Ce n’est pas un hasard si François Bréant (son ami et complice au sein de Kapak) a choisi de dessiner Marcoeur à la manière d’Arcimboldo pour illustrer la pochette du 1er album de celui-ci. Ainsi, au lieu d’une photo, c’est un visage formé d’un assemblage d’instruments à vents, de percussions, de guitares et de toute une gamme de fils et câbles électriques qui nous invite à découvrir l’univers de cet homme-orchestre.
Il n’y a qu’à voir la liste des instruments dont il joue sur ce disque : batterie, clarinettes, percussions en veux-tu-en-voilà, pipeaux, cornes, appeaux, sifflets, saxophones alto et soprano…Et comme on peut le pressentir, Marcoeur va faire de ces instruments un usage peu commun. Je peux vous le dire d’emblée : cela ne va pas s’arranger au fil des années.
Avant de vous présenter plus longuement l’un des albums de Marcoeur, petit retour en arrière.
Sans remonter à la première tétée d’Albert retrouvons celui-ci en Normandie en 1970 au sein d’un groupe de bal appelé Kapak pour lequel le clarinettiste de formation se mettra à la batterie (il en fallait bien un dans le groupe). Les autres membres de cette petite communauté musicale étaient Patrice Tison (guitare), François Bréant (claviers) et Pascal Arroyo (basse).
C’est à cette époque que, dans un petit village appelé Le Fidelaire (dans l’Eure), l’arrangeur de renom Jacques Denjean transforme une ferme (lieu-dit Le Frémontel) en studio d’enregistrement. Ayant besoin de musiciens locaux pour faire les séances de ses clients parisiens Jacques Denjean fait appel aux membres de Kapak.
Durant cette période, les membres de Kapak enregistreront la maquette d’un album qui malheureusement ne sera jamais édité.
Par contre, Jacques Denjean, soucieux de rentabiliser son studio, proposera à ses musiciens de travailler pour le label Musidisc spécialisé dans les disques de reprises à bas prix vendus notamment sur les marchés et dans les magasins d’électro-ménager. Ce sera «The best of Jimi Hendrix » d’un mystérieux Fremont’s Group (Tison, Arroyo et Marcoeur).
Ensuite ce sera la publication d’un album de reprises de Led Zeppelin où Patrice Tison et Albert Marcoeur accompagnent les frères Peresse (ex-Rotomagus). Cet enregistrement sortira sous trois pochettes et deux noms différents : Phoenix et Gerry Crush .
Pour en savoir plus sur l’aventure de Kapak, c’est ici
Si l’on veut voir Albert Marcoeur tout sourire jouant du rock en playback avec les deux ex-Rotomagus, c’est ici .
Et si 1971 voit la dissolution de Kapak, nous retrouverons par la suite ses membres crédités sur de fort nombreux vinyles.
Par contre c’est sous son propre nom qu’Albert Marcoeur publiera trois LP dans les années 70 (et ensuite dix autres albums).
Ayant une petite préférence pour celui de 1976 « Album à colorier », j’ai retenu celui-ci pour vous parler un peu plus longuement d’Albert Marcoeur.
Sur la pochette de ce 2ème LP, « Album à colorier », les instruments de musique ont été remplacés par des objets du quotidien. Un quotidien plutôt loufoque qui semble inspirer les histoires pleines de fantaisie d’Albert Marcoeur.
Je vous invite à un rapide survol de l’univers déjanté de Marcoeur :
Un automobiliste coincé dans un embouteillage : « Les voitures se touchent / et monsieur Lépousse a mal à la tête / il a une fleur à la bouche... ».
Un fugitif épuisé : « ...Tiens, un café ouvert, ça vaut peut-être la peine ».
Un Albert pas plus prêteur qu’une certaine cigale : « Il m’a demandé mon nécessaire à chaussures / Je lui ai dit que je n’savais pas où il était, qu’il le cherche s’il en avait envie / Ça m’ennuyait beaucoup car c’était un beau nécessaire à chaussures ... » .
L’affection d’un lierre pour un vieil homme : « Le lierre s’agrippe au mur / il ne veut pas que le père Grimoine s’endorme / il sait qu’il est beaucoup malade... ».
Un témoignage sur l’art de boire Le jus d’abricot : « … le boire ensuite en fines gorgées / toujours porter les lèvres au même endroit / afin d’obtenir une seule trace de jus à l’intérieur du verre… ».
Un certain Antoine Varget qui, tel un personnage de Folon, s’envole lors de La cueillette des noix : « ...est resté accroché à une branche du noyer / avec lui s’est envolé / s’est assis à la droite du Dieu des noix / à la gauche le noyer s’alourdissait ».
L’amour et son rateau, quel dommage ! Elle était belle : « Dis-moi comment ça s’appelle l’instrument qu’tu joues / Je lui ai dit ça s’appelle un saxophone / Elle m’a répondu / Tu sais c’est pas très beau l’instrument qu’tu joues, j’préfère la guitare ».
Avec La d’dans nous avons droit à un conte qui commence par « L’était une fois un type sans nom / Qui travaillait dans la saleté / ... » et se termine par« … / Enleva les dernières traces de poussière / Et chercha un nouveau travail ».
Pour compléter ce survol, découvrons ce que dit Albert sur son site internet à propos de « Ouvre-toi », le dernier titre de l’album :
Cet album comporte deux instrumentaux : « Doctorine » et « Fermez la porte » où, comme toujours avec Albert Marcoeur, les instruments à vent sont largement mis à contribution.
Au fait il est peut-être temps de préciser qu’Albert Marcoeur ne "chante" pas au sens classique du terme, il débite, récite, murmure, balbutie, éructe, varie les intonations, multiplie les cassures, souligne les ponctuations, divague dans toutes les directions…
Et sa musique, pas plus académique que son chant, est loin d’être complètement foutraque comme pourrait la percevoir une oreille distraite. Bien au contraire, avec Marcoeur on découvre un univers musical sophistiqué où se côtoient des éléments de musique contemporaine, de jazz libre, de rock, d’improvisations, d’enregistrements de terrain... Univers musical où les arrangements cultivent le coq-à-l’âne, les contrastes atmosphériques, les sautes d’humeur et les rebondissements incongrus.
Sur cet album notre multi-instrumentiste est entouré de ses fidèles complices : François Ovide (guitare), Pascal Arroyo (basse), Denis Bresly (bassons), Pierre Vermeire (clarinettes, saxhorns, cornemuse, trombone, contrebasse), François Lasalle (sax soprano, flûtes, piccolo-pipo) et ses deux frères Gérard Marcoeur (percussions, pipeau) et Claude Marcoeur (batterie). Tous l’accompagneront de nombreuses années.
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Petit secret de création révélé par Albert sur son site internet à propos du titre « Monsieur Lépousse » qui ouvre l’album :
En fait, l’univers décalé et absurde de Marcoeur ne se commente pas, il s’écoute.
Ses albums sont tous en vente ici
(paiement par payal ou par chèque à l’ordre de Albert Marcoeur).
Documents et archives foisonnent sur internet à propos d’Albert Marcoeur notamment sur YT où l’on peut écouter son « Album à colorier ».
titre en écoute : « Le fugitif »
par Crapou (qui fait un petit clin d’oeil au précieux site france-heavy-rock de Jean-Luc Doucet)









