le plus simple du couple, écoute ma joie toute en légèreté, et en toute humilité la jolie chance que j'ai, sa voix, cette musicienne, cette femme acoustique, les cordes à son arc et qui m’accompagne sur terre, me fait marcher sur l'haut, tête en l'air , amoureux comme le chantait Jaco ...Gratitude mon ami, gratitude.
D'ailleurs on a fait une reprise de ma chanson "C'est pas difficile" on la sortira plus tard après ce nouvel album et on a modifié le texte pour une dédicace . Higelin comme l'autre, complètement Vivants d'amours et d'eaux fraîches je te le dis.
MP : Vous faîtes énormément de concerts et je m'aperçois que le Québec a toujours sa place, pour quelles raisons ?
JYL : Je suis allé très tôt au Québec, ensuite j’y ai emmené le groupe Liévaux-Transfo. Entre parenthèses, je me souviens dans l'aéroport de Montréal en arrivant pour la correspondance vers Québec, cette voix d'hôtesse et son accent : Le groupe Liévaux-Transfo est attendu porte D ou C ou 12 whatever.... ahahahha tu aurais vu la tête des garçons...Ca commençait fort.
Pour dire, j’ai enregistré là plusieurs albums et fait la route, rencontré tellement de belles personnes.
Quand on a été sollicité avec Alcaz pour une tournée aux Etats-Unis après l'annulation des Francos, de là j’en ai profité, j’ai appelé ma belle, ma chère amie Nicole Giguère à Montréal, réalisatrice de documentaires et d'émissions télévisées branchées. On s'était rencontrés quelques 30 ans plus tôt lors des enregistrements de l'album "Porte 50" de Liévaux-Transfo. Oh, là encore, tellement de souvenirs ensemble...
No comments !
Donc des années après, à l'autre bout du fil ça l’a fait, incroyable Nicole, elle nous a dégoté une première télé de grande écoute et ça s’est vraiment bien passé. Des gens dans la rue nous reconnaissaient, nous abordaient super sympas, nous remerciaient pour notre belle humeur enchantée. Ce qui fait qu'elle a décidé en plus de son job de nous manager. Elle connaissait bien du monde, ça été merveilleux. Il faut reconnaître que les gens sont aussi bien plus simples avec le showbiz qu’ici, franchement ... Et c'est ainsi, les anges mon ami, les anges…
18 ans de tournées dans la belle province. Nicole, on lui doit tout.
A noter aussi que vivre sur ces terres a quelque chose d'inexplicable. Quand je suis venu la première fois j'avais 20 ans et quelques, je me suis senti comment dire, comme un enfant ayant retrouvé le ventre de sa mère.
Franchement Alcaz a été vraiment bien accueillis par ce milieu Chanson Francophone, on en a profité à certaines grandes occasions pour partager la scène avec des musiciens, sur les routes on se faisait héberger, parfois on restait deux trois jours qui se transformaient en séjour prolongé, l'amitié se faisant à chaque nouvelle tournée, on prévoyait de prendre un temps là ou là... Et toujours, toujours des moments forts, de ces balades aux quatre saisons, tu parles sur 18 années on en a vu des tempêtes de neige, des -30, des vagues de chaleur dans les baies, des pluies sans cesse même en plein été sur des kilomètres de tournées... Et toujours la radio en fond sonore les amis, les chansons, les émissions de Monique Giroux ( une grande journaliste, une référence de la Chanson francophone au Québec, défenseuse de la langue Française) auxquelles on a participé pour certaines, des télés... Bel et bum entre autres (l'équivalent de Taratata ) , Elisabeth Gagnon sur radio Canada.
Un soir en tournée après un concert une femme vient nous voir dans les loges, on était en Gaspésie chez Alan Côté pour le festival de Petite vallée. Elle nous avait entendu à la radio parler du concert à venir et de notre histoire Alcazienne. Ca l'avait tellement émue, qu'elle avait pris direct sa voiture et avait parcouru toute la sainte journée plus de 800 kilomètres pour assister au concert. En fait l'émission était à 06 du mat mais nous on était interviewé sur place par téléphone.
L'amour est dans le swing dirait Robert Charlebois qui nous a pris plusieurs fois en première partie.
Pour en revenir à mon impression la première fois au Québec, il y avait là, l'immensité, la nature mais aussi un accueil, très cousin c'est vrai, une attention à l'autre, le regard toujours ouvert, un calme serein, beaucoup de folie en l'art de partout, et puis surtout une sorte de douce lenteur à vivre au coeur, portes ouvertes.
Les rues étaient si larges les voitures américaines si grosses et cette vitesse limitée qui nous permettait de prendre notre temps de paysages.
Et puis comme partout l'internet, le portable lalalalalala... Aujourd'hui comme chez nous, comme partout, ils avancent tête blessée. No more comments.
MP : Alcaz est toujours en activité quels sont vos projets et quelle est votre actualité immédiate ?
JYL : Suite aux derniers événements en Palestine avec le réalisateur François N'Guyen (qui avait déjà travaillé pour le clip "Freedom Libertad") on vient de terminer un clip pour la Paix, cette chanson « Il neige au centre-ville » avec ce texte de femme que nous avions écrit lors de la guerre en Afghanistan.
Et puis vient la sortie de ce nouvel album, le 7ème « Le miel des Anges » qui aura lieu à Marseille.
On travaille donc aux arrangements pour la scène car ce n’est pas si simple. Sur l’album les titres sont très produits, de merveilleux musiciens entre autres, Théo Grozdanic et Lucas Mannarino qui étaient déjà aux commandes sur l'album précédent "Portés par les vents" respectivement réal, arrangeurs et multi-instrumentistes, mais aussi des invités, John Massa au sax et arrangements sur le titre "Le miel des Anges" Steve Normandin en direct du Québec et ses accordéons fous, Robin Dussauchoy aux violons, le groupe polyphonique Corse Tavagna …
Mais sur scène on revient toujours au simple et ce sont nos deux voix et nos guitares qui font la magie de nos concerts .
On va réaliser aussi deux clips, l'un sur le titre "Ivres" avec notre amie Mireille Laplace, une femme qui oeuvre dans le cinéma expérimental. Attendez vous à être bousculés dans le bon sens de l'inattendu. C'est un langage d'images particulier. Et l'autre clip réalisé par Halidi M'sa qu'on adore, sur le titre "Oh baby oh" là, on retrouvera Marseille, sa lumière, son humour, yesssss...
Parallèlement on travaille aussi à la réalisation poétique d'une tournée avec une expo ALCAZienne "Haïku d'peinture" Viviane et son travail, ses tableaux sous lesquels je pose mes mots, j'aime beaucoup le Haïku. Une forme, une discipline d'écriture telle. Avec l'expo, la possibilité d'un concert au miel. Les chansons entrelacées avec les haïkus, ça va être juste magnifique, on a hâte.
Le public nous aime ainsi au plus simple, au Vivant, sans machines à cadences ni électronique, du pur du Vivant, l'esprit rock plus perceptible. On ne peut oublier, c’est une richesse, un cadeau monumental. Ces amis, ces anges fidèles qui nous remercient et avec lesquels on partage nos humeurs au fil des concerts, celles et ceux qui reviennent… gratitude.
MP : Si tu veux bien voici la deuxième partie de l'interview avec des questions plus personnelles, qui risquent parfois de te surprendre mais c'est la tradition à Francerock (rires).
Quel style de musique écoutais tu dans ta chambre quand tu étais ado ? Tu écoutais la radio ?
JYL : Oui. Ado, France-Inter et la nuit Georges Lang sur RTL.
J’écoutais aussi mon frère chanter Aznavour, Reggiani, Francis Lemarque et la Chanson Francophone, la variété, B.B.F naturellement, Maurice Fanon, Jacques Debronckart, les Enfants terribles, Anne Sylvestre, Barbara et aussi les Stones les Beatles, tous les groupes anglophones qui en découleront, Led Zep les floyd... Et je composais les miennes de chansons.
MP : Le premier disque que tu as acheté c'était quoi ? Ne te défausse pas, donne nous la vrai réponse ! (même si c'est vraiment honteux).
JYL : je ne me souviens plus franchement. Je l’ai sûrement volé d’ailleurs, chez Gibert à St Michel, j’adorais rester des heures à fouiner, le vendeur me connaissait bien aussi il me conseillait souvent, il savait aussi que je volais, entre deux manches au Quartier latin et à la Contrescarpe. J’avais hâte de rentrer chez moi, je sentais en moi le saphir de cette énergie magnifique que me transmettaient ces artistes, ces groupes.
MP : Quelle est la pire situation à laquelle tu as été confronté dans ta vie et qui t'a mis vraiment mal à l'aise ?
JYL : Comme je te le disais dans mes années Pathé-Marconi, mon DA m’a fait représenter la France au festival international de Sopot en Pologne, le concours intervision de la chanson plus exactement si mes souvenirs sont bons. Il y avait un autre artiste (très sympa d'ailleurs) d’un autre label, Michel Kricorian avec son producteur. L’organisation du festival m’avait fait parvenir 4 morceaux polonais, à nous de choisir celui qui nous conviendrait le mieux Je devais chanter une de ces 4 chansons donc et une des miennes. Il y aurait 70 musiciens du Philharmonique de Varsovie.
Nous avions le droit d'écrire un texte français à la place de l’original. J’ai donc pris celui qui me semblait facile à interpréter. C’était un foxtrot. J’eus l’idée d’un texte très sombre, l’histoire d’un gars qui va jouer au casino et qui perd tout. Aussi j’ai vu avec Jean Musy comment l’arranger en blues pour le Philharmonique, poser ma voix au fond du temps (je découvrirai Tom Waits bien plus tard, lol) ! C’était génial, nous n’avions plus qu’à le tester lors des répétitions sur place.
C’est ce qui s’est passé. Il faut savoir que le festival était filmé, retransmis dans tous les pays de l’Est. Des millions de spectateurs et des milliers d’entre eux présents dans l’opéra en plein air de Sopot.
Big, very big festival, grosses équipes, plus de 20 pays représentés. Au passage, je m’étais fait ami avec un Canadien, superbe artiste, Valdy que je salue. Le lendemain du concours il s’était fait arrêter et reconduire au Canada via Varsovie, pour avoir été chanter dans les rues de Gdansk.
Bref, je reviens à notre histoire.
Nous avions donc en amont, préparé les arrangements avec Jean Musy, le superbe Jean Musy. Tu n’imagines pas la joie de ces moments, tout ce travail et l’excitation, une fraternité réelle.
Le jour de la répétition j’étais très fragile, j'étais si jeune aussi, impressionné par la grandeur de l’événement. Les journalistes, les interviews depuis notre arrivée, l’hôtel… Bref...Tout s’est bien passé. Les deux morceaux, les violons et tout et tout, ma voix, les cadrages tout super. On me remercie . Rendez-vous le lendemain pour le jour J.
Le soir on fait la fête, on se retrouvera même dans une boite de nuit de Gdansk, le truc incroyable, un bar, 4 spots, quelques jolies femmes attirées par le dollar et à danser sur la terre battue !
Une nuit Polonaise décadente, no comment.
Oh tiens, pour la petite histoire, j’ai revécu ce même décor quelques années plus tard en tournée à Bruxelles, quartier des Marolles…
Arrive le jour J, on y est (mal dormi, mal mangé…) mais la super pêche. Le public est là, les Anglais commencent, et ça défile arrive la France, Michel Kricorian avec sa superbe chanson « Je suis de toutes les couleurs »... Et c’est mon tour, waouhhhh c’est ma première grande scène et en plein air, je me retourne il y a le philharmonique , j’ai les jambes qui swinguent un trac fou, je m’avance sur cette immense scène. Première chanson, superbe réaction, je me sens vraiment bien, je capte bien où sont les caméras aussi, j’ai chaud je me rappelle transpirer affreusement le cœur à bonheur.
Puis vient le temps d'interpréter leur chanson, l’intro bluesy avec le thème, déjà là j’entends de loin des sifflements, je commence le chant, et je reçois des projectiles, j’entends des gueulantes, des mécontents … Je ne comprends pas, la scène est grande un peu haute, loin du public, c’est horrible mais je continue, la foule apparemment debout pour la plupart, des gestes des cris, je chante quand même, et puis m’arrivent des trucs, peut-être des canettes je ne sais plus trop quoi sur moi , je tiens jusqu’à la fin et là, des ouououououh, l’horreur je sors en panique. Je demande qu’on me dise ce qu’il y a, je pensais au texte peut-être une histoire trop sombre… Et là, un attaché de presse nous traduit qu’en fait les gens m’ont hué car j’ai massacré une de leurs chansons du folklore, une des plus populaires.
La honte, le malaise grave. Mon premier choc émotionnel. Gérard Mélet le producteur de Kricorian me console et me félicite d’avoir chanté jusqu’au bout mais je suis tellement mal. Plus tard, il me demandera si je veux signer un contrat avec lui ! Il deviendra le producteur de Liévaux-Transfo Depuis on en a reparlé souvent et l’humour a pris la place.
MP : Qu'est ce que tu penses du Show-biz des années 80, quels étaient tes amis ?
JYL : Le show-biz par définition c’est le capitalisme. Donc ce n’est pas Jean-Yves comment tu vas mais Jean-Yves Combien tu vas. La suite qui va avec n’est qu’hypocrisie. Une sorte d'hémicycle, tu vois ce que je veux dire !
Après ça il y a des gens formidables et dans les années 80 c’était très vivable, mes amis étaient surtout des artistes et des musiciens. Je les remercie toujours. On s’est vraiment bien amusés. Les maisons de disques, les animateurs radios télé, faut pas rêver, tant que tu es productif ça le fait, après... tchao pantin !
Tout le monde le sait passé 30 ans, encore pire pour les femmes, que de maltraitances là aussi. Bref, quand on n’était pas en tournée, on se retrouvait aux Bains douches, au Bus palladium, au Palace… De ces nuits de foires et de pagailles (écoute le morceau "Je suis fêlé" l'évolution du texte, la musique et surtout la fin "Aux environs d'étoiles" dans l’album « Porte 50 » et tu comprendras !!! Et puis le fameux, « Rose bonbon » avec l'inoubliable Marc barrière, derrière l’Olympia.
A partir de minuit, scène ouverte et à combien dans les wc, no comments !
Tout le monde se mélangeait à commencer par les groupes pour jammer des heures et des heures … Que de belles nuits folles furieuses.
Me rappelle quand même sortir de là un de ces petits matin crème et me faire attraper par une bande de skins.
Apparemment j'avais déliré avec une de leurs petites amies, heureusement on était en bande nous aussi, j'ai failli passer sous la batte .
MP : Et ceux qui t'ont fait des saloperies, ne cite pas de noms mais raconte- nous tout ?
JYL : Non. Juste une allez, à l’époque il y avait quelques radios pirates. Comme je te l’ai dit j’étais très lié avec Radio Ivre, puis sont arrivées le radios dites« libres » !!!
Là, via nos labels, nos maisons de disques, on nous a demandé à nous les artistes du moment (les ceusses qui passaient sur les ondes, comme France inter, Europe1, RTL) d’aller de ville en villes bénévolement chanter en plateaux 2 ou 3 chansons, selon les dispos de chacun.
On partait en bus avec des animateurs connus pour amener du monde payant, et ainsi aider les villes à s’équiper d’émetteurs. En échange nous aurions, c'est promis, des passages réguliers (dixit radio énergie) hahahahahahaha !
Quelle bande de Salopards. Ils ne nous ont jamais rendu la monnaie. Enfin si, mais à certaines ou certains seulement et devine pourquoi ?
Stop, No more comments
MP: Tu t'isoles sur une île déserte, grâce aux panneaux solaires, il y a de l'électricité quels sont les trois albums que tu emmènerais avec toi obligatoirement et pourquoi ?
JYL : Honnêtement si je décide de m’isoler. Aucun. La musique de la nature m’irait très bien.
MP : A contrario quels sont les trois albums que tu détestes le plus ?
JYL : je n’aime pas certains albums mais de là à détester tout un album...
MP : Tu es plutôt Beatles ou Rolling Stones ?
JYL : Suivant mes états, mes périodes, ça balance pas mal. J’aime les deux.
MP : En ce qui concerne les artistes et groupes Français anciens et actuels, quelles sont tes préférences ?
JYL : Quand j’étais ado, je te l’ai dis plus haut et puis…Gainsbourg, Ange, Higelin, Supertramp, Lavilliers, David Bowie, Téléphone, Lili drop, Diésel, Trust, Bashung, Colette Magny, Patrick Abrial, Nilda Fernadez, Springsteen, Toto, Police, les Floyd, Catherine Ribeiro+Alpes, Genesis, Japan, Pastorius, Joni Mitchell, K.Crimson, F.Zappa, Joan Baez, D. Balavoine, B.Dylan, Véronique Sanson, Feu ! Chatterton, François Buffaud, James Taylor, Frédéric Bobin, Emmylou Harris, Eric Frasiak, Daniel Lanois, François Gaillard, Brandi Carlile, John Massa, Patti Smith aujourd’hui beaucoup beaucoup d’auto-prod.
Les radios nous bassinent avec des artistes si bas de plafond. Il y a Le tout jeune groupe très prometteur Hazard, et puis dernièrement aussi l'album de Julien Jefferson, j’en ai tant d’autres encore...
MP : Quel est ton plat préféré , c'est toi qui cuisine ou c'est madame ?
JYL : J'adore être à table et me laisser surprendre. Viviane, Marseillaise, cuisine à merveille, j’ai un faible pour ses salades harmonieuses, son fondant au chocolat, je suis son second couteau parfois. Aïe aïe aïe !
MP : Quelle est ta boisson favorite ?
JYL : le Kombucha, le ginger beer sans alcool.
MP : Maintenant parlons cinéma, tu aimes quel genre de films, quels sont les films que tu regardes en boucle ?
JYL : Jamais en boucle parce que je vais surtout et en priorité au cinéma, j'aime faire la queue, voir qui vient voir ce film avec moi, partager le silence quand le noir se fait avant la première image, trop cool..
Les films français d’un côté social surtout. Il faudrait développer. Le cinéma Québécois, Les films engagés, Algérie, beaucoup l’Iran, la Palestine, mais toujours une histoire avec l’amour dedans (de sagesse). J’aime les Thrillers, aussi les films humanistes, voire spirituels.
MP : Question littérature tu es plutôt BD ou livre de poche, qu'est ce que tu lis ?
JYL : : Pas de BD. Actuellement beaucoup de poésie en éditions, très peu de romans, les classiques, des bios, sur l’art entre autres, Christian Bobin, aussi les Haïkus d'Issa, Bashô, Pascale Senk, les poètes palestiniens, Fabienne Swiatly.
MP : Musicalement tu écoutes quel genre de choses en ce moment ? Qu'est ce qui te fait vibrer !
JYL : Là présentement? Les artistes Québécois, Jean Leloup, Sylvie Paquette, Salomé Leclerc, Michel Rivard, Lisa Leblanc, mais aussi Zaz, Feu ! Chatterton, le Boss toujours, Mélody Gardot, toujours Sade, Brandy Carlile..le groupe Hazard. Et puis mon bel ami de toujours Hansford Rowe qui est mon bassiste préféré, je l'ai rencontré il jouait dans Gong, depuis il a eu plusieurs formations, il a produit un album d'Alcaz d'ailleurs que nous avons enregistré à Philadelphie , il est tellement surprenant, un vrai grand créatif. Le Rock accroché au cœur.
MP : En dehors de la musique quels sont tes hobbies, tes activités préférés ?
JYL : Le jardin, les arbres, les plantes, marcher en bord de mer ou de rivière, le cinéma, le théâtre, la danse, voyager, découvrir, les liens, les livres, l’écoute, les amis, la pétanque !
MP : Tu t'intéresses à l'actualité, qu'est ce que tu penses du monde actuel ? L'avenir te fait peur ?
JYL : PEUR, voilà le mot, la mauvaise graine que les puissants déballent à longueur de médias. On s’est fait piéger, dépassés par le capitalisme et les libéraux, cernés par la carte de crédit, par internet, le portable, les réseaux, la reconnaissance faciale, l’IA... Tout accélère et on ne peut pas suivre sans être suivi.
Tous addicts et auto centrés. Les êtres de pouvoirs se régalent et en profitent, Ils nous mènent en bateau, de mensonges en songe d’avoir été. Divisés, on devient des esclaves modernes, fini « liberté égalité fraternité » Comme nos dirigeants sont des escrocs capitalistes, assoiffés de pouvoirs à nous faire les poches tous les jours malgré leurs casseroles, quels exemples ont nos enfants ? L’individu s’il peut marcher sur un autre va le faire.
Même les mômes s’entretuent. Bref, je pense que le chaos mondial est là, pas loin. Ce qui n'empêche pas le courage , la détermination d'une certaine jeunesse volontaire et qui œuvre pour la Paix sous toutes ses formes.
Oui l’avenir fait peur, aussi ALCAZ avec Viviane on continue inlassablement de croire en un monde meilleur, un jour à la fois, en la Paix mondiale et on s’engage, on chante pour cela. L’ombre aura toujours besoin de lumière, comme l'homme de la femme.
MP : Si tu avais le pouvoir de tout recommencer tu ferais la même chose ?
JYL : Non, non, le monde change, bouge inlassablement, son mouvement perpétuel ne me permet pas de croire que ce serait possible de revivre la même chose.
Non et puis le rock ne regarde jamais en arrière, tout se joue là, au présent. La vie la mort, là. Quel est ton chiffre préféré? Lance le à l'eau et regarde la musique de l'onde, le grand cercle est possible, Croire !
MP : Maintenant ma toute dernière question, quelle est justement la question que tu aurais aimé que je te pose et que j'ai complètement zappé.
JYL : aucune Pat, te dire bravo, te remercier pour ce que tu fais, nos pensées volent aux vents, tout est bien, comme tout autrement serait bien aussi…
Lâcher la tête ! C’est ok garçon. Merci beaucoup pour cette invitation. J’y ai mis du temps mais c’est ainsi. Gracias pour ta patience.
Bien à toi et ton équipe.
MP : Merci Jean -Yves pour avoir partager ces précieux instants avec moi. C'était un vrai plaisir, une expérience unique qui restera désormais ancrée en moi .
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CHRONIQUE :
Avec "Le Miel des Anges", leur septième album, le duo Alcaz – composé de Jean-Yves Liévaux et Vyvian Cayol – confirme sa place à part dans le paysage de la chanson française. Loin de se reposer sur les acquis de leur riche discographie, ce couple à la ville comme à la scène livre un opus audacieux, où la poésie s'entremêle à une richesse musicale inattendue.
Ce qui frappe d’emblée, c'est la nette évolution sonore. Si Alcaz est réputé pour sa chanson Pop-Folk acoustique, souvent épurée (le fameux "duo guitare voix"), Le Miel des Anges surprend par son étoffe et ses audaces. Le duo s'est entouré de musiciens talentueux (à la guitare Théo Grozdanic et l'accordéoniste québécois Steve Normandin) qui injectent des touches de rock, de blues, voire de flamenco, donnant un nouvel élan à leur répertoire.
Chaque titre est une construction d'orfèvre, fragile mais novatrice. Des arrangements sophistiqués, des trouvailles sonores, l'album bouscule les clichés du genre.
Vyvian Cayol et Jean-Yves Liévaux tissent un chemin de traces entre l'intime et le politique, avec une écriture "poélitico-rock" puissante.
Des titres comme "Ivres", décrivant le parcours d'un couple sur "le pont du même bateau", mêlent récit personnel et espoir universel pour la paix mondiale. Les mots sont percutants, parfois surréalistes, toujours pleins de sens et de clins d'œil à la poésie. Les voix, celle de Vyvian Cayol limpide et celle de Liévaux plus enrouée, se répondent et fusionnent avec une complicité qui se ressent à chaque note.
Bref, le Miel des Anges est plus qu'un album, c'est une déclaration d'indépendance artistique. C'est l'œuvre d'un duo qui, après plus de deux décennies, refuse de se répéter. Il est certes exigeant, mais une fois que l'on prend le temps de "savourer" chacune de ses 14 chansons, il révèle une richesse rare, offrant une claque incontestable à l'auditeur et confirmant Alcaz comme des ambassadeurs majeurs de la chanson française audacieuse et résolument vivante.
Titre en écoute : "Ivres"
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Un très grand merci à Jean-Yves Liévaux et Vyvian Cayol pour leur gentillesse.
Photos et MP3 avec l'autorisation d'ALCAZ
Mister Pat









